Daniel Angeli, le « roi des paparazzis »

Pas de stars sans photographies et pas de paparazzis sans stars. Daniel Angeli a régné presque trois décennies sur cette pratique photographique, suivant l’émergence d’une presse que l’on n’appelait pas encore « people ». Il en a hérité le surnom de « roi des paparazzis ». Une trentaine de ses plus belles « paparazzades » sont à voir à Cannes pendant la 75e édition du Festival, dans une exposition titrée « Instant-Années » où un système audio permet d’écouter leur petite histoire.

 La paparazzade, c’est un coup de projecteur derrière la façade lisse et apprêtée de la star. Une façon de faire descendre ces dieux de leur Olympe et obtenir la preuve, par l’image, de leur normalité. Et ça, il faut aller le débusquer, avec parfois des moyens rocambolesques. Celui qui s’y prête, le paparazzi, est né, à Rome, à l’âge d’or du cinéma italien.  C’est en 1959, sur le tournage de La Dolce Vita, que Federico Fellini baptise du nom de Paparazzo le personnage du photographe constamment aux trousses d’Anita Ekberg. Dans son film, visionnaire et culte sur la société de l’image en devenir, l’actrice joue le harcèlement médiatique qu’elle vit réellement, à l’époque, hors des plateaux. La chasse au scoop photographique hérite ainsi d’un nom.

S’approcher des stars, mais au téléobjectif

Au même moment, loin de Rome, Daniel Angeli, fils d’immigrés italien de 16 ans, débute dans la vie active en développant les photographies d’une agence parisienne, qui innove et parie sur le style magazine et les célébrités, Dalmas. Il a intégré l’agence le même jour qu’un autre débutant, qui a un an de plus et déjà l’appareil en bandoulière, Raymond Depardon. C’est dans l’obscurité du labo que naît la vocation de Daniel Angeli. Il veut aller à la rencontre de ces personnes dans la lumière dont il tire les portraits. Eux, on ne les appelle pas encore « people ». Lui, va se faire un nom en se rapprochant d’eux, mais au téléobjectif.

 S’enclenche une vie d’opportunités saisies au vol, tout comme le sont ses photos, qu’il appelle des « coups ». La dernière photo avant sa mort d’une minuscule Edith Piaf, chantant pour lui en 1963, lui met le pied à l’étrier. L’ultime vue de Charlie Chaplin en 1977, en chaise roulante, prise par-dessus le mur de sa propriété à Vevey, quelques heures avant son décès, le consacre. Mais ses scoops se comptent par dizaines au fil d’une carrière qui lui fait parcourir le Globe en tous sens sur la route des people qui va, selon les saisons, des grandes capitales aux sommets enneigés, en passant par les plages de sable blanc.

Jack Nicholson, au Festival en 1971. « Nicholson, c’était quelqu’un qui jouait littéralement avec les paparrazzis. Il était bon marcheur, alors il nous faisait marcher toute la journée, il nous promenait et nous, on suivait. Et puis un jour après une grande boucle, alors qu’on revenait au port de Saint-Tropez, eh bien il nous a montré ses fesses », raconte Daniel Angeli. Le photographe croise l’acteur et jet-setter dans sa tournée de paparazzi qui traverse le globe, comme un voisin de palier : « L’hiver à Gstaad et l’été à Saint-Tropez », sourit-il.DANIEL ANGELI/BESTIMAGE

Il partage parfois avec eux les folles soirées et les séjours luxueux autant qu’il les guette dans d’interminables planques, dans l’eau, le froid ou juste l’ennui. Pour cet homme qui se dit de nature timide, le bouclier du téléobjectif permet de faire sauter tous les verrous de l’audace. Et cela rapporte. En 1967, il crée une agence à son nom. Daniel Angeli compte aujourd’hui une cinquantaine de couvertures de Paris Match à son actif, il a couvert plus de trente Festivals de Cannes et a convolé quatre fois.

Tous les gens que j’ai poursuivis sont devenus plus tard mes amis.

CLAUDE ANGELI

 De là à dire que le chasseur des stars en est devenu une, il n’y a qu’un pas. L’homme a su en tout cas s’extraire sur la fin des années 1990 d’un métier en mutation. À l’aube des années 2000, les titres de la presse people se multiplient, les enchères photographiques montent pour l’alimenter et le club des paparazzis, assez resserré jusque-là et solidaire, explose. Les méthodes se font moins amicales. « On est devenus agressifs », concède Daniel Angeli dans une interview à Paris Match en juin 2010. La tragédie de la princesse Diana en 1997 marque alors un tournant pour toute la profession. Depuis l’ère des réseaux sociaux, les stars gèrent elles-mêmes leur image. Le smartphone de Madame ou Monsieur Tout-le-Monde fait le reste. « Ce métier est en train de mourir », déplore Daniel Angeli.

À la vue de cliché, les souvenirs de Daniel Angeli remontent. « Mon amitié avec Lennon datait de sa venue à la Quinzaine des réalisateurs. » Le chanteur et Yoko Ono y présentent en 1971 un court métrage très expérimental. Le photographe le suit dans les rues cannoises et il va accéder à une demande surprenante de la star. « Il voulait que je l'emmène voir des films pornos. Alors on est allés en voir à Antibes », s'amuse le photographe.

À la vue de cliché, les souvenirs de Daniel Angeli remontent. « Mon amitié avec Lennon datait de sa venue à la Quinzaine des réalisateurs. » Le chanteur et Yoko Ono y présentent en 1971 un court métrage très expérimental. Le photographe le suit dans les rues cannoises et il va accéder à une demande surprenante de la star. « Il voulait que je l’emmène voir des films pornos. Alors on est allés en voir à Antibes », s’amuse le photographe.FDDAngeli/Daniel Angeli

 Il saisit l’offre d’être le photographe officiel de Johnny Hallyday, dont il était devenu aussi l’ami, après l’avoir chassé, bien sûr, dans ses plus jeunes années. Une retraite en beauté où il signe, sur dix-sept ans, des photos du chanteur passées à la postérité. « Tous les gens que j’ai poursuivis sont devenus plus tard mes amis », affirme Daniel Angeli. Onassis, qu’il avait réussi à avoir radieux dans sa voiture avec la Callas un soir de 1968, alors que dans l’ombre se tramait le mariage avec Jackie Kennedy, avait pour habitude, sur la fin de sa vie, de faire quelques pas le soir avec Daniel Angeli, pour parler. Le photographe prenant soin de laisser son appareil dans sa voiture afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté.

La photo de mode s’en inspire

 Si les photos des paparazzis ont alimenté un certain marché de la presse à une certaine époque, soutenant les ventes grâce à leurs « coups » renouvelés, leur apport stylistique à la photographie est indéniable. Et il se perpétue dans la photo de mode notamment, qui avec son objectif d’identification à un monde désirable, puise copieusement dans la pratique paparazzi.

 Elle se retrouve dans l’utilisation du décadrage de l’instantané à la volée et du grain si particulier du téléobjectif. Elle fait école également sur des images qui sont comme attrapées au travers des vitres de limousines ou bien éclairées d’un flash qui écrase et blanchit les visages de personnages aux lunettes de soleil, levant la main pour protéger leur anonymat. La moindre photo avec une paume barrant l’objectif donne des airs de célébrité. Et se range mentalement immédiatement dans la catégorie « paparazzi » !

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