Gabon : Oligui Nguema surpris en opération charme sur les (…) – Info241 – Actualités en temps réel du Gabon, d’Afrique centrale et du monde

Les réseaux sociaux sont officiellement suspendus au Gabon depuis le 17 février, mais la communication présidentielle, elle, continue d’en épouser tous les codes. Jeudi et vendredi derniers, Brice Clotaire Oligui Nguema a accordé à Mayumba, dans la Nyanga, des échanges à Chamberland Moukouama, journaliste et activiste populaire pour ses vidéos « cash ». Une séquence visiblement pensée pour la toile, alors même que Facebook, WhatsApp, TikTok, X et d’autres plateformes restent sous le coup d’une mesure de suspension décidée par la Haute autorité de la communication (HAC).

Sur la forme, tout renvoie aux réseaux sociaux : ton direct, questions familières, décor inhabituel, extraits courts, phrases fortes et ambiance décontractée. Loin des interviews institutionnelles classiques, le président a choisi une partie de pêche nocturne pour répondre à des sujets sensibles : son entourage, les rumeurs de remaniement, les « mangeurs » du gouvernement, la solitude du pouvoir ou encore la patience demandée aux Gabonais. Ce format n’a de véritable portée que lorsqu’il circule, se commente et se partage en ligne.

Le paradoxe d’un blackout contourné

C’est là que le paradoxe devient politique. Depuis plus de 100 jours, les Gabonais sont officiellement privés d’un accès normal aux réseaux sociaux. Dans les faits, la mesure n’a pas bloqué grand monde : elle a surtout déplacé les usages vers les VPN et autres moyens de contournement. En acceptant une communication pensée pour les plateformes suspendues, le chef de l’État démontre lui-même que ces réseaux restent incontournables dans la bataille de l’opinion.

Le choix de Chamberland Moukouama n’est pas anodin. L’activiste s’est imposé dans l’espace public par ses vidéos directes, souvent virales, où il interpelle les responsables avec un ton populaire. En lui accordant ces échanges, Oligui Nguema ne parle pas seulement à un journaliste, mais à une audience connectée, habituée aux extraits qui circulent sur Facebook, WhatsApp, TikTok ou X. Autrement dit, le président s’adresse précisément au public que la suspension officielle prétend couper de ces plateformes.

Une censure à deux vitesses

Cette séquence révèle aussi une forme d’inégalité devant la restriction. Les citoyens les mieux équipés contournent la mesure par VPN, les acteurs politiques continuent de faire circuler leurs contenus, tandis que les petits entrepreneurs, les médias, les étudiants, les créateurs de contenus et les usagers ordinaires subissent les complications du blocage. La suspension ne supprime donc pas l’usage des réseaux sociaux ; elle le rend plus difficile, plus inégal et plus hypocrite.

La HAC, qui avait justifié la suspension par les dérives numériques, se retrouve désormais face à une contradiction embarrassante. Comment maintenir un blackout officiel lorsque la parole présidentielle elle-même emprunte les circuits de la viralité numérique ? Comment défendre une mesure censée protéger l’espace public si les plus hautes autorités s’en servent, directement ou indirectement, pour parler au peuple ? La régulation peut être nécessaire, mais la suspension prolongée devient difficile à défendre lorsqu’elle est contredite par les pratiques du sommet de l’État.

Le pouvoir ne peut plus se passer du numérique

La communication de Mayumba prouve une chose : la présidence ne peut pas se passer des réseaux sociaux. Ces plateformes ne sont plus seulement des espaces de divertissement ; elles sont devenues des instruments politiques, médiatiques et sociaux majeurs. Elles permettent de tester l’opinion, de désamorcer les critiques, de produire des images de proximité et de toucher une jeunesse qui consomme l’actualité par séquences courtes. En les suspendant, l’État coupe officiellement un outil dont il reconnaît pourtant l’utilité par ses propres méthodes de communication.

Au fond, la question n’est plus seulement technique. Elle est démocratique. Si les réseaux sociaux sont jugés dangereux au point d’être suspendus depuis le 17 février, pourquoi y calibrer une communication présidentielle ? S’ils sont indispensables pour dialoguer avec les Gabonais, pourquoi maintenir leur accès normal bloqué ? Entre volonté de contrôle, communication « cash » et usages massifs des VPN, le pouvoir donne le sentiment d’une règle appliquée aux citoyens mais contournée par ceux qui en tirent un avantage politique.

Qui respecte encore le blackout ?

La séquence de Mayumba laisse donc une interrogation simple, mais explosive : qui respecte encore le blackout ? Le président, qui parle dans un format taillé pour les réseaux sociaux ? Le journaliste, dont l’influence repose largement sur ces plateformes ? La HAC, dont la mesure est contournée quotidiennement ? Ou les Gabonais, sommés de rester à l’écart d’un espace numérique que le pouvoir continue d’exploiter ? Après plus de 100 jours de suspension, cette communication présidentielle sonne comme un aveu : le retour normal des réseaux sociaux n’est plus seulement attendu, il devient politiquement nécessaire.

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