Huit mois d’infiltration dans le “bizi”. C’est ainsi qu’est surnommée la prostitution 2.0 au Burkina Faso. Et c’est à travers des groupes très fermés sur WhatsApp, Facebook, TikTok ou Instagram, que Studio Yafa a navigué.
“Tout est parti d’un message, fin décembre 2023. ‘Salut bb, disponible en promo. 1 coup + pipe à 5 000 francs CFA [ 7,62 euros].” Intrigués par cette proposition, nous cherchons à savoir comment notre interlocutrice a obtenu notre contact. Sa réponse est aussi brève qu’étonnante : ‘Dans un groupe en commun’”, rapporte le titre burkinabè.
Le journaliste intègre un premier groupe sur WhatsApp, moyennant 5 000 francs CFA pour les frais d’accès. Il y découvre des visages cachés, des échanges crus et directs, “des photos parfois très intimes dites ‘nudes’ en entier ou en vue unique. On expose, on marchande, on achète”, poursuit Studio Yafa.
Mais au sein de ces communautés, le silence est d’or, et le journaliste a dû adopter une nouvelle stratégie : créer son propre groupe et recruter, en se faisant passer pour un “manager”.
“Tromper la fatigue”
Il échange ainsi avec “sexy girl”, une mère divorcée de 36 ans, intégrée dans le “bizi” depuis cinq ans. “J’ai tellement été déçue par les hommes que, maintenant, je cherche l’argent”, dit-elle. Bon nombre de ces prostituées tiennent un commerce qui fait fonction d’écran de fumée. C’est le cas de Pascaline, gérante d’une boutique de cosmétiques, qui fait vrombir son scooter à chaque demande de client, qu’elle satisfait à l’hôtel ou à domicile.
Alya, elle, reçoit dans sa villa, où deux clients patientent déjà quand débarque le journaliste de Studio Yafa. La jeune femme de 28 ans dit travailler près de douze heures par jour et gagner plus de 2 millions de francs CFA [3 049 euros] par mois.
Parmi les clients rencontrés, des hommes mariés avec enfants qui trompent la routine et des célibataires peu enclins à s’engager dans une relation amoureuse.
Les revers du métier, comme ailleurs, sont plus sombres. “Violence, rapports non consentis, arnaques et traumatismes psychologiques font également partie du quotidien de la géreuse de ‘bizi’, résume Studio Yafa. Sans parler de l’usage de drogue, pour “tromper la fatigue”.
Au Burkina Faso, la prostitution est légale, seul le proxénétisme est pénalisé.
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