Le Maroc et le Brésil se positionnent comme des portes d’entrée respectives vers l’Afrique et l’Amérique du Sud (Ambassadeur du Brésil)
Alexandre Guido Lopes Parola :
Les relations entre le Maroc et le Brésil reposent aujourd’hui sur trois piliers essentiels : une confiance politique solide, une complémentarité économique naturelle et une vision commune d’une coopération Sud–Sud ambitieuse. Le dialogue bilatéral s’est structuré ces dernières années, notamment à la suite de visites de haut niveau en 2024. Sur le plan économique, les échanges ont atteint un niveau record, reflétant un partenariat dynamique. À cela s’ajoute une proximité humaine et culturelle réelle entre nos peuples. Cette combinaison confère à la relation une profondeur et un potentiel de croissance remarquables.Une cinquantaine de députés et de sénateurs brésiliens ont plaidé, en décembre 2023, en faveur d’un renforcement du partenariat stratégique entre le Brésil et le Maroc, se disant satisfaits de l’évolution «remarquable» des relations entre les deux pays aux plans politique et économique. Quelle est votre lecture de cette initiative ?
Cette initiative parlementaire s’inscrit dans une dynamique institutionnelle concrète, illustrée notamment par l’installation, en 2023, du Groupe parlementaire Brésil-Maroc au Sénat fédéral. Ce groupe vise précisément à renforcer le dialogue politique et à promouvoir la coopération économique entre les deux pays, en mettant l’accent sur des secteurs stratégiques comme la sécurité alimentaire, les engrais, les énergies renouvelables et la recherche scientifique. Elle traduit donc une volonté claire du pouvoir législatif brésilien de structurer et d’approfondir la relation bilatérale. Au-delà de la dimension symbolique, cette mobilisation parlementaire contribue à créer un cadre durable de coopération. Elle renforce également la convergence entre acteurs publics et privés autour d’objectifs communs.
Quels sont aujourd’hui les secteurs clés de la coopération entre les deux pays, et quels sont les secteurs porteurs qui méritent une attention accrue ? Les secteurs clés de la coopération incluent l’agriculture, les engrais, l’agro-industrie et le commerce des denrées alimentaires, où les économies sont fortement complémentaires. D’autres domaines comme l’aéronautique, les infrastructures et la logistique gagnent en importance. Les perspectives les plus prometteuses concernent l’innovation agricole, les énergies, ainsi que l’intégration de chaînes de valeur. La connectivité logistique, notamment via Tanger Med, constitue également un atout stratégique. Il s’agit désormais de passer des échanges commerciaux à des partenariats d’investissement.
Le Maroc joue un rôle de plus en plus central en Afrique. Comment le Brésil perçoit-il cette position, et quelles opportunités cela ouvre-t-il pour une coopération triangulaire avec le continent ?
Le Brésil reconnaît le rôle croissant du Maroc comme plateforme stratégique en Afrique, notamment grâce à sa stabilité et à ses infrastructures. Cette position ouvre des perspectives importantes pour une coopération triangulaire. Le Maroc peut servir de point d’entrée pour les entreprises brésiliennes sur le continent africain. De son côté, le Brésil peut faciliter l’accès à l’Amérique du Sud. Cette complémentarité permet de développer des projets conjoints dans des secteurs clés comme l’agriculture, les infrastructures et la logistique.
Le Sénat brésilien a adopté en juin 2023 une motion de soutien à l’initiative marocaine d’autonomie au Sahara, appelant à un appui «plus expressif» aux efforts «sérieux et fiables» du Royaume dans la recherche d’une solution à ce conflit régional. Depuis cette date, il y a eu des évolutions notables dans ce dossier, notamment la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Comment le Brésil considère-t-il cette nouvelle posture de l’ONU ? Le Brésil demeure attaché à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, dans le cadre des Nations unies. Nous prenons note des évolutions récentes au Conseil de sécurité, y compris l’adoption de la résolution 2797/2025. Nous avons confiance que la mise en œuvre de cette résolution permettra des avancées concrètes vers le règlement de la question et nous restons prêts à soutenir une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, sous les auspices des Nations unies.
Une représentation de la Chambre de commerce maroco-afro-brésilienne a été inaugurée, à Dakhla en mars 2022, dans l’objectif de consolider les échanges commerciaux et la coopération économique entre le Maroc et le Brésil. Certains y voient une sorte de reconnaissance tacite du Brésil de la souveraineté marocaines sur le Sahara. Qu’en pensez-vous ?
L’ouverture d’une représentation économique à Dakhla s’inscrit dans une logique de renforcement des échanges commerciaux et de la coopération économique. Elle reflète l’intérêt du secteur privé pour les opportunités offertes dans la région. Il convient toutefois de souligner que la position du Brésil sur les questions politiques est guidée par les principes du droit international et le cadre des Nations unies. Les initiatives économiques doivent être comprises dans leur dimension commerciale. Elles visent avant tout à stimuler les investissements et les partenariats.
Le Brésil est célèbre surtout pour la qualité de son football et sa suprématie dans le domaine. Ne pensez-vous pas que la culture, la civilisation et l’histoire de votre pays méritent d’être mieux connues par les Marocains ? Que faudrait-il faire dans ce sens ?
Le football est en effet un vecteur puissant de visibilité pour le Brésil, mais il ne reflète qu’une partie de notre richesse culturelle. Le Brésil possède une histoire, une littérature et une diversité culturelle remarquables qui méritent d’être davantage connues. Nous travaillons activement à promouvoir ces dimensions à travers des initiatives concrètes. À titre d’exemple, l’ambassade du Brésil à Rabat organise la Journée de la Conscience Noire, un événement qui célèbre les racines africaines qui nourrissent et enrichissent la culture brésilienne. Par ailleurs, un événement annuel est organisé au mois de mai pour marquer la Journée internationale de la langue portugaise, mettant en valeur des auteurs majeurs de la littérature brésilienne. Nous encourageons également les échanges universitaires, y compris à travers des programmes de bourses financés par le gouvernement brésilien, permettant à des étudiants marocains de poursuivre des études de premier et de troisième cycles au Brésil. La création d’espaces culturels et la diffusion d’œuvres brésiliennes au Maroc s’inscrivent également dans cette dynamique. L’objectif est de renforcer les liens entre nos sociétés et de favoriser une meilleure connaissance mutuelle.
Une rencontre Maroc–Brésil a eu lieu le 15 avril sur l’entrepreneuriat féminin. Quel sens donnez-vous à cette initiative dans le contexte actuel des relations bilatérales ?
Cette rencontre sur l’entrepreneuriat féminin s’inscrit pleinement dans la dynamique positive des relations bilatérales. Elle met en avant un thème essentiel pour le développement inclusif et durable, tout en illustrant la volonté commune de promouvoir l’innovation et l’autonomisation économique des femmes. L’objectif principal de cette initiative est de créer un réseau de «networking» entre des entrepreneures brésiliennes – qu’elles soient établies au Maroc ou au Brésil – et leurs homologues marocaines. Il s’agit de favoriser un espace d’échange où ces femmes pourront non seulement s’inspirer de leurs parcours respectifs, mais aussi construire des synergies durables et un réseau de croissance mutuelle. La promotion d’opportunités d’affaires pourra en découler naturellement, mais elle ne constitue pas l’objectif premier de l’événement. Celui-ci vise avant tout à célébrer la Journée internationale des femmes, en mettant en lumière les trajectoires et les réussites des femmes entrepreneures.
Cette initiative revêt une importance particulière dans les deux pays. Au Maroc, la participation des femmes à la population active reste encore inférieure à son plein potentiel, se situant autour de 20%, ce qui souligne l’importance de renforcer les mécanismes d’inclusion économique. Au Brésil, à l’inverse, l’entrepreneuriat féminin a connu une progression significative, avec une augmentation d’environ 30% au cours de la dernière décennie, atteignant son plus haut niveau historique : 53,3% des femmes en âge de travailler participent au marché du travail. Ainsi, cette rencontre contribue non seulement à renforcer les échanges entre acteurs économiques des deux pays, mais aussi à promouvoir un dialogue constructif autour des politiques et des pratiques favorisant l’entrepreneuriat féminin. Elle participe à diversifier la coopération bilatérale au-delà des secteurs traditionnels, en plaçant le capital humain et l’égalité au cœur du partenariat Maroc-Brésil.
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