Exploration minière : comment le Mali veut raviver l’intérêt des investisseurs pour son or

Le Mali reste l’un des principaux producteurs africains d’or, mais ses indicateurs d’attractivité pour l’investissement minier se sont dégradés ces dernières années. Si les autorités ne s’en inquiètent pas officiellement, elles travaillent désormais à offrir aux investisseurs un cadre plus lisible pour l’exploration.

Dans son rapport « World Exploration Trends 2026 » publié en mars dernier, S&P Global Market Intelligence indique que le Mali a enregistré en 2025 son troisième recul annuel consécutif des investissements dans l’exploration minière et la plus forte réduction observée sur le continent. Si Bamako n’a pas commenté officiellement ces chiffres, qui contrastent avec la tendance globale en Afrique, les autorités maliennes n’en sont pas moins actives pour reconstituer les conditions d’un retour des investisseurs dans le secteur.

Le déclin des investissements dans l’exploration minière au Mali coïncide avec les turbulences qu’a traversées l’industrie minière depuis l’adoption d’un nouveau Code en 2023. Ce texte a notamment relevé la participation de l’État dans les nouveaux projets, portée de 20% jusqu’à 30% pour l’État, auxquels s’ajoutent 5% pour les investisseurs locaux. Son entrée en vigueur a alimenté des tensions avec la plupart des compagnies, y compris un bras de fer prolongé entre le pays ouest-africain et Barrick Mining autour du complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, la plus grande mine d’or du pays.

La suspension des opérations décidée par le groupe canadien a réduit la production du complexe à 36 200 onces d’or en 2025, contre 723 000 onces en 2024, contribuant à un recul de 22,9% de la production industrielle d’or du Mali sur l’année. Un accord a finalement été trouvé en novembre 2025 entre les parties et Barrick a depuis réintégré le complexe dans ses prévisions de production pour 2026. La suspension de l’octroi de nouveaux permis de recherche, en vigueur depuis 2022, reste toutefois maintenue.

Préparer le terrain pour de nouveaux gisements

Les mesures réglementaires mises en œuvre ces dernières années au Mali ont contribué à éroder l’intérêt des investisseurs étrangers pour le pays. Mais le potentiel minier du Mali, principalement pour l’or, demeure intact et Bamako entend capitaliser dessus. Dans un arrêté d’octobre 2025, le ministère des Mines a annulé une centaine de permis d’exploration minière. Les raisons officielles n’ont pas été détaillées, mais la compagnie canadienne B2Gold, qui exploite la deuxième plus grande mine d’or du pays, y voit une mesure fondée sur l’inactivité de certains titulaires et le non-respect des dispositions du Code minier.

Ce type de situation est courant dans le secteur aurifère africain. En vertu du principe du « premier arrivé, premier servi », des sociétés sans capacités réelles peuvent obtenir des permis qu’elles ne cherchent pas à développer, les conservant comme de simples actifs spéculatifs. L’arrêté précise que les superficies concernées sont désormais libérées de tous droits conférés à leurs anciens détenteurs. Selon le spécialiste du droit minier Charles Bourgeois, l’État doit pouvoir reprendre un titre minier à un opérateur qui ne respecte pas ses engagements, « afin de le rendre disponible à la prospection pour d’autres sociétés ».

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Ce retrait massif de permis prend tout son sens au regard de l’état des réserves du pays. Selon des données du ministère des Mines, les réserves d’or détenues par les sociétés minières productrices au Mali ont reculé de 17% entre 2022 et 2024, passant de 881,7 tonnes à 731 tonnes. Sans découvertes de nouveaux gisements, les réserves exploitables continueront de diminuer, ce qui renforce l’urgence d’une reprise de l’exploration.

Cette libération de périmètres s’accompagne d’une refonte du cadastre minier, dont la nouvelle version a été officiellement présentée le 17 avril. Le nouveau système entièrement numérisé permet désormais de soumettre toutes les demandes de titres en ligne et s’interconnecte avec les plateformes financières du ministère des Mines, du Trésor public et de la Direction générale des impôts. Il recense à ce jour 631 titres miniers actifs, et permettra, selon les autorités, d’accélérer les procédures liées aux titres miniers.

Une réouverture sous conditions

Face à ces récents développements, la levée de la suspension des permis d’exploration constitue désormais la dernière étape pour permettre l’arrivée de nouveaux acteurs dans le secteur minier malien. Les autorités devront clarifier la procédure d’octroi de ces titres sous le régime du nouveau code minier et s’assurer de maintenir une stabilité réglementaire pour espérer restaurer la confiance des investisseurs.

L’autre élément à surveiller est la situation sécuritaire du pays. Des attaques d’une ampleur inhabituelle, coordonnées entre groupes djihadistes et rebelles séparatistes, ont frappé le pays la semaine dernière, coûtant notamment la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara. Ces attaques terroristes récurrentes posent des risques pour la chaîne d’approvisionnement des compagnies minières. Ces tensions n’ont pas pour autant déclenché un mouvement de retrait généralisé.

Les opérations minières industrielles sont en effet concentrées dans le sud du pays, une région relativement épargnée par l’instabilité. L’australien Resolute a déclaré cette semaine que sa mine d’or Syama reste pleinement opérationnelle. Des acteurs déjà présents mais qui n’exploitent pas encore de mines intensifient aussi leurs activités, à l’image de Toubani Resources qui a lancé en mars 2026 la construction d’une nouvelle mine d’or dans le pays. Reste à voir si de nouveaux investisseurs suivront le mouvement.

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