Flotte fantôme russe : le Cameroun dénonce une nouvelle utilisation frauduleuse de son pavillon | TV5MONDE
Le Cameroun a de nouveau dénoncé l’utilisation frauduleuse de son pavillon après l’interception, le 14 juin dans la Manche, du pétrolier Smyrtos, soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe. Deux semaines plus tôt, le Tagor a connu le même sort au large de la Bretagne, selon RFI.
Le Smyrtos, pétrolier soupçonné de participer à la flotte fantôme russe, a été intercepté dimanche 14 juin dans la Manche par l’armée britannique, en collaboration avec la France, nous apprend RFI. Cette opération survient deux semaines après celle du Tagor, arraisonné le 31 mai au large de la Bretagne par la Marine nationale française. Les deux navires battaient pavillon camerounais.
Mais le Cameroun ne semblait pas être au courant.
Comme pour le Tagor, le ministre des Transports camerounais Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe a dénoncé une utilisation “frauduleuse” du pavillon national, selon RFI. Dans un communiqué daté du 15 juin, il “précise” que le Smyrtos ne figure plus sur le registre camerounais depuis trois semaines. Pour le ministre, le Cameroun ne peut donc pas être tenu responsable des activités illicites du navire.
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Le 8 juin déjà, le même scénario s’est joué pour le navire Tagor. Dans un communiqué diffusé par la radio d’État, le ministre camerounais rappelle que des vérifications approfondies ont confirmé que “ledit navire ne figure dans aucun des registres officiels des navires autorisés à battre pavillon camerounais”.
Il a par ailleurs condamné “avec rigueur l’utilisation frauduleuse et abusive des attributs de la nationalité” camerounaise et invite “la communauté internationale à prendre des mesures drastiques contre ces dérives qui deviennent fréquentes dans ce secteur”. Des communiqués similaires avaient déjà été publiés en février et en mai 2026 par le gouvernement camerounais.
Des pressions européennes
Selon RFI, le Cameroun s’est engagé il y a deux ans à identifier les pavillons de complaisance qui aident la Russie à contourner les sanctions européennes sur ses produits pétroliers. L’Union européenne avait fait pression sur Yaoundé en conditionnant le déblocage de 15 millions d’euros, annoncé début juin.
Vincent Gaudio, fondateur de la société Amanar Advisor, basée à Strasbourg et spécialisée dans l’intelligence économique, voit dans ces communications ministérielles une stratégie de prévention. Sur RFI, il a expliqué : “Il s’inscrit pleinement dans les actions menées pour assainir la situation et surtout pour ne pas voir les aides européennes être de nouveau suspendues. On parle quand même de sommes assez conséquentes et la difficulté pour le Cameroun c’est effectivement de pouvoir assainir une situation dans sa globalité. La difficulté pour tous les pays concernés c’est de pouvoir suivre les changements de noms, de propriétaires pour ces bateaux-là”.
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Cette tâche d’assainissement est cependant freinée par un manque de moyens en interne, mais aussi par l’influence russe dans les milieux dirigeants camerounais, selon le fondateur d’Amanar Advisor. Ce serait une quarantaine de navires battant pavillon camerounais qui participeraient à la flotte fantôme russe, contribuant ainsi à financer la guerre en Ukraine, toujours selon lui.
“Guérilla juridique”
Mais alors, pourquoi ces pétroliers changent-ils aussi souvent de nom et de pavillon? Pour Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur de l’économie maritime interviewé par France Info, il s’agit d’une stratégie de dissimulation face aux sanctions occidentales. “Il y a une guérilla juridique menée par les Européens et les Américains contre les intérêts économiques russes et les Russes essaient de dissimuler leurs exportations pétrolières. Alors ce n’est pas que le trafic maritime russe soit interdit, ce n’est pas que le pétrole russe soit interdit, mais on essaye de les contrarier. Et dans le cadre de cette contrariété menée par les Occidentaux, les navires se cachent”, a-t-il expliqué.
De son côté, le gouvernement camerounais a néanmoins réitéré son engagement à lutter contre la fraude maritime, dans son communiqué, conformément à ses obligations internationales “en matière de sûreté, de sécurité et de gouvernance maritimes”, rappelant qu’il poursuit “le processus d’assainissement et de modernisation de son pavillon”.
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