David Amiel en Guyane : « 15 douaniers, un avion de surveillance et un scanner IA contre le narcotrafic »

David Amiel est venu dire ce que tout le monde sait déjà : la Guyane est un sas. Entre le Brésil et le Suriname d’un côté, l’Europe de l’autre, les conteneurs qui partent du port de Dégrad-des-Cannes transportent de tout. Y compris 466 kilos de cocaïne saisis l’année dernière par la douane. Le ministre des Comptes publics était là lundi, sur place, pour détailler son plan : des moyens, des hommes, de la technologie. Pas une annonce de principe, du concret qui doit arriver dès 2027.

« J’ai voulu que la première étape de ce plan national, la première étape de ce réarmement historique de la douane française, se fasse ici, en Guyane », a déclaré le ministre depuis les quais. Parce que oui, 500 kilomètres de frontière avec le Suriname, une façade maritime immense, et des trafics qui mutent en permanence, ça impose de bouger vite. Le « plan Douane 2030 », doté de 419 millions d’euros au niveau national, commence par la Guyane.

Quinze postes de douaniers supplémentaires arrivent l’année prochaine. Cela représente une hausse de 10 % des effectifs locaux. Ils seront formés aux spécificités guyanaises, assure le ministre : trafic fluvial, orpaillage illégal, contrebande qui déstabilise le tissu économique local. Pas des renforts parachutés sans préparation.

Un Beechcraft loué pour surveiller la haute mer

La douane va louer un avion Beechcraft pour surveiller la haute mer[3]. L’appareil permettra de repérer les embarcations suspectes au large, là où les radars terrestres ne voient rien. C’est une première pour le territoire. Les trafiquants testent en permanence les capacités de l’État : quand on renforce un point, ils en cherchent un autre. L’avion, c’est la réponse à cette mobilité.

À Saint-Laurent-du-Maroni, David Amiel a insisté sur la poursuite de l’opération Atipa, qui contrôle le trafic fluvial sur le Maroni. « Depuis 18 mois, nous avons réalisé des progrès pour reprendre la main sur les flux sur ce fleuve », a-t-il affirmé. Les quinze douaniers supplémentaires viendront renforcer ce dispositif, notamment autour de l’embarcadère où transitent marchandises et passagers.

Un scanner mobile dopé à l’intelligence artificielle

Le port de Dégrad-des-Cannes, à Rémire-Montjoly, va recevoir en 2027 un scanner mobile spécial (SMS), capable d’inspecter l’intégralité du contenu des conteneurs[1]. L’appareil actuel, embarqué dans une camionnette, scanne déjà 93 % des conteneurs à l’export. Mais il a ses limites : certaines zones restent opaques. Le nouveau scanner, dit « basse intensité », voit à travers tout le conteneur. Il sera couplé à des outils d’intelligence artificielle pour cibler les contrôles et analyser les images en temps réel.

« Cela nous donnera davantage de souplesse face à des réseaux criminels qui testent en permanence les capacités de l’État », a précisé David Amiel. L’IA permettra de repérer les anomalies : une densité inhabituelle, un agencement suspect, une signature thermique qui ne colle pas. Le ministre a ajouté que l’ancien scanner pourrait être redéployé ponctuellement sur le réseau routier, notamment sur la RN1 qui relie Cayenne à Saint-Laurent.

« 100 % contrôle » sur le port de Cayenne

Après l’aéroport Félix-Éboué de Matoury, où l’opération « 100 % contrôle » est déjà en place, le ministre veut étendre le dispositif au port de Cayenne. « Dès l’année prochaine, nous aurons un scanner lourd qui permettra de le réaliser », a-t-il annoncé. L’idée : ne laisser passer aucun conteneur sans vérification. Les trafiquants bougent, les douaniers doivent bouger aussi.

David Amiel a également évoqué la coopération internationale. Le traité Mercosur, dont l’entrée en vigueur approche, va modifier les flux commerciaux avec le Brésil. « Il faut nous y préparer », a-t-il indiqué. La coopération douanière avec le Brésil sera renforcée, notamment à la frontière et sur l’Oyapock.

Saint-Laurent sous pression démographique

À Saint-Laurent-du-Maroni, le ministre a pu constater la pression démographique qui pèse sur la ville. Les maires guyanais se plaignent des coupes budgétaires, dans un territoire déjà sous tension. David Amiel a répondu en évoquant le contexte budgétaire national, « très difficile ». Mais il a promis des investissements : en 2027, le budget consacré aux Outre-mer augmentera de 112 millions d’euros, a-t-il affirmé.

Reste à savoir si ces moyens suffiront. La Guyane est en première ligne, oui. Mais elle l’est depuis longtemps. Les 466 kilos de cocaïne saisis en 2025 par la douane ne sont qu’une fraction de ce qui passe réellement. Les réseaux criminels innovent, s’adaptent, contournent. Le plan Douane 2030 commence ici, mais c’est une course sans ligne d’arrivée. Les quinze douaniers, le Beechcraft et le scanner IA sont des outils. Ils ne changeront la donne que s’ils sont utilisés avec constance, intelligence et coordination. Et si, derrière, il y a des juges, des prisons et une justice qui suit le rythme.

Sources

2 sources · 2 faits vérifiés

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