Malgré la saison des pluies, les rivières restent largement sous les normales. Face au déficit en eau qui perdure depuis plusieurs semaines, la préfecture a publié le 17 juillet dernier, un arrêté qui place la Martinique en alerte sécheresse.
En conséquence, il est demandé à chacun de faire preuve de civisme en économisant l’eau et en limitant tous les usages secondaires, comme le lavage des voitures et des bateaux ou le remplissage des piscines.
Des pluies largement déficitaires
Le secteur agricole est frappé de plein fouet par ces restrictions : des tours d’eau ont été instaurés pour les prélèvements sur la ressource. Bruno Lazzarini, responsable eau, paysage et biodiversité à la DEAL Martinique, explique les raisons de cette situation :
On est arrivés en saison des pluies. Malgré cela, les pluies sont très largement déficitaires par rapport aux années habituelles. On est environ 20 à 60 % en dessous des normales de saison selon les secteurs. Il faut quand même savoir qu’il y a 94 % de la ressource d’eau potable qui vient des rivières. On a des rivières qui souffrent. C’est pour ça qu’on a été obligés de maintenir ce niveau d’alerte, en attendant d’avoir un régime de pluies plus soutenu qui permette de retrouver une situation beaucoup plus confortable pour nos rivières.
En pleine saison des pluies, la Martinique continue donc de manquer d’eau, une situation qui touche désormais de plein fouet le monde agricole.
Une situation pénalisante pour l’agriculture
Pour préserver la ressource, des tours d’eau ont été mis en place par la Chambre d’agriculture avec les services de l’État, afin de répartir au mieux les prélèvements destinés à l’irrigation. Tom Verheyd, chargé de mission eau et biodiversité à la DEAL, détaille le fonctionnement de ce dispositif :
Il fonctionne par bassin versant. On a deux groupes par bassin versant qui vont pouvoir irriguer un jour sur deux, de 16h00 à 9h00 le lendemain matin. Aujourd’hui, le but, c’est d’être dans une démarche qui est progressive. Le but, c’est de pouvoir accompagner les agriculteurs pour assurer une continuité, finalement, de leur irrigation.
Mais sur le terrain, ces restrictions ne suffisent plus à masquer l’inquiétude. Les agriculteurs voient leurs cultures souffrir, tandis que les éleveurs peinent à nourrir leurs animaux. La profession redoute désormais des conséquences économiques importantes si la situation venait à durer. André Prosper, éleveur de bovins et président de la Codem, alerte sur la gravité de la situation :
Aujourd’hui, on va vers des conséquences très graves. Dans le Sud, il y a un éleveur qui a déjà perdu 15 bovins. Moi, j’en ai déjà perdu trois, quatre. Et c’est l’hécatombe qui s’annonce pour l’élevage. Alors après, on va nous dire : oui, mais on n’augmente pas le tonnage en viande, l’abattoir est déficitaire. Mais si chaque année, comme l’année dernière où nous avons perdu près de 1 000 bêtes, nous perdons autant cette année, je ne vois pas la nécessité de continuer l’élevage en Martinique. On ne peut pas aller vers une autonomie alimentaire en souffrant de plus en plus avec ces carêmes qui sont de plus en plus longs.
Une inquiétude d’autant plus forte que les perspectives météorologiques n’offrent pour l’heure que peu d’espoir d’une pluviométrie plus généreuse dans les jours à venir.
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