France : Barrot dénonce la loi « rétrograde » d’Israël et appelle au « réarmement démocratique »

Wafae El Baghouani

21 Avril 2026Mise à jour: 21 Avril 2026

AA / Istanbul / Wafae El Baghouani

S’exprimant lundi devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a fustigé l’adoption par la Knesset d’une loi étendant la peine de mort, qu’il juge dirigée contre les Palestiniens. Ce réquisitoire s’inscrit dans un plaidoyer plus large pour un « réarmement démocratique » face aux crises mondiales, de l’Ukraine à l’Iran.

Israël et Palestine : « Ni paix ni sécurité sur l’injustice »

Le ministre a consacré une part centrale de son intervention à la situation au Proche-Orient, qualifiant de « consternante » la récente législation israélienne sur la peine de mort. Arborant une critique rare par sa virulence, il a dénoncé une mesure « rétrograde qui ne vise de fait que les Palestiniens » et qui « porte atteinte à leur dignité ».

« Ni la paix, ni la sécurité ne peuvent être bâties sur les discriminations et l’injustice », a affirmé Barrot, soulignant que l’éthique humaniste d’Israël devrait rejeter l’arbitraire de la mort. Ce rappel aux valeurs universelles a servi de pivot pour alerter sur une « internationale réactionnaire » qui conteste les droits fondamentaux à travers le monde.

Le « Réarmement démocratique » face à la force brute

Pour Jean-Noël Barrot, l’Europe doit répondre par un double mouvement : reconstituer sa puissance militaire, diplomatique et économique, tout en renforçant son cadre juridique. Citant Pascal, il a prévenu que « la force sans la justice est tyrannique ».

Il a ainsi annoncé que la France rejoindrait le comité de direction du tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine, insistant sur le fait que les dirigeants russes, Vladimir Poutine en tête, devront rendre des comptes pour leurs « guerres coloniales ».

Le ministre a également porté la voix de Cécile Kohler et Jacques Paris, récemment libérés des geôles iraniennes. À travers un témoignage poignant, il a décrit l’horreur de la « diplomatie des otages » : isolement total, menaces de mort et simulacres de procès devant des tribunaux d’exception. Il a exigé la libération immédiate des citoyens européens encore détenus à Téhéran.

Parcourant la carte européenne, le ministre a néanmoins décelé des signaux positifs dans une Europe en résistance. Il a salué le courage de la Pologne qui se redresse après huit années de dérive, la détermination du peuple hongrois à mettre un terme à seize ans de concentration du pouvoir et de collusion avec la Russie, ainsi que la résistance « admirable » de la Moldavie face aux pressions colossales et aux tentatives de déstabilisation du Kremlin.

Célébrant le cinquantenaire de la disparition de René Cassin, Barrot a réaffirmé le soutien « absolu » de la France à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), malgré les critiques sur la politique migratoire. Il a rappelé les avancées majeures obtenues grâce au Conseil de l’Europe, comme la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes et l’extension de la Charte sociale européenne aux territoires ultramarins français.

« Tant qu’il y aura de l’injustice à l’égard d’un seul homme, nous ne pourrons pas avoir confiance », a-t-il conclu, appelant les parlementaires à rester les « sentinelles » d’un continent qui refuse de voir ses valeurs déracinées par les « vents mauvais » du populisme.

Cette intervention s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu. Le 14 avril dernier, Jean-Noël Barrot, a lancé un véritable réquisitoire contre la stratégie du gouvernement israélien, l’appelant à « abandonner ces guerres sans fin » et à respecter le droit international. Dénonçant une situation « inacceptable » marquée par l’asphyxie financière de la Cisjordanie, l’accélération de la colonisation et le blocage de l’aide humanitaire à Gaza, le ministre a franchi un « cap diplomatique » en menaçant de réexaminer l’accord d’association entre l’UE et Israël.

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