Gaz camerounais : la SNH mise sur Yoyo-Yolanda après le Hilli Episeyo – Africtelegraph

La stratégie gazière du Cameroun entre dans une phase de recomposition assumée. Dans une note de clarification diffusée après la parution, le 2 juillet 2026, d’un article d’Africa Intelligence évoquant un échec de la politique gazière camerounaise, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) conteste ce diagnostic. L’entreprise publique préfère parler d’une mutation de portefeuille, articulée autour du champ transfrontalier Yoyo-Yolanda et d’un appel d’offres portant sur neuf blocs pétrogaziers. Le récit officiel se veut offensif, mais la conversion de ces annonces en production et en flux budgétaires reste à démontrer.

Le retrait du FLNG Hilli Episeyo, exploité depuis 2018 au large de Kribi pour une durée initiale de huit ans, cristallise le débat. Selon la SNH, la plateforme flottante de liquéfaction arrive au terme d’un cycle prévu, sur un gisement entré en déclin naturel. L’entreprise refuse d’assimiler ce départ à un effondrement du secteur amont, préférant y voir la fin logique d’une phase d’exploitation adossée à un actif mature unique.

Yoyo-Yolanda, pivot de la relève gazière camerounaise

Le premier levier revendiqué par la SNH est le champ offshore Yoyo-Yolanda, partagé entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. Un accord d’unitisation entre les deux États a été signé le 3 février 2026, ouvrant la voie à un développement conjoint. Les réserves géologiques annoncées avoisinent 2 500 milliards de pieds cubes de gaz, pour un investissement global estimé à près de 4 milliards de dollars. L’ordre de grandeur tranche avec les 600 milliards de pieds cubes de réserves récupérables initiales du gisement exploité par le Hilli Episeyo.

Le développement serait confié à Noble Energy, filiale du groupe américain Chevron, avec la possibilité d’adosser le projet aux infrastructures régionales de liquéfaction et d’exportation existantes. La SNH y voit l’un des plus importants projets gaziers jamais engagés par le Cameroun. Reste que le calendrier joue contre l’effet d’annonce. Un chantier de cette ampleur suppose des phases d’ingénierie, de bouclage financier, de négociations commerciales et de décision finale d’investissement qui s’étalent sur plusieurs années.

Cinq blocs en négociation, aucun encore producteur

Deuxième axe mis en avant : l’appel d’offres international lancé le 1er août 2025 sur neuf blocs situés dans les bassins de Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo. Cinq d’entre eux sont désormais entrés en phase de négociation de contrats de partage de production. La compagnie américaine indépendante Murphy Oil, via sa filiale Murphy West Africa, s’est adjugé quatre blocs. Le cinquième, dénommé Bolongo et situé dans le bassin de Rio del Rey, revient à Octavia Energy.

Pour la SNH, la présence conjointe de Chevron, Murphy et Octavia Energy signale l’attractivité renouvelée du domaine minier camerounais. La lecture mérite toutefois d’être tempérée. Ces blocs demeurent à un stade pré-productif. Avant tout revenu significatif pour l’État, il faudra franchir les étapes d’exploration, d’évaluation, puis de décision finale d’investissement. Ces relais constituent donc un pari de moyen terme, non une compensation immédiate des recettes issues du Hilli Episeyo.

Valorisation domestique et arbitrage stratégique

La SNH conteste également la thèse d’une perte sèche équivalente à environ 5 % des ressources financières publiques. L’argument avancé : le gaz des champs encore en production continuera d’alimenter, via gazoduc, la centrale électrique de Kribi Power Development Co. (KPDC), pendant que d’autres contrats d’enlèvement seraient en discussion avec de grands industriels. Ce redéploiement domestique peut préserver une partie de la valeur économique du gaz, sans toutefois reproduire les flux d’exportation associés à une chaîne de liquéfaction.

La société publique met par ailleurs en avant un programme de valorisation terrestre, consistant à acheminer gaz associé et gaz naturel vers des unités de traitement à terre, en priorité pour la production électrique et les usages industriels. L’objectif affiché conjugue réduction du torchage, contenu local et retombées fiscales. L’orientation soulève une question de fond pour Yaoundé : exporter sous forme liquéfiée, valoriser le gaz dans le mix domestique, ou combiner les deux voies. L’arbitrage pèsera sur la compétitivité industrielle du pays autant que sur le profil des recettes publiques.

La SNH résume sa position par une formule tranchée : la stratégie gazière camerounaise n’aurait pas déraillé, mais avancerait vers une nouvelle étape. La solidité de ce virage ne se jugera cependant ni aux communiqués, ni à la seule signature des accords. Elle se mesurera à la capacité du Cameroun à transformer Yoyo-Yolanda et les blocs récemment attribués en barils, en molécules livrées et en recettes budgétaires effectives. Selon Investir au Cameroun.

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