« Donner plutôt que jeter » ce qui reste dans les champs

Selon des chiffres Eurostat parus en 2025, le gaspillage alimentaire de produits agricoles représentait 992 milliers de tonnes en France en 2023, soit 26 % des déchets alimentaires encore comestibles gaspillés. Au-delà du fait que ce chiffre augmente – il était de 945 milliers de tonnes en 2021 – il ne comprend que les produits post-récolte effectivement détruits et non ceux que l’agriculteur va tenter de valoriser d’une quelconque façon. Ainsi, aucune donnée précise ou récurrente n’existe pour quantifier cette part du gaspillage alimentaire primaire, « sauvée » in extremis.

Le député PS de la Mayenne Guillaume Garot, déjà à l’origine d’une loi pionnière en la matière en 2016, a présenté dix ans plus tard, en février 2026, une stratégie à horizon 2030 issue des travaux des États généraux de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Parmi les cinquante-cinq mesures du plan, celles d’ordre législatif feront l’objet d’une proposition de loi qui sera présentée avec l’élue PS du Finistère Graziella Melchior à la rentrée, au mois de septembre.

Bien que Guillaume Garot envisage le gaspillage à chaque étape de la chaîne alimentaire, notamment pour les produits finis chez les distributeurs, il préconise une hiérarchie de valorisation précise : « D’abord, la consommation humaine, suivie par l’alimentation animale, le compost pour l’agriculture et enfin la valorisation énergétique. »

Des habitudes alimentaires à recréer

Et selon l’élu socialiste, il est possible de réduire les épisodes d’invendus massifs de certaines filières légumières en travaillant sur la demande auprès du consommateur. « Il y a des habitudes alimentaires à recréer. Si on arrive à éduquer une génération à consommer des produits bruts et frais, on aura ensuite des adultes plus consommateurs de ces produits », estime-t-il. Angélique Delahaye, présidente de l’association Solaal, renchérit : « Certains légumes sont des produits météo-sensibles. Choux-fleurs et poireaux sont peu consommés quand il fait chaud mais, à mon sens, il s’agit davantage d’un problème de culture culinaire que de culture agricole. »

Nouveaux donateurs

La plateforme Solaal, parrainée par Guillaume Garot, s’engage depuis 2013 à mettre en relation les agriculteurs confrontés à des invendus avec des associations d’aide alimentaire, tout en les accompagnant dans les récoltes. Outre des dons de lait, d’œufs et d’un peu de viande, « nous organisons pas moins de quatre glanages solidaires par semaine dans toute la France. Les fruits et légumes représentent 90 % de notre activité, souligne Dorothée Briaumont, directrice de Solaal. Et, depuis deux ans, nous avons mis en place “Les achats-ventes solidaires”. L’agriculteur fixe son prix et on ne négocie pas. Cela permet d’avoir des nouveaux donateurs. » Suivre la logique de « donner plutôt que jeter » donc. Mais pour éviter le gaspillage, Guillaume Garot souhaite que « l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire » se mobilise pour mieux le mesurer et le quantifier, ce qui reste « un enjeu majeur ».

Clara Lahellec et Lucas Santerre

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