Dee Dee Bridgewater et China Moses, un amour de la France : « C’est notre deuxième pays » – franceinfo
Dee Dee Bridgewater et China Moses sont les invitées exceptionnelles toute cette semaine du Monde d’Elodie, pour la sortie de leurs albums respectifs, « Elemental », pour la mère et « It’s complicated », pour la fille. Épisode 2 : « J’ai deux amours » de Joséphine Baker, repris par Dee Dee Bridgewater.
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Depuis ses débuts dans les années 60, Dee Dee Bridgewater a presque tout connu dans ce que la nature humaine à de plus sombre et de plus lumineux. Elle est devenue, au fil du temps, une référence mondiale et incontournable dans le domaine du jazz, de la soul et du blues. China Moses, sa fille, a hérité de l’expérience de sa mère et de son regard sur le monde.
franceinfo : Vous êtes toutes les deux américaines, vous êtes anglophone et aussi francophone. Je sais que la France est très importante pour vous. Que représente-t-elle pour vous ?
Dee Dee Bridgewater : Je suis venue la première fois pour faire un concert en 1974, c’était un festival en été. On m’avait dit que pour ce festival, qui était un peu dans le sud de la France, que le public était assez difficile. S’il n’aimait pas les chanteuses, il jetait des choses sur scène. J’arrive sur scène, j’avais un trac incroyable, je commence à chanter et les gens ont commencé à applaudir. Je me suis dit, « Mais qu’est-ce qui se passe ? Ça veut dire qu’ils m’aiment ? » À partir de ce moment-là, ça m’a donné un coup de foudre et j’avais toujours rêvé de vivre en France. Pour moi, la France, c’est mon deuxième pays.
« C’est ici que je suis devenue une femme, que je suis devenue l’artiste que je suis et la personne que je suis. »
Dee Dee Bridgewaterà franceinfo
J’ai trouvé mon indépendance ici, j’ai trouvé mon expression, ma façon de vivre. Donc je dois beaucoup à la France.
Joséphine Baker a eu cette occasion aussi de s’exprimer sur la France, elle disait que c’était comme une terre d’asile, un endroit où elle se sentait bien, où elle avait le droit d’être libre, là où dans les autres pays, il y avait plein de choses qui étaient interdites. La France, c’est ça ?
Dee Dee Bridgewater : Oui, même si aujourd’hui ça a changé un peu. Je me sens toujours bien quand je suis là. Joséphine a été poussée vers la France par mon arrière-grande-tante et donc j’ai cette connexion aussi avec Joséphine.
Il y a à la fois ce pays dans lequel vous vous sentez bien, China, et ce pays qui a tant donné à votre mère qu’il lui a permis d’être la femme épanouie qu’elle est aujourd’hui.
China Moses : Oui, et qui m’a permis à moi de grandir en France. J’ai grandi en banlieue parisienne à Garges-lès-Gonesse, dans le 95. J’ai pu vivre une adolescence vraiment typiquement française, typiquement de banlieusarde, à la rencontre de plein de nationalités, de plein de cultures, et plein d’origines que je pense que je n’aurais pas eu en grandissant à Los Angeles. Je me sens un peu enfant du monde grâce à cette opportunité-là, même si j’habite maintenant entre Paris et New York. Quand je rentre chez moi aux États-Unis parce que c’est quand même chez moi, même si en ce moment, c’est très compliqué, je retrouve les choses qui me manquent en fait en France, la communauté noire américaine, mais il ne me manque rien d’autre en réalité. Je me sens entière quand je suis ici en France, sauf que parfois, culturellement, je n’ai pas les mêmes bases que tout le monde. Sinon, j’adore la liberté artistique grâce au grand patrimoine culturel et au système culturel français auquel j’ai eu accès. Je ne peux pas du tout le nier.
Je voudrais que vous me parliez de la chanson J’ai deux amours parce que pour le coup, je sais qu’elle vous tient beaucoup à cœur.
Dee Dee Bridgewater : J’ai deux amours, c’était la chanson de Joséphine Baker. Quand j’ai décidé de faire cet album, je disais que j’étais un peu dans la ligne des artistes comme Joséphine. Ma vie n’est pas si grande que la sienne, mais j’ai eu une expérience en France un peu comme elle, donc j’avais les portes grandes ouvertes pour moi.
« Moi aussi, j’ai deux amours où je suis née et ici, la France. »
Dee Dee Bridgewaterà franceinfo
C’est une façon pour moi de lier ma vie avec la sienne et avec l’histoire que j’ai avec ma mère, mon arrière-grande-tante et puis de rendre hommage à ce pays, la France. Je pouvais faire tout ce que j’avais envie de faire, donc c’était très important que cette chanson soit dans le disque et finalement, j’ai dit que ça allait être le titre.
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