« Fuir n’est pas une joie » : ce Sénégalais a dû quitter son pays car son père veut le tuer, il y risque aussi jusqu’à 10 ans de prison depuis peu

Par Adrien Mouchet


Le Sénégal durcit sa répression contre l’homosexualité. Une nouvelle loi prévoit jusqu’à 10 ans de prison pour les personnes LGBTQIA+. Un reportage de Charlotte Simonart et Dominique Schochaert.



Au Sénégal, la communauté LGBTQ+ fait face à une vague de répression et d’homophobie grandissante. Arrestations, discours politiques virulents et durcissement des lois plongent de nombreuses personnes dans la peur, poussant certains à l’exil.


« Je suis fatigué émotionnellement, physiquement. Ça m’épuise et je m’attends à tout moment à être arrêté », confie un Sénégalais homosexuel rencontré à Dakar. Son témoignage est risqué dans un pays où l’homosexualité est sévèrement condamnée, d’autant plus qu’il a fondé une association venant en aide aux personnes LGBTQ+.





Un homosexuel sénégalais qui risque la prisonUn homosexuel sénégalais qui risque la prison
Un homosexuel sénégalais qui risque la prison

« Pour le fait d’avoir aidé ma communauté à avoir accès aux soins. Pour le fait d’avoir créé une association qui œuvre pour le bien-être des personnes LGBTQ, d’être arrêté tout simplement parce que je suis une personne transsexuelle », explique-t-il.

Une vague d’arrestations

Depuis plusieurs semaines, les arrestations se multiplient dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Sur des vidéos relayées localement, des hommes soupçonnés d’être homosexuels sont arrêtés sous les huées de la foule.

Arrestation d’un homosexuel au SénégalArrestation d’un homosexuel au Sénégal
Arrestation d’un homosexuel au Sénégal

Cette vague d’homophobie est alimentée par des discours politiques de plus en plus radicaux. « Ici au Sénégal, nous n’acceptons pas l’homosexualité. Ce n’est ni notre culture ni notre tradition », a déclaré récemment la députée sénégalaise Fama Ba.





Fama BaFama Ba
Fama Ba

À l’Assemblée nationale, certains élus vont encore plus loin. « Nous considérons que les valeurs LGBT constituent un poison culturel savamment inoculé dans notre peuple », a lancé un député lors d’un discours.


En mars dernier, une nouvelle loi a également été promulguée. Elle double les peines de prison pour les relations homosexuelles. « Toute personne qui commet un acte contre nature sera punie de l’emprisonnement de 5 à 10 ans », peut-on entendre lors des débats parlementaires.

Des conséquences sur la santé

À Dakar, les professionnels de santé s’inquiètent aussi des conséquences de cette répression sur la lutte contre le VIH.

Dans un hôpital de la capitale, la docteure Safiatou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le sida, constate que de nombreux patients n’osent plus se rendre dans les centres médicaux.

« Les services ne sont pas suspendus, mais ils ne sont pas utilisés. C’est pareil. Donc les populations clés ne viennent pas parce qu’elles sont inquiètes », explique-t-elle.

Selon les médecins, certains interrompent même leur traitement par peur d’être identifiés ou stigmatisés.

« Fuir n’est pas une joie » pour ce Sénégalais

Face à cette situation, certains choisissent l’exil. C’est le cas d’un Sénégalais d’une trentaine d’années, aujourd’hui réfugié en France après avoir fui les menaces de mort de son père.

« Il m’a dit qu’il ne va jamais accepter d’avoir un enfant homosexuel. Il préfère aller en prison plutôt que d’entendre mon nom », raconte-t-il.

Un Sénégalais en exilUn Sénégalais en exil
Un Sénégalais en exil

« Je n’ai pas choisi d’être homosexuel et je n’ai jamais voulu être homosexuel. C’est quelque chose contre lequel je me suis battu corps et âme pour pouvoir changer de vie. Mais c’était plus fort que moi. »

« Fuir n’est pas une joie, mais au moins, je reste en vie », dit-il.

En Afrique, plus de la moitié des pays répriment encore l’homosexualité. En Ouganda, en Mauritanie et en Somalie, la peine de mort peut même être encourue.

Un Français arrêté

Un ressortissant français a été arrêté et est en détention au Sénégal depuis le 14 février, notamment pour « actes contre-nature », dans un pays où les peines réprimant les relations homosexuelles ont été récemment durcies, a-t-on appris vendredi de source diplomatique.

Ce Français « a été arrêté le 14 février 2026 pour actes contre-nature, association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, tentative de transmission du VIH, lors d’une vague d’arrestations », a indiqué cette source à l’AFP, confirmant une information de BFMTV et Franceinfo.

Il s’agit d’un ingénieur d’une trentaine d’années résidant à Dakar, selon Franceinfo.







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