Épidémie d’Ebola | La République démocratique du Congo réclame plus de fournitures pour faire face

(Bunia) Les professionnels de la santé et les organisations humanitaires de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) disent avoir un besoin urgent de matériel et de personnel supplémentaires pour faire face à l’épidémie d’Ebola.


Publié à

Justin Kabumba et Monika Pronczuk

Associated Press

« La situation est préoccupante, car l’épidémie prend de l’ampleur », a déclaré à l’Associated Press Hama Amado, coordonnateur de terrain à Bunia pour l’organisation humanitaire Alima. « Elle se propage dans de nombreuses zones. Tout le monde doit donc se mobiliser. »

Il a ajouté : « Nous sommes encore loin de pouvoir affirmer que la situation est maîtrisée. »

Il n’existe aucun vaccin ni médicament disponible contre le virus Bundibugyo, qui s’est propagé sans être détecté pendant des semaines après le premier mort connu, alors que les autorités effectuaient des tests pour un autre virus Ebola, plus courant, et obtenaient des résultats négatifs.

Les professionnels de santé et les organisations humanitaires tentent désormais de rattraper leur retard face à une épidémie qui, selon les experts, est bien plus importante que ce qui a été officiellement rapporté. À ce jour, on recense 139 morts suspects et près de 600 cas suspects.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a signalé un faible risque à l’échelle mondiale, a déclaré que le « patient zéro » n’avait pas été identifié.

L’Inde et l’Union africaine ont d’ailleurs reporté le Sommet du Forum Inde-Afrique, prévu la semaine prochaine à New Delhi, en raison de « l’évolution de la situation sanitaire dans certaines régions d’Afrique ».

Une « pression immense » au pays

Alors que près de 20 tonnes d’aide ont été acheminées par avion à Bunia, lieu du premier mort connu, des médecins utilisant des masques périmés s’occupaient de patients suspectés d’être atteints d’Ebola dans des services généraux en raison du manque d’espace d’isolement.

La détection précoce du virus est essentielle pour sauver des vies, mais les infrastructures sanitaires et les capacités de surveillance de la région, déjà fragiles, ont été encore affaiblies par les coupes dans l’aide internationale, selon les experts. On compte plus de 920 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays en Ituri, une province devenue le foyer de l’épidémie, selon l’ONU.

« Les communautés de l’est de la RDC sont déjà confrontées à une pression immense due aux conflits, aux déplacements de population et à l’effondrement du système de santé », a déclaré le Dr Lievin Bangali, coordonnateur principal de la santé pour l’International Rescue Committee en RDC. « Des années de sous-financement, aggravées par les récentes coupes budgétaires dans les programmes de santé de première ligne et de préparation aux épidémies, ont affaibli la capacité à détecter et à répondre rapidement aux épidémies. »

L’organisation a indiqué avoir dû interrompre ses activités de surveillance dans trois des cinq zones de l’Ituri au cours de l’année dernière en raison de coupes budgétaires.

La maladie frappe soudainement

PHOTO PIGISTE, REUTERS

Un professionnel de la santé marche à l’hôpital général de référence de Bunia, à la suite d’une recrudescence du virus Ebola.

Dans un centre de traitement à Rwampara, des agents de santé en tenue de protection ont manipulé les corps de victimes présumées d’Ebola.

Les familles, qui ont pour habitude de laver elles-mêmes le corps de leurs proches, ont regardé les agents désinfecter les dépouilles et les placer dans des cercueils pour les transporter vers des lieux d’inhumation sécurisés. Certains proches ont fondu en larmes.

La maladie a frappé soudainement, ont-ils déclaré, décrivant une détérioration rapide après que les symptômes aient été confondus avec ceux d’autres maladies, telles que le paludisme.

« Il m’a dit qu’il avait mal au cœur, a relaté Botwine Swanze, qui a perdu son fils. Puis il s’est mis à pleurer à cause de la douleur. Ensuite, il a commencé à saigner et à vomir abondamment. »

Le virus Ebola est très contagieux et se propage parmi la population humaine par contact avec des fluides corporels tels que les vomissures, le sang ou le sperme. Les symptômes comprennent de la fièvre, des vomissements, de la diarrhée, des douleurs musculaires et parfois des hémorragies internes et externes.

Les écoles et les églises demeurent ouvertes à Bunia. Certains habitants ont commencé à porter des masques, qui sont devenus plus difficiles à trouver.

L’inquiétude grandit dans les centres de santé

Une équipe de Médecins Sans Frontières a identifié des cas suspects la fin de semaine dernière à l’hôpital Salama, mais n’a trouvé aucune salle d’isolement disponible dans la région, a indiqué Trish Newport, responsable du programme d’urgence, sur les réseaux sociaux.

« Tous les établissements de santé qu’ils ont contactés ont répondu : “Nous sommes saturés de cas suspects. Nous n’avons plus de place.” Cela vous donne une idée de la situation complètement folle qui règne actuellement », a-t-elle relaté.

À l’hôpital général de Bambu, ailleurs dans la province d’Ituri, des patients suspectés d’être atteints d’Ebola partageaient une salle avec d’autres blessés ou malades.

PHOTO SEROS MUYISA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un visiteur se lave les mains à l’entrée de l’aéroport de Bunia, en République démocratique du Congo, le 21 mai 2026.

À Mongbwalu, où le corps de la première victime connue a été transporté, la frontière voisine avec l’Ouganda reste ouverte et l’exploitation aurifère se poursuit, a souligné Chérubin Kuku Ndilawa, un leader de la société civile, soulignant la difficulté de contenir le virus.

« Il n’y a pas de panique. Les gens continuent à vivre normalement, mais ils commencent aussi à passer le mot », a déclaré M. Ndilawa, soulignant le manque de points d’eau publics pour se laver les mains.

La situation était très différente à l’hôpital général de Mongbwalu, où le docteur Didier Pay a indiqué que l’établissement traitait une trentaine de patients atteints d’Ebola et où un étudiant de l’institut local de technologie médicale est mort mercredi.

« Les patients sont dispersés un peu partout dans des conditions plutôt inhabituelles, a raconté à l’AP le Dr Richard Lokudu, directeur médical de l’hôpital. Nous espérons que des installations de triage et d’isolement adéquates seront mises en place aujourd’hui, et si ce n’est pas le cas, nous serons complètement débordés. »

Ils manquent de personnel et ne sont pas formés pour prendre en charge les cas suspects, a-t-il ajouté. Si le nombre de cas confirmés augmente, « nous n’avons aucune protection ».

« L’ampleur de l’épidémie est bien plus importante »

L’OMS a déclaré que cette épidémie constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Le directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé mardi qu’il était « profondément préoccupé par l’ampleur et la vitesse de l’épidémie », tandis que la responsable de l’OMS en RDC a indiqué que l’épidémie pourrait durer au moins deux mois.

PHOTO FABRICE COFFRINI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus

Les enquêtes se poursuivent pour déterminer l’origine de l’épidémie, mais « compte tenu de son ampleur, nous pensons qu’elle a probablement commencé il y a quelques mois », a précisé Anaïs Legand, experte en fièvres hémorragiques virales à l’OMS.

À ce jour, 51 cas ont été confirmés dans les provinces du nord de la RDC, l’Ituri et le Nord-Kivu, et deux cas en Ouganda, selon M. Adhanom Ghebreyesus. Mais « l’ampleur de l’épidémie est bien plus importante », a-t-il ajouté.

Le MRC Centre for Global Infectious Disease Analysis, établi à Londres, estime que le nombre de cas a été largement sous-estimé et que le chiffre réel pourrait déjà dépasser les 1000. « L’ampleur réelle reste incertaine », indique-t-on.

L’insécurité persiste

La République démocratique du Congo est le théâtre depuis longtemps d’attaques menées par divers groupes armés et l’instabilité complique davantage les efforts visant à gérer la crise. Des responsables locaux ont déclaré qu’une attaque menée par des militants liés au groupe armé Daech (le groupe État islamique) avait tué au moins 17 personnes mardi à Alima, un village de l’Ituri.  

Des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), qui entretiennent des liens avec Daech, ont tué des civils à coups de machettes et d’armes à feu, incendié des maisons et des commerces et pris plusieurs personnes en otage. Des organisations de la société civile ont averti que d’autres villages de la région étaient menacés d’attaques.

Le nombre de combattants de l’ADF en RDC n’est pas connu avec précision, mais leur présence dans la région est importante et ils attaquent régulièrement des civils. Un autre groupe armé actif dans la région est le CODECO, une association informelle de milices issues principalement de la communauté agricole de l’ethnie Lendu.  

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