Le militant panafricaniste Kemi Seba, déchu de sa nationalité française en 2024, arrêté en Afrique du Sud

On le dit « influenceur« , « militant » ou « activiste » panafricaniste : Kemi Seba a été arrêté en Afrique du Sud, où il fait l’objet d’une « procédure d’extradition en cours« , a annoncé la police locale de jeudi 16 avril 2026. L’homme est visé par un mandat d’arrêt au Bénin, qui l’accuse d’avoir soutenu la tentative de coup d’Etat de décembre.

Une comparution prévue le 20 avril

À la tête de l’organisation non gouvernementale (ONG) baptisée « Urgences panafricanistes » et connu pour ses diatribes radicales contre la France et les pouvoirs africains alliés de Paris, Kemi Seba a été arrêté depuis lundi, en compagnie d’un fils, pour des « faits présumés de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo« , selon le communiqué de la police sud-africaine. D’après la police sud-africaine, le duo père-fils avait l' »intention de poursuivre sa route vers l’Europe » depuis le Zimbabwe.

« Leur comparution a été reportée au 20 avril 2026 et ils ont été placés en détention provisoire, une procédure d’extradition étant en cours« , est-il précisé. « Le Bénin est en train de prendre les dispositions pour qu’une délégation se rende sur place pour les formalités en vue de son extraction« , a affirmé une source à la présidence béninoise contactée par l’Agence France Presse (AFP). Selon elle, Kémi Seba « aurait souhaité qu’on le rapatrie sur le Niger et pas au Benin« .

Le militant possède un passeport diplomatique nigérien, octroyé par la junte au pouvoir issue d’un coup d’Etat perpétré en 2023. Le Niger, voisin du Bénin, mène une virulente politique anti-occidentale et s’est rapproché de Moscou.

L’arrestation a eu lieu dans un centre commercial de Pretoria, où Kemi Seba a été interpellé en compagnie d’un facilitateur, qui avait reçu 250.000 rands, soit environ 13.000 euros, pour l’aider à traverser la frontière.

Un opposant au pouvoir béninois

De son vrai nom, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, il compte 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux et est poursuivi au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion« .

Né Franco-Béninois, Kemi Seba, 44 ans, a été déchu de sa nationalité française en 2024. Il soutient les régimes militaires issus de coups d’Etat au Sahel, hostiles à Paris et proches de la Russie.

Il a eu l’occasion de venir en Guadeloupe, pour participer à « la résistance contre la vie chère et l’injustice sociale » localement.

Le 7 décembre dernier, au Bénin, des militaires mutins étaient apparus à la télévision, annonçant avoir renversé le président Patrice Talon. En réalité, celui-ci, défendu par l’armée béninoise, n’avait jamais été arrêté et le putsch a été déjoué dans la journée avec l’appui des alliés nigérians et français.

Ce jour-là, Kemi Seba a salué, dans une vidéo, « le jour de la libération » de son pays. Farouche opposant de Patrice Talon, il avait été brièvement interpellé en 2019 et en 2023, lors de passages au Bénin. En octobre 2024, Kemi Seba avait été placé en garde à vue en France en raison de soupçons de « liens » avec le groupe paramilitaire russe Wagner, puis relâché, même si l’enquête du parquet de Paris se poursuivait encore récemment. Il était notamment interrogé sur des soupçons « d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère (…) de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation« .

Un an plus tôt, plusieurs médias avaient publié les Wagner Leaks, issus d’un piratage de documents internes au groupe paramilitaire Wagner, qui indiquaient que son fondateur Evgueni Prigojine, depuis décédé, avait financé et guidé certaines actions de Kemi Seba en Afrique, entre 2018 et 2019.

Plusieurs opposants lourdement condamnés

En 2025, un journaliste béninois critique du pouvoir avait été interpellé le 10 juillet, par les autorités ivoiriennes et extradé au Bénin, après avoir été invité par Abidjan à participer à un salon de l’innovation numérique. Hugues Comlan Sossoukpè, directeur de publication du journal en ligne Olofofo, est détenu à la prison civile de Ouidah (sud). Il avait le statut de réfugié politique au Togo.

Au Bénin, l’espace démocratique s’est réduit depuis une décennie, selon de nombreux observateurs. Plusieurs opposants de premier plan ont été condamnés à de lourdes peines de prison par la toute-puissante Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), d’autres sont en exil et les réformes des partis ont affaibli l’opposition.

Patrice Talon a passé la main après deux mandats. Lors de l’élection présidentielle de dimanche, son ministre des Finances Romuald Wadagni, candidat de la majorité a été élu sur un score écrasant de plus de 94%.

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