J’ai hésité à écrire. Non par prudence, mais par lassitude. Lassitude de voir surgir des figures politiques en quête d’attention médiatique, prêtes à toutes les contorsions intellectuelles pour exister. François Asselineau, après des années d’insignifiance électorale, s’improvise aujourd’hui historien, géopoliticien et procureur dans une vidéo où le nombre de vues exhibées, avec une satisfaction puérile, semble tenir lieu d’ambition politique : voilà donc où nous en sommes.
Le problème ne serait qu’anecdotique si le discours n’était pas aussi toxique. Derrière les approximations historiques et les jugements caricaturaux se recycle, sans nuance, une rhétorique proche de la propagande du régime algérien.
Je laisserai de côté, dans un premier temps, ses approximations, qu’elles soient dues à l’ignorance ou à une volonté délibérée, concernant le territoire Algérie. Je passerai sur ses jugements de valeur, notamment lorsqu’il assimile les Kabyles à des descendants de « barbares », en particulier des Vandales, terme dont la charge péjorative est bien connue. Je n’insisterai pas sur son soutien ambigu à un rapprochement franco-algérien qui semble s’inscrire dans une rhétorique purement algérianiste.
Si je prends la parole, c’est parce que ce discours essentialise, caricature, rabaisse et cherche à enfermer des populations entières dans des catégories idéologiques dont certaines sont déjà exposée à des formes du nationalisme arabo-islamique algérien. Je réagis parce que ce type de propos me renvoie une image dégradante : celle d’un individu supposé incapable de discernement, soumis, privé de toute capacité critique. Je m’exprime enfin en tant que Franco-Kabyle, héritier de deux cultures, de deux langues, de deux appartenances :
D’une part, celle de la Kabylie, terre du Djurdjura, ce Mons Ferratus ancestral, magnifique et indomptable, où l’histoire semble avoir condamné ses habitants à une lutte perpétuelle, à la manière du rocher de Sisyphe ; d’autre part, celle de la France, mon pays d’accueil et d’expression, où ma pensée…
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