À l’occasion de l’inauguration du nouveau bâtiment de l’Institut Goethe, l’architecte burkinabè Francis Kéré partage sa vision d’une architecture ancrée dans l’humain, le climat et les ressources locales. Une démarche nourrie par l’écoute du client, l’engagement communautaire et un dialogue constant entre savoirs traditionnels et techniques contemporaines.
Une architecture née du dialogue et de la terre
Pour Francis Kéré, l’inspiration architecturale commence toujours par l’écoute. « L’inspiration, bien sûr, c’est d’abord le client », explique-t-il, rappelant que le projet de l’Institut Goethe reposait sur une demande claire : construire en utilisant la terre. À cette contrainte fondatrice se sont ajoutées ses convictions profondes, notamment celle de créer des espaces ouverts, ventilés et accueillants.
Cette approche, centrée sur l’humain, pose immédiatement la question de l’accessibilité. Comment construire pour tous sans faire exploser les coûts ? Pour l’architecte, le défi est collectif. Importer des matériaux alternatifs sur de longues distances renchérit les projets, rendant l’architecture moins abordable. « Il faut que les politiques, les acteurs, tout le monde se mette ensemble pour créer vraiment des structures qui servent l’humanité », insiste-t-il.
Entre Allemagne et Burkina Faso, l’art de l’adaptation
Installé en Allemagne, où il a bénéficié d’une bourse pour ses études, Francis Kéré revendique l’influence déterminante de cette expérience. Il y a découvert un environnement où, techniquement et économiquement, « tout est possible ». Mais loin de transposer mécaniquement ces modèles en Afrique, il défend une logique d’adaptation.
L’Allemagne est devenue sa « patrie intellectuelle », tandis que le Burkina Faso reste le socle de son engagement. L’enjeu est de trouver un équilibre : s’inspirer des techniques modernes du Nord tout en les adaptant aux réalités climatiques, économiques et sociales africaines. « Ce n’est pas copier un à un ce que j’ai appris là-bas, mais adapter, toujours », résume-t-il.
Gando, matrice d’un engagement durable
Au cœur de cette démarche se trouve Gando, son village natal. C’est là que tout a commencé. Premier de sa communauté à aller à l’école, Francis Kéré a très tôt mesuré la valeur de l’éducation. Avant même la fin de ses études d’architecture, il décide de revenir au village pour y construire une école, en terre, avec et pour la population.
Convaincre la communauté n’a pas été simple, mais le soutien du village a été décisif. « En réalité, c’est le village qui m’a tout donné », confie-t-il. Gando n’est pas seulement un lieu d’origine, mais le point de départ d’une carrière internationale, nourrie par la confiance collective et un profond sens du retour.
Reconnaissance mondiale et voix africaines
Récompensé par de nombreux prix, Francis Kéré cite le Prix Aga Khan comme un premier tournant, puis le prix Pritzker, qui a consacré une reconnaissance mondiale et transformé l’échelle de ses commandes. Mais sa plus grande récompense reste intime : la liberté que lui ont laissée ses parents et sa communauté pour créer.
Quant à la jeune génération d’architectes africains, il se montre résolument optimiste. « Aujourd’hui, beaucoup voient que l’Afrique a une voix », affirme-t-il. Des voix multiples, venues de tout le continent, prêtes à se faire entendre à l’international. Pour lui, il suffit de créer l’accès : les talents sont là, nombreux, et le monde commence à les découvrir.
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