« La France ne peut pas attendre la livraison »: où en sont les commandes de Canadair, combien coûtent-ils et pourquoi c’est l’UE qui en finance certains?
Face à la multiplication des feux de forêts, la France a commandé jeudi deux nouveaux Canadair dont la livraison est estimée en 2032. Deux autres, cofinancés par l’UE, doivent rejoindre la flotte française en 2028.
La France en alerte maximale face aux incendies. Depuis l’Assemblée nationale lundi, Sébastien Lecornu a annoncé que 14.500 hectares avaient déjà brûlé dans le pays cette saison, soit trois fois plus qu’à la même date l’an passé.
Pour lutter contre les flammes dans les Pyrénées-Orientales, des centaines de pompiers et véhicules terrestres ont été mobilisés ainsi que des hélicoptères bombardiers d’eau et bien entendu des Canadair.
La France dispose à ce jour de 12 exemplaires de ces avions indispensables dans la lutte contre les feux de forêt. Mais cette flotte dont l’âge moyen dépasse les 30 ans devient vieillissante et sous-dimensionnée face à la multiplication des incendies. Un rapport du Sénat daté de 2023 pointait d’ailleurs « une flotte performante, mais dont la mobilisation croissante et le vieillissement constituent des facteurs de préoccupation ».
Deux Canadair financés par l’UE
Raison pour laquelle Emmanuel Macron avait annoncé dès 2022 sa volonté de la renouveler. Problème, le monde dépend d’un seul constructeur: le canadien De Havilland qui avait stoppé la chaîne de production pendant plus de 10 ans, faute de clients, ne l’a relancée officiellement qu’en 2025.
De quoi retarder le projet du chef de l’État. Deux appareils ont tout de même pu être commandés. Mais quelques mois plus tard, la commission des finances du Sénat indiquait qu’un décret d’annulation de crédits de 52,8 millions d’euros pris par le gouvernement Attal avait contraint la Direction générale de la sécurité civile à abandonner la commande.
La France s’est finalement tournée vers le programme européen RescUE, une réserve commune de moyens de protection civile, grâce auquel elle a pu commander deux Canadair en août 2024 pour livraison en 2028. Ce programme permet plus largement une commande groupée de 12 Canadairs DHC-515, une version modernisée, par six États membres de l’UE (France, Italie, Grèce, Espagne, Portugal et Croatie) et de bénéficier d’un financement européen.

Comme le soulignait le Sénat, « en termes budgétaires, les coûts d’acquisition de deux DHC-515 par pays sont couverts par la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (DG ECHO) pour les appareils seuls, soit 98,8 millions d’euros (49,4 millions d’euros hors taxe par appareil) ».
Pour autant, les États ont à leur charge la TVA à l’importation (23 millions d’euros), les frais de douane (3 millions) et un lot initial de pièces et équipements de rechange (entre 13 et 35 millions d’euros). Si bien que « l’ensemble des postes de dépenses pour un seul appareil est estimé autour de 91 millions d’euros TTC », relève le Sénat.
Des alternatives aux Canadair
À noter par ailleurs que le budget 2026 prévoit d’engager la commande de deux Canadair supplémentaires cette fois uniquement financés par la France, à travers 209 millions d’euros d’autorisations d’engagements. Leur livraison est prévue entre fin 2032 et courant 2033. A terme, la flotte de la sécurité civile doit donc comprendre 16 avions bombardiers d’eau amphibie.
« La France restera donc particulièrement attentive au respect des calendriers de livraison (…) », a indiqué jeudi Laurent Nuñez. Le ministre a par ailleurs dit « compter beaucoup sur le dynamisme des acteurs industriels français », dont Kepplair et Hynaero, qui travaillent actuellement sur des projets d’avions « avec des expérimentations » et « des productions qui sont envisagées à une échelle plus industrielle plutôt autour de 2030 », a-t-il ajouté.
« La France ne peut pas attendre la livraison de nouveaux appareils étrangers pour préparer l’avenir », a également réagi dans un communiqué la Fédération nationale des sapeurs-pompiers qui plaide pour « bâtir dès aujourd’hui une capacité française et européenne de production d’avions bombardiers d’eau ».
Lancée en 2020, l’entreprise girondine Hynaéro travaille en effet sur le Frégate-F100 un aéronef capable de larguer 10.000 litres d’eau, soit presque deux fois plus qu’un Canadair. Le président du groupe, un ancien de l’armée de l’Air et de l’Espace et de la Sécurité civile, avait indiqué l’an dernier avoir déjà signé trois lettres d’intention pour un total de 27 appareils, avec la Sécurité civile. Mais les premières livraisons n’auront sans doute pas lieu avant plusieurs années. De son côté, Kepplair développe le Kepplair 72, « un bombardier d’eau multi-rôles conçu pour des interventions rapides et efficaces avec une capacité de 7500 litres d’eau ou de retardant ».

Enfin, Airbus propose pour sa part un kit de lutte contre les feux de forêts, destiné à être chargé dans les avions de transport militaire A400M. Cet équipement « roll on/roll off », qui ne nécessite pas de modification de l’avion, permettrait de larguer jusqu’à 20 000 litres d’eau ou de retardant. L’Espagne a d’ailleurs annoncé qu’il déploierait cet été et pour la première fois cet appareil afin de lutter contre els incendies.
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