Libreville, Jeudi 9 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon cherche de nouveaux alliés pour réussir l’un des paris économiques les plus ambitieux de son histoire récente, celui de la souveraineté alimentaire. Dans cette stratégie, le Japon apparaît désormais comme un partenaire de premier plan.
À Libreville, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, a reçu mercredi une délégation de l’Agence japonaise de coopération internationale conduite par son représentant résident Toshimichi Aoki. Derrière cette rencontre diplomatique se dessine une ambition bien plus vaste qu’un simple échange institutionnel. Le Gabon entend accélérer la transformation de son modèle agricole en s’appuyant sur l’expérience technologique et organisationnelle japonaise.
Dans un pays qui importe encore une part importante de ses besoins alimentaires malgré un potentiel agricole considérable, cette coopération pourrait devenir l’un des leviers majeurs de la diversification économique engagée depuis plusieurs années.
L’agriculture devient une priorité stratégique
Longtemps dominée par les revenus pétroliers et l’exploitation des ressources naturelles, l’économie gabonaise se trouve aujourd’hui confrontée à une réalité incontournable. La sécurité alimentaire est devenue un enjeu de souveraineté nationale.
Les crises sanitaires mondiales, les tensions sur les chaînes logistiques internationales et la volatilité des prix agricoles ont rappelé à de nombreux États africains la fragilité d’une dépendance excessive aux importations alimentaires. Le Gabon ne fait pas exception.
Selon plusieurs estimations régionales, le pays importe encore une part importante de sa consommation en céréales, en produits carnés et en produits transformés, alors même qu’il dispose de millions d’hectares cultivables et de ressources hydriques abondantes.C’est dans ce contexte que le gouvernement place désormais l’agriculture au cœur de sa stratégie de transformation économique.
Lors de la rencontre avec la délégation japonaise, Pacôme Kossy a identifié plusieurs priorités structurantes. La mécanisation agricole figure en tête de liste, suivie du renforcement des services vétérinaires, de la montée en compétence des techniciens nationaux et du développement d’une véritable expertise gabonaise en agroéconomie.
L’objectif est clair. Passer d’une agriculture essentiellement de subsistance à une agriculture moderne, productive et compétitive.
Le modèle japonais comme source d’inspiration
Le choix du Japon ne relève pas du hasard. Depuis plusieurs décennies, la JICA accompagne de nombreux pays africains dans la modernisation de leurs systèmes agricoles, notamment dans les domaines de l’irrigation, de la productivité, de la gestion des exploitations familiales et de la formation technique.
L’expérience japonaise présente une particularité intéressante pour le Gabon. Le Japon a réussi à bâtir une agriculture performante malgré des contraintes foncières importantes et une faible disponibilité des terres cultivables. Cette réussite repose sur l’innovation technologique, l’optimisation des rendements et la formation permanente des producteurs.
Autant de domaines dans lesquels le Gabon cherche aujourd’hui à progresser rapidement. La coopération pourrait également s’étendre aux technologies agricoles de précision, à la digitalisation des exploitations ou encore aux systèmes intelligents de gestion des productions animales.
Dans un contexte où l’agriculture mondiale entre progressivement dans l’ère des données, des drones et de l’intelligence artificielle, Libreville cherche à éviter le piège du retard technologique.
Une bataille économique autant qu’alimentaire
Au-delà des enjeux agricoles, cette coopération possède une dimension économique et sociale majeure. La modernisation du secteur pourrait contribuer à la création de milliers d’emplois dans les zones rurales, réduire les déséquilibres territoriaux et limiter l’exode vers Libreville et Port-Gentil.
Elle pourrait également permettre au pays de réduire progressivement sa facture alimentaire extérieure, qui représente chaque année plusieurs centaines de milliards de francs CFA.
Pour les autorités gabonaises, la question agricole ne concerne plus seulement la production alimentaire. Elle touche à la stabilité économique, à l’aménagement du territoire, à la sécurité nationale et à la capacité du pays à maîtriser son propre destin.
La délégation japonaise a d’ailleurs salué les nouvelles orientations définies par le gouvernement et réaffirmé sa disponibilité à accompagner cette transformation. Le succès de cette stratégie dépendra désormais de la capacité des autorités à traduire les ambitions politiques en résultats concrets sur le terrain.
Car dans la compétition mondiale qui s’annonce autour des ressources alimentaires, les pays qui nourriront leurs populations seront aussi ceux qui disposeront des marges de manœuvre économiques et géopolitiques les plus importantes. Le Gabon semble avoir décidé qu’il ne voulait plus dépendre des récoltes des autres pour assurer son avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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