Malgré son « Project Freedom » et ses robots dopés à l’intelligence artificielle, l’armée américaine fait face à une guerre asymétrique avec l’Iran. Elle ne peut pas rouvrir seule le détroit d’Ormuz, les mines iraniennes mettant à mal sa technologie. Les experts plaident pour une solution diplomatique, seule issue viable selon eux.
Téhéran n’aurait besoin de déployer que 5% de son arsenal de mines sous-marines pour bloquer efficacement le détroit large de 55 km. Face à cette menace asymétrique, l’US Navy a misé sur la robotisation.
Grâce à son « Project Freedom », elle n’expose plus les plongeurs au danger. Le déminage est désormais confié à une chaîne entièrement robotisée: un vaisseau-mère lance des drones aériens ou sous-marins, ainsi que des robots autonomes, afin de cartographier des kilomètres carrés en quelques heures au lieu de plusieurs semaines.
On peut entraîner la machine pour qu’elle apprenne d’elle-même, c’est-à-dire qu’elle va s’adapter en fonction de l’environnement dans lequel elle est
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Lenteur du processus
Mais l’utilisation de ces cartes n’est pas en temps réel, prévient Bryan Clark, ancien officier et expert des stratégies navales au Hudson Institute. « Ils scannent la mer, puis reviennent vers l’opérateur. Ensuite, on les branche à un ordinateur, on télécharge les données et on utilise des algorithmes pour les analyser et déterminer ce qui pourrait ressembler à une mine », explique-t-il dans l’émission Tout Un Monde lundi.
Malgré l’absence de présence humaine, nettoyer le détroit prendrait tout de même plusieurs mois. L’Iran possède des mines « à influence » qui se posent au fond, à moins de 100 mètres de profondeur. Equipées de capteurs acoustiques, magnétiques et de pression, elles peuvent exploser lorsqu’elles détectent un navire dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres.
Il faudra nécessairement conclure un accord avec l’Iran pour qu’il s’engage à ne pas attaquer le trafic maritime
Pour accélérer la cadence, l’armée américaine a signé un contrat de 100 millions de dollars avec Domino Data Lab pour permettre à un drone d’apprendre à reconnaître un nouvel explosif en quelques jours, contre six mois auparavant.
Jean-Marc Rikli, directeur des risques émergents au Centre de Genève pour la politique de sécurité, explique que désormais, grâce à l’IA agentique, les machines peuvent comprendre un objectif, élaborer une stratégie et l’exécuter. « On n’est plus dans une situation où on doit établir une liste d’armes ou de profils particuliers qu’on envoie au véhicule sous-marin, puis on regarde si l’un des schémas correspond à ce qu’il y a dans l’une des listes. On peut entraîner la machine pour qu’elle apprenne d’elle-même, c’est-à-dire qu’elle va s’adapter en fonction de l’environnement dans lequel elle est », observe-t-il.
Si les drones de détection deviennent plus performants, les mines aussi, les rendant toujours plus difficiles à identifier.
Solution diplomatique
Face à cette impasse tactique, la solution militaire n’est pas tenable. Les experts estiment que la solution doit passer par la diplomatie.
Bryan Clark anticipe « une pression pour trouver une résolution d’ici un mois environ. Les Iraniens peuvent continuer à menacer le trafic maritime indéfiniment: ils disposent de suffisamment de missiles, de drones et de petites embarcations pour le faire. » Il estime qu' »il faudra nécessairement conclure un accord avec l’Iran pour qu’il s’engage à ne pas attaquer le trafic maritime. Les Etats-Unis et leurs alliés pourront alors procéder au déminage et rétablir la navigation dans le détroit ».
Un constat partagé par Christian Bueger, professeur de relations internationales à l’Université de Copenhague et spécialiste de la sécurité maritime. « Le projet Freedom est un beau spectacle et aussi une diversion. Il est possible de faire passer un navire, mais cela ne peut pas fonctionner sur le long terme », analyse-t-il. Il appelle à « des efforts multilatéraux solides pour renforcer la gouvernance des voies maritimes stratégiques », estimant que des crises similaires se multiplieront ailleurs faute d’action collective.
La technologie progresse, mais elle ne compense pas le déséquilibre fondamental de la guerre asymétrique. L’issue de cette crise devra donc se jouer sur les tables de négociations, estiment les experts, bien plus qu’au fond des océans.
Miruna Coca-Cozma / juma
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