En Guyane, la colère monte contre les chercheurs d’or illégaux : « l’État n’existe pas »:

Chercheurs d’or illégaux – À Camopi, enclave au cœur de la forêt amazonienne, la colère monte. Sur les rives de l’Oyapock, fleuve frontière avec le Brésil, les habitants dénoncent la présence persistante des orpailleurs clandestins. Dans ce village de 2.500 habitants accessible uniquement par avion ou par pirogue, la tension s’intensifie.

Un climat de tension croissant

Le 25 avril, des habitants ont installé un barrage de pirogues sur le fleuve pour bloquer les flux liés à l’orpaillage. Les autorités ont rapidement démantelé ce dispositif pour des raisons d’ordre public. Cette action illustre néanmoins un climat jugé explosif.

En saison des pluies, le fleuve devient « en véritable autoroute de l’orpaillage clandestin », selon Mathilde Tatou, première adjointe. Face à l’absence de solution durable, certains habitants se disaient prêts à « prendre les armes pour régler le problème » eux-mêmes, avait averti le chef coutumier Siméon Monnerville.

Une insécurité quotidienne

Les habitants décrivent un quotidien fortement dégradé. « On ne peut pas aller à l’abatti, à la chasse ou à la pêche par peur de se faire agresser, voler voire violer », explique Françoise Renaud, 51 ans. Elle ajoute : « On ne se sent pas en sécurité chez nous ».

Ce sentiment alimente un profond malaise. « On se dit souvent à Camopi que l’Etat n’existe pas », affirme Mathias Barcarel, chef coutumier Teko. Nicolas Chaumier, 50 ans, réclame : « Nous demandons la même considération que pour les communes du littoral. La première mission des autorités est d’assurer notre sécurité ».

La réponse de l’État

Le préfet Antoine Poussier s’est rendu sur place lundi. Il a rejoint la commune après un trajet en hélicoptère depuis Cayenne, puis en pirogue. Une cinquantaine d’habitants l’ont interpellé à la mairie.

Dans une salle ouverte aux intempéries, les échanges se sont tenus sous le bruit de fortes pluies. Le préfet a déclaré : « Il ne faut pas se tromper d’adversaire. Nous devons rester des frères d’armes dans ce combat de tous les instants ».

Il a annoncé l’installation « d’ici début juin » d’un barrage permanent sur la rivière Camopi, maintenu « jusqu’à la fin de la saison humide » en août. Le maire Laurent Yawalou s’est dit « satisfait, mais la situation aurait pu être anticipée par l’Etat ».

Un phénomène difficile à contenir

Les autorités reconnaissent les limites du dispositif. Le général Géraud Laborie prévient qu’il peut être « rapidement contourné par des orpailleurs illégaux qui ne manquent pas de ressources pour trouver d’autres passages ».

Selon lui, une « quinzaine de sites illégaux » restent actifs dans le bassin de Camopi. Une opération menée fin 2024 a permis de chasser 80% des clandestins, mais « les 20% restants sont très mobiles et éparpillés » et « difficiles à déloger ».

Ces sites représentent 6% des 600 chantiers illégaux recensés en Guyane en 2025. L’orpaillage mobilise environ 8.000 personnes et produit entre cinq et six tonnes d’or. Chaque année, il détruit 150 hectares de forêt et 100 kilomètres de cours d’eau.

Entre répression et alternatives

Depuis 2008, l’opération « Harpie » mobilise 280 militaires et gendarmes, avec un budget annuel de 70 millions d’euros. Le procureur général Joël Sollier évoque un phénomène d’une « résilience incroyable ».

Il précise : « Malgré un prix de l’or qui a triplé en 5-6 ans, nous avons réussi à maintenir quelque chose qui n’est pas satisfaisant, mais sans explosion ».

À Camopi, la hausse du prix de l’or et le manque d’opportunités favorisent certaines complicités locales. Nicolas Chaumier a appelé « ceux de la communauté qui font les petites mains pour les Brésiliens de cesser de le faire ».

Pour proposer une alternative, l’État prévoit de recruter des jeunes du territoire afin d’appuyer les militaires et les gendarmes dans la lutte contre l’orpaillage clandestin.

Avec AFP

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