Face à la chute de la commande publique, le président de la FRBTP Mathieu Antoinette alerte : « le secteur du BTP ne l’encaisse pas, le secteur subit ».

Le haut conseil à la commande publique se tient ce mercredi 15 juillet à la Préfecture. Une réunion stratégique qui rassemble l’ensemble des maîtres d’ouvrage publics, soit l’Etat, la collectivité territoriale de Guyane (CTG), les Mairies, et les Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI). A l’ordre du jour : un état des lieux de la commande publique au 1er semestre 2026 et projets à venir.

Pour le secteur du BTP, la commande publique représente 80% de l’activité mais depuis le début de l’année, elle est en forte baisse (-40% par rapport à 2025, selon la Cellule Économique Régionale).

Avant ce haut conseil à la commande publique, Mathieu ANTOINETTE, le président de la Fédération Régionale du Bâtiment et des Travaux Publics (FRBTP) de Guyane, nous a accordés un entretien et rappelle les attentes du secteur : l’amélioration des délais de paiement et le déblocage des projets qui tardent à sortir.

Quels sont les enjeux de ce haut conseil à la commande publique pour la FRBTP ?

Pour le secteur du BTP, le conseil à la commande publique, c’est un espace commun où on peut évoquer les sujets d’avenir concernant le BTP. Un espace où l’on peut discuter de l’ensemble des problématiques liées à la construction, liées à l’environnement, mais surtout ça permet de lisser la commande publique, surtout sur les gros projets.

La commande publique dans le secteur du BTP s’est écroulée de −40% au 1er semestre 2026 par rapport à 2025. Comment le secteur encaisse-t-il une telle chute ?

Le secteur du BTP ne l’encaisse pas, le secteur subit. C’est de la perte d’emploi, ce sont des familles qui se retrouvent malheureusement dans des situations compliquées. Pour n nous, ces situations sont inacceptables puisque le secteur du BTP est un élément phare de ce territoire. Le BTP, c’est la construction d’écoles, d’hôpitaux, de routes… C’est l’aménagement complet de ce territoire. Donc si on veut penser ce territoire, le BTP a une place première dans ce département.

Ce haut conseil à la commande publique permettra-t-il aussi d’aborder un sujet qui fâche depuis longtemps : les délais de paiement ?

Les délais de paiement ont toujours été un élément central dans la vie des entreprises. Sans délai de paiement, nous ne payons pas nos fournisseurs. Sans un meilleur délai de paiement, on ne développe pas notre territoire. Et pour nous, il est important de pouvoir avoir de l’argent qui circule sur ce territoire, de manière à pouvoir le développer, à pouvoir investir, se sécuriser, offrir un environnement social à nos employés. Ça permet surtout de donner aussi de la confiance à nos entreprises, à donner de la confiance à nos collaborateurs, à nos sous-traitants et nos prestataires. Je pense qu’on n’a jamais pris le problème à bras-le-corps. Les délais de paiement sont divers et variés : ça va de l’émission de la facture au traitement via les maitres d’œuvre, via les bureaux d’études, via les OPC (ordonnancement, pilotage et coordination), et arriver au payeur final. Et dans cette chaine, forcément, il y a un circuit qui grince et malheureusement, des entreprises en font les frais. Ça peut être une signature qui est manquante, ça peut être un document qui est mal mis ou une actualisation de révision qui dit diverge des éléments premiers qui ont été remis. On a des délais de paiement qui peuvent être très, très importants, et atteindre jusqu’à un an, voire 2 ans.

En quoi est ce important de participer ce haut conseil à la commande publique où vous serez face aux maitres ouvrages ?

C’est important car ça permet de pouvoir avoir une discussion sincère, une discussion franche sur les capacités ou pas de pouvoir investir, et pouvoir payer ou pas les investissements qu’on prévoit.

Et pour nous, cet espace doit être préservé et maintenu. Ça permet de débloquer des problèmes. Ça peut être des problèmes environnementaux, des problèmes administratifs, des problèmes fonciers, et le fait de pouvoir avoir tout ce monde autant d’une table, que ce soit les services d’EDF, les services de la préfecture, les services de l’environnement, les mairies, les EPCI, ça permet de pouvoir lever les points bloquants et de pouvoir parler un même langage.

Qu’est ce qui ferait que vous sortiez satisfaits de ce haut conseil à la commande publique ?

Ce qui nous permettrait d’être satisfait de ce conseil, c’est déjà d’avoir une commande publique qui soit assurée, qui soit garantie, qui soit financée, dont les budgets aussi sont garantis. À partir de là, je pense que nos entreprises pourront être satisfaites de pouvoir avoir un carnet de commandes bien rempli.

On attend beaucoup de la revalorisation de la LBU (ligne budgétaire unique), puisque qu’elle a été sacrifiée de 60%. Aujourd’hui on espère de l’Etat qu’elle puisse être remise au même niveau puisqu’au mois de mai, l’ensemble de la LBU avait été consommé. Ça veut dire qu’aujourd’hui, nous pouvons plus lancer de nouvelle programmation en termes de logement.

On attend aussi beaucoup de la CTG, avec l’application de sa PPI (Programmation pluriannuelle des investissements). Je lance un appel à l’ensemble de ceux qui siègent au sein de cette CTG pour valider le budget rectificatif et lancer cette PPI.

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