« Dans ma famille ce n’est pas un sujet qu’on aborde »… Les IST en augmentation chez les jeunes martiniquais, selon les autorités sanitaires
Une étude de l’INSERM sortie en début d’année indiquait déjà que dans les DROM, le préservatif était utilisé dans moins de 55 % des cas lors d’une relation sexuelle avec un nouveau partenaire.
Un chiffre qui coïncide avec l’augmentation d’infections. Selon l’ARS, il y a eu 71 nouvelles découvertes de séropositivité en 2024 et une augmentation des Infections Sexuellement Transmissibles.
Les principales personnes touchées étaient des jeunes de 15 à 25 ans. Evelyne Cléoron, sage-femme à l’AMIOF, Association Martiniquaise pour l’Information et l’Orientation Familiale, a remarqué l’ampleur du phénomène à travers ses consultations.
« Depuis quelques années, il y a une grosse augmentation surtout chez les jeunes. C’est surtout les chlamydias, qui n’avaient pas disparues mais qui passent inaperçues. Et les gonocoques qui, depuis 5 ans, reviennent au galop. »
Evelyne Cléoron, sage-femme à l’AMIOF
Des chiffres supérieurs à la moyenne
Les CeGIDD (Centre Gratuit d’Information, de Dépistage et de Diagnostic) de Martinique ont noté des taux de diagnostics supérieurs aux chiffres de France Hexagonale. En 2024, ils rapportaient 686 cas de chlamydia et 352 cas de gonocoque.
Les rapports hétérosexuels seraient les plus touchés. Pour 8 personnes diagnostiquées sur 10, seul le dépistage a permis de les détecter car ils ne présentaient aucun signe clinique. Un constat qui renforce l’appel au dépistage, selon les autorités sanitaires.
D’après Evelyne Cléoron, cette hausse de cas s’explique par un manque de protections dans la durée : « Je ne dirai pas qu’ils ne se protègent pas. Mais ils se protègent occasionnellement et ça ne dure pas. »
Un phénomène qui trouve son origine dans les sentiments ou encore l’influence du partenaire mais aussi d’internet selon la spécialiste. Depuis quelques années, Evelyne Cléoron constate que collégiens et lycéens se tournent de plus en plus vers l’IA et les réseaux sociaux pour avoir des réponses.
« Les ados ont beaucoup d’informations qu’ils ne savent pas trier et qu’ils ne savent pas utiliser correctement ! Ils font plus confiance aux réseaux sociaux qu’aux professionnels de santé qui sont devant eux. »
Evelyne Cléoron, sage-femme à l’AMIOF
Plus de prévention pour une meilleure protection
Evelyne Cléoron préconise de plus longues interventions, un programme qui débute plus tôt et surtout un accès plus libre au dépistage pour les mineurs.
Un avis assez partagé du côté de plusieurs lycéens foyalais. Ils estiment que la prévention qui leur est présentée pourrait être plus approfondie. C’est le cas de Lyséa.
« Au niveau des maladies sexuellement transmissibles, on parle souvent du sida. On évoque pas forcément les autres maladies qui sont peut être moins graves mais tout aussi importantes. Du côté des contraceptions aussi. […] Dans ma famille c’est pas tellement un sujet qu’on aborde. Avec mes amis non plus. Je trouve que c’est un sujet encore tabou. »
Lyséa, lycéenne
Pour lutter contre le tabou et la stigmatisation, l’ARS et les associations locales préconisent l’utilisation du site previensmoi.fr . La plateforme permet d’envoyer un message anonymement afin que les partenaires puissent se faire dépister le plus rapidement possible.
Selon le docteur André Cabié, président du CORRS (Comité de Coordination Régional de la Santé Sexuelle) de la Martinique, ce dispositif est une grande avancée.
« C’est important d’avertir ses partenaires : les partenaires auxquels on a pu le transmettre, et puis les partenaires qui nous l’ont transmis. Ce sont les deux qu’il faut avertir pour interrompre la chaîne de transmission, comme on le faisait pour le Covid. »
André Cabié, président du CORRS (Comité de Coordination Régional de la Santé Sexuelle) Martinique · ©Interview avec Pierre-Yves Honoré
Le recours à « Mon Test IST Gratuit » permettrait également de limiter les contaminations. Un dispositif pour les moins de 26 ans sans ordonnance, sans rendez-vous, pris en charge à 100% par l’assurance maladie.
En ce qui concerne les mineurs, le dépistage est possible seulement avec autorisation parentale ou présence d’un majeur accompagnant.
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