La France moins dépendante du pétrole mais toujours aussi vulnérable : épisode 1/5 du podcast Sortir de notre dépendance au pétrole
Dans le journal de l’éco, nous dressons toute cette semaine le bilan de la dépendance au pétrole et des solutions possibles pour s’en défaire. Aujourd’hui, nous démarrons par un état des lieux de nos besoins et de la consommation de cet or noir dont le prix s’envole, et qui menace même de manquer.
Depuis le premier choc pétrolier en 1974, la France importe trois fois moins de pétrole brut et sa provenance a aussi beaucoup évolué.
En 1974, la France importait 140 millions de tonnes d’équivalent pétrole en 2024 on est à 45 millions 600 000Ouverture dans un nouvel onglet. La réduction est donc colossale, qui pour la production d’électricité notamment a été remplacé par le nucléaire et de plus en plus les renouvelables. Mais comme elle n’est pas totale, nous restons comme on le voit en ce moment, à la merci des crises pétrolières.
Pourtant, depuis les années 1970 nous avons considérablement réduit nos importations du Moyen-Orient. Elles ne représentent plus que 12% du pétrole brut importé. Notre premier fournisseur un quart de ce que nous importons ce sont les États-Unis, suivi du Nigeria et de l’Angola qui a eux deux assurent 21% de nos approvisionnements, l’Afrique du Nord (Algérie, Libye) c’est 20%.
Si nous sommes si vulnérable en ce moment, c’est à cause de l’augmentation du prix du baril qui est mondial, et du besoin en certains produits pétroliers raffinés qui viennent spécifiquement d’Arabie saoudite et n’arrivent plus à sortir du détroit d’Ormuz…
Mais cette vulnérabilité n’est pas que passagère. Si on se projette à long terme, une fois cette guerre passée, nous le restons aussi alerte le Shift Project dans un rapport diffusé en novembreOuverture dans un nouvel onglet, car 7 des 10 premiers fournisseurs de pétrole de la France risquent de moins produire d’ici 2050.
L’autre raison, c’est qu’une partie de la baisse des importations de pétrole que nous constatons est en trompe l’œil explique Théo Wittersheim co-auteur du rapport : « On a de moins en moins de chaudières à fioul, on a de moins en moins d’industrie qui utilisent du pétrole. Après on a aussi moins d’industrie en parallèle, il y a donc un facteur conjoncturel. Par contre dans les biens et services que l’on importe, toute notre dépendance industrielle à d’autres pays, qu’ils soient européens ou asiatiques, là ce qu’on voit c’est que la part de pétrole, elle a pas beaucoup baissé« .
Quand on prend tout cela en compte, le pétrole représente, selon les calculs de ce think tank toujours 40% des besoins en énergie de la France.
Les transports consomment les deux tiers des importations
Sans surprise, ce sont les transports qui consomment la plus grande part de produits pétroliers raffinés. Les deux tiers et en valeur absolue, cette consommation a doublé depuis les années 1970.
Le deuxième poste de consommation, 14%, c’est pour des usages dit non énergétiques, autrement dit les engrais, le plastique, les fibres synthétiques pour l’habillement, la plupart des cosmétiques, certains médicaments. L’agriculture, le gazole non routier qui alimente les tracteurs principalement, cela représente 6% des produits pétroliers consommés en France.
Or, le cap que s’est fixé la France dans sa stratégie national bas carbone, c’est d’en finir avec le pétrole d’ici à 2045. Dans vingt ans donc. Le plan, c’est d’électrifier, les poids lourds, les voitures, plus de trains. C’est extrêmement ambitieux car les freins sont nombreux, et que pour certaines productions, le pétrole n’a pas encore de substitut.
Dans cette transition, il va falloir faire des choix : à quels usages veut-on réserver le moins en moins d’hydrocarbures que l’on s’engage à consommer ? C’est la question de fond, celle qui mérite qu’on en débatte, celle que les politiques la plupart du temps esquivent. La crise actuelle peut-elle servir à éveiller les consciences et élever et énergiser les débats politiques à venir, on le saura dans quelques mois.
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