« Le juste vivra par la foi » Hommage à Léopold Djogbédé, de la Communauté de Sant’Egidio du Bénin, par Andrea Riccardi – NEWS
Léopold Djogbédé, responsable de la Communauté de Sant’Egidio du Bénin, s’est éteint à Rome, jeudi 21 mai. Andrea Riccardi l’a rappelé lors de la prière du soir à Santa Maria in Trastevere.
Ses funérailles auront lieu samedi 23 mai à 10h30 dans la basilique Santa Maria in Trastevere à Rome.
Matthieu 7, 21-25
Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?” Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !” Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Chers frères et sœurs,
nous sommes réunis pour écouter la Parole du Seigneur, et une grande tristesse nous habite à la suite du décès de Léopold. Léopold Djogbédé, qui s’est éteint ce matin ici à Rome, via Anicia, dans une maison de la Communauté, où il se trouvait après un séjour à l’hôpital pour tenter de soigner une maladie aussi grave que récemment découverte.
La mort arrache à la vie, aux amis, à la famille, aux rêves, au souffle même. La douleur d’une vie interrompue est forte. La vie d’un homme est un petit monde immense, fait d’espoirs, d’affections, de limites, de joies, de peines, d’amour. La vie mérite, surtout celle de Léopold, une grande attention, pour son humanité, sa foi, son esprit de fraternité.
Nous ressentons la douleur de cette disparition, nous qui sommes ses amis et ses compagnons à Rome, où il avait dit, en arrivant malade : « Je me sens en famille ». Compagnons de la Communauté de Cotonou et du Bénin, où il a été le véritable protagoniste d’une vie fraternelle et généreuse, pendant de nombreuses années, luttant avec tant de ténacité face aux difficultés. Nous sommes proches de sa famille, de ses deux fils. Et nous saluons avec affection sa sœur Nicole et Rachelle, venues à Rome depuis le Bénin pour l’accompagner. Nous nous souvenons de lui ce soir, car ici, il se sentait chez lui. Une maison pour le monde, une maison pour son pays. Sa famille et lui ont souhaité qu’il soit enterré à Rome.
Léopold était un homme juste, le juste vivra par la foi. Sa vie était fondée sur l’écoute de la Parole de Dieu, sur la transmission de l’Évangile, sur la prédication aux autres. Il ressemble à l’homme sage qui a bâti sa maison sur le roc. Un homme de foi, la Bible était sur sa table de chevet lorsqu’il s’est éteint. Jeune étudiant à Dakar, désireux de se construire un bel avenir, il avait été frappé par la prière de la Communauté, qui se tenait là avec divers étudiants d’Afrique francophone. Il avait demandé à Philippe de l’inviter, et celui-ci l’avait fait participer à cette histoire. Depuis lors, année après année, surtout à Cotonou, il avait continué à construire la maison de sa vie, de la Communauté, des pauvres, à l’écoute de la Parole de Dieu.
Et sa vie avait connu certaines de ces pluies, de ces vents, dont parle l’Évangile. Il était resté ferme dans la foi et dans l’amour, avec une grande finesse d’âme. Et il avait partagé le chemin de la Communauté depuis 1999, dans son pays et dans le monde. En 2012, lors de la Prière pour la paix à Sarajevo dans l’esprit d’Assise, il était intervenu lors d’une table ronde et avait déclaré : « Heureusement pour moi, en tant que jeune chrétien, avec la Communauté de Sant’Egidio, j’ai compris la recherche de Dieu d’une manière différente. J’ai changé de perspective, passant de la rivalité à l’amitié, de la dictature de l’argent à la rencontre gratuite avec les pauvres ».
Léopold était un homme fin, cultivé et sensible. Loin d’être provincial, il portait son regard sur le monde. Lorsque je lui ai rendu visite à l’hôpital, il voulait parler de l’état du monde et non de sa maladie. Et la dernière fois que je l’ai vu, il ne pouvait plus parler, mais il avait la sérénité de celui qui se sent dans la maison de Dieu. Car non seulement il aimait cette maison, mais il savait la construire. Malgré la gravité de son état de santé, il s’intéressait, comme toujours, au vaste monde et à l’avenir. Mais que pouvait faire un homme, dans un pays difficile, marqué par une grande pauvreté ? Un homme semble petit, cependant il a construit une communauté. Il a été un frère universel, un fils de l’Église, un membre d’une fraternité qui n’a pas de frontières et qui n’aime ni la haine ni les guerres, qui fraternise avec les exclus, qui unit ceux qui sont différents.
Un artisan de paix, dans l’esprit de la Prière d’Assise, qu’il a organisée à maintes reprises dans son pays, en rapprochant les différentes religions et en œuvrant pour le dialogue. La maison qu’il a construite à Cotonou s’appelle la Maison du Rêve. C’est là qu’il s’est consacré et qu’il a incité la Communauté, sans jamais être seul, à se consacrer aux enfants des rues, qui sont les véritables orphelins de tout. Là-bas, les jeunes et les enfants des rues n’étaient pas des anonymes. Ils n’étaient pas anonymes, mais attendus et appelés par leur nom. Être universel, c’est aimer les pauvres, avoir un rêve pour les jeunes et les enfants sur lesquels personne ne mise.
Il était conscient de l’histoire de sa terre. À Ouidah, au Bénin, se trouve le port des esclaves, d’où au moins 15.000 personnes ont été emmenées entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Il avait dit au pape Benoît XVI, en visite au Bénin, que c’est de là que partaient les navires des esclavagistes, mais il avait ajouté : « Aujourd’hui encore, il faut libérer le pays de l’esclavage des préjugés, qui considèrent les enfants et les personnes âgées comme des sorciers ». Léopold a vécu avec ses frères de Cotonou, pendant des années, la construction courageuse de la Maison de la Paix. Dans un monde où grandissaient la puissance de l’argent, la concurrence sans fin, la difficulté de trouver un emploi, la pauvreté et aussi la mystification religieuse.
C’était un homme sage, dont le souci était de combler ce qui manque dans le cœur et dans la vie d’une communauté. Autrement dit, il a construit et aidé à construire une maison spirituelle et fraternelle au Bénin, fondée sur l’écoute de la Parole de Dieu et sur la foi, qui rend tout possible. Cet homme était un monde, le grand monde de l’amour sans frontières qu’il a semé dans son pays.
C’est en sa mémoire que nous nous réunissons, tristes, pleins de respect et d’affection. Il n’a pas dit « Seigneur, Seigneur », mais il a fait la volonté de notre Père qui est aux cieux, afin que ses frères, croyants et pauvres, aient un foyer. Et Jésus a promis que celui qui fait la volonté du Père entrera dans le royaume des Cieux.
Et nous croyons que, même si nous ne pouvons plus rien faire pour lui, Jésus sera à ses côtés et le guidera. Tandis que nous nous souvenons de lui avec gratitude, affection et estime. Léopold témoigne que l’Évangile peut façonner une personne, non pas une personne insatisfaite, mais sereine et heureuse. Il peut en faire un artisan de paix et de justice. C’est pourquoi il sera appelé bienheureux. Amen.
Andrea Riccardi
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