« Je n’arrive pas à respirer ! » : la descente aux enfers de la locataire d’un logement insalubre aux Abymes

Chez Kelly Bogat, l’humidité gagne du terrain et les murs de plusieurs pièces sont noircis par les moisissures. Cette jeune femme, locataire d’un logement social à Lacroix, aux Abymes, affirme vivre, depuis plusieurs mois, dans un appartement devenu insalubre. Lors de notre passage, sa sœur, Danielle, est venue lui rendre visite, comme chaque semaine. Comme à chaque fois, les regards se sont immédiatement tournés vers les cloisons ; la désolation se lit sur les visages des deux femmes.

Vivre ici est devenu un combat, au quotidien.

« Franchement, quand je dors le soir, c’est de la galère. C’est vraiment de la galère, quand je dors aussi. Je suis obligée d’ouvrir des vitres. Le soir, ce n’est pas évident. Parce que franchement, Lacroix, c’est dangereux. »

Kelly Bogat, locataire à Lacroix (Les Abymes)

Face à cette situation, Kelly décide d’alerter son bailleur. Avec sa sœur, elle multiplie les démarches. Depuis la mi-décembre, plusieurs courriers sont ainsi adressés à la Société pointoise de HLM, sans succès.

« On leur envoie des e-mails. Ils me font comprendre que, non, ils n’ont rien reçu. Franchement, là, je suis à bout, à bout, à bout.   »

Kelly Bogat, locataire à Lacroix (Les Abymes)

« On nous demande d’aérer l’appartement. « Aller voir le locataire du dessous ! ». Non ! On ne va aller voir aucun locataire ! Ce n’est pas notre devoir, ça. C’est le devoir du bailleur de se déplacer et d’aller voir ce qui se passe dans le bâtiment. »

Danielle Bogat, sœur de Kelly

Les conséquences de cette humidité ne sont pas seulement matérielles. Le médecin de Kelly, certificat à l’appui, estime que les troubles qu’elle présente pourraient être liés à une exposition régulière aux moisissures.

« Je fais des crises à n’importe quel moment. On peut me trouver morte dans la maison ! Je n’arrive pas à respirer ! Chaque fois, on me fait partir chez ma maman, retourner. Ce n’est pas évident. »

Kelly Bogat, locataire à Lacroix (Les Abymes)

Les deux sœurs ont fini par saisir Signal Logement, la plateforme de l’État dédiée à la lutte contre le mal-logement. La Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL) a effectué une visite. Son rapport révèle une infraction au règlement sanitaire départemental, une suspicion d’insalubrité et recommande un relogement.

« Par rapport à Madame Bogat, le bailleur est responsable du bien vivre du locataire. Ça signifie que tout ce qui touche à l’insalubrité, à l’hygiène, c’est sous sa responsabilité et ce n’est pas normal que Mme Bogat se retrouve dans cette situation. »

Hilarion Bevis-Surprise, secrétaire général de l’ADEIC Guadeloupe (Association de Défense, d’Éducation et d’Information du Consommateur)

De son côté, le bailleur assure avoir pris en compte les signalements et indique avoir mandaté un technicien.

« Le logement, a priori, n’est pas suffisamment aéré, ce qui génère des traces d’humidité. La responsable du service technique lui a envoyé un mail, pour lui demander de faire appel à son assurance, pour qu’il y ait éventuellement un expert qui vienne constater. Maintenant, si le problème n’est pas résolu, on va peut-être envisager pour elle un relogement, dans la mesure de nos moyens. »

Patricia Colombo, responsable de la Gestion Locative à la SPHLM

Après des mois d’attente, une perspective semble enfin poindre. En attendant, Kelly continue de vivre dans cet appartement, avec l’espoir de retrouver bientôt un logement sain.

En Guadeloupe, près de 35.000 logements sont aujourd’hui considérés comme indignes ou insalubres.

REPORTAGE/

  • Rédactrice : Ludivine Guiolet
  • Reporteur d’images : Ludovic Gaydu
  • Monteur : Karla Nérin
  • Mixeur : Cédric Jean-Baptiste

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