Guyane : 15 douaniers, un avion et un scanner à intelligence artificielle contre le narcotrafic dès 2027
Lundi matin, au Grand port maritime de Dégrad des Cannes, le ministre des Comptes publics David Amiel a posé les termes du combat qui se joue ici. « J’ai voulu, ici, en Guyane, lancer la première étape de ce plan dès 2027. Nous sommes en première ligne de la lutte contre le narcotrafic, les contrefaçons, l’orpaillage », a déclaré le ministre. Ce plan, c’est le « plan douane 2030 », annoncé début juillet, doté de 419 millions d’euros pour endiguer le flot de drogue qui traverse le pays. Et la première étape de ce plan commence ici, sur le quai du port où transitent les containers vers l’Europe.
La Guyane, c’est la porte. Face au Suriname, au Brésil, aux routes de la cocaïne qui remontent d’Amérique du Sud. L’an dernier, les douaniers ont saisi 466 kilos de cocaïne sur le territoire guyanais, 70 kilos de cannabis et 1 212 kilos de tabac. Des chiffres qui ne disent qu’une chose : le trafic passe par ici, et les réseaux cherchent sans cesse de nouveaux chemins. Depuis la mise en place du dispositif « 100 % contrôle » à l’aéroport Félix-Eboué en 2022, ils se sont tournés vers le port. En avril 2024, 1,8 tonne de cocaïne y avait été interceptée, dissimulée dans des containers.
Pour reprendre la main, l’État promet des moyens. David Amiel les a détaillés lundi : 15 postes supplémentaires de douaniers, soit une hausse de 10 % des effectifs, la location d’un avion Beechcraft pour surveiller la haute mer, et surtout le déploiement d’un scanner mobile spécial à Dégrad des Cannes. Ce dernier appareil sera opérationnel l’an prochain, selon Gilbert Beltran, directeur général adjoint des douanes.
Un scanner qui voit tout, couplé à l’intelligence artificielle
Le scanner basse intensité déjà en service permet de contrôler 93 % des containers à l’export, embarqué dans une camionnette. Le nouveau modèle ira plus loin : inspection de la totalité des containers, avec une précision accrue. Mais l’innovation, c’est surtout l’intelligence artificielle couplée à l’appareil. « Le scanner voit à travers tout le conteneur. Il sera accompagné d’outils d’intelligence artificielle pour cibler les contrôles et analyser les images. Cela nous donnera davantage de souplesse face à des réseaux criminels qui testent en permanence les capacités de l’État », a souligné David Amiel[5].
Concrètement, l’IA va analyser les images produites par le scanner et repérer les anomalies, les formes suspectes, les incohérences dans le contenu déclaré. L’objectif : gagner en efficacité, cibler les contrôles physiques là où il faut, sans perdre de temps ni laisser passer les failles. Le scanner actuel, lui, pourrait être redéployé ponctuellement sur le réseau routier pour renforcer les contrôles sur les axes terrestres.
L’efficacité du « 100 % contrôle » à l’aéroport, modèle pour le port
L’État mise sur ce qu’il a réussi à l’aéroport Félix-Eboué. Le dispositif « 100 % contrôle », instauré en 2022, a fait ses preuves. Le ministre de l’Intérieur a assuré en mai 2025 qu’il avait permis de diviser par dix le nombre de kilos de cocaïne interceptés à Roissy-Charles-de-Gaulle sur les vols en provenance de Guyane. « Ce qu’on a fait à l’aéroport, on va devoir le réussir au port », a déclaré David Amiel devant les douaniers.
Le pari, c’est de reproduire ce modèle à Dégrad des Cannes, principal point de sortie maritime. Mais le défi est différent : le volume, la diversité des cargaisons, la difficulté à inspecter physiquement des milliers de containers. D’où l’importance de la technologie, du scanner et de l’IA pour trier, cibler, analyser sans ralentir le flux commercial.
Visite à Saint-Laurent-du-Maroni, porte terrestre du trafic
Mardi, David Amiel se rendra à Saint-Laurent-du-Maroni, ville frontière face au Suriname. C’est par là que transite une partie de la drogue destinée à l’Europe via la Guyane. La ville est une autre porte, terrestre cette fois, sur le fleuve Maroni. Un lieu stratégique pour les réseaux, un point d’attention pour les douanes et les forces de l’ordre.
Le message du ministre est clair : la Guyane est en première ligne, et l’État y met les moyens. Reste à voir si le déploiement annoncé tiendra ses délais, si les effectifs seront effectivement recrutés, si le scanner et son IA seront opérationnels dès 2027. Les douaniers et les habitants de Guyane, eux, attendent de voir les résultats sur le terrain.
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