Les élections municipales, source d’un intérêt exceptionnel à Tracadie

Les élections municipales du mois prochain, à Tracadie, seront l’une des plus disputées de la province. Cinq candidats s’affrontent pour le poste de maire, alors que 32 autres cabalent pour l’un des dix sièges de conseillers. D’où peut venir un tel intérêt?

Les motivations de chacun peuvent être multiples: le goût de contribuer au développement de la municipalité, le désir de terminer une carrière par un passage en politique, le besoin de servir la population, etc. D’autres affirmeront qu’ils ont à cœur une cause particulière.

Sinon, depuis plusieurs années, un mot circule à Tracadie: le conseil municipal est divisé. Certains promettront alors de rétablir la concorde, autrement dit, la bonne entente.

Selon le maire sortant, Denis Losier, qui est sur les rangs pour regagner son poste, le «gros du travail» qu’il fallait abattre quand fut créée la municipalité régionale étant achevé, la table du conseil serait désormais plus invitante.

«C’est certain que d’envisager le poste de maire dans un contexte de regroupement d’envergure, c’était peut-être moins alléchant», a-t-il déclaré, alors que l’Acadie Nouvelle cherche à s’expliquer la source de l’engouement actuel.

«Il y a toujours beaucoup de travail à faire dans une municipalité qui prend de l’envergure, a-t-il repris, mais c’est peut-être moins complexe, ou le défi est peut-être moins compliqué que par les années passées.»

«Ce n’est plus un travail bénévole»

Cependant, la motivation des candidats pourrait tenir, dans certains cas, à des considérations moins désintéressées qu’on pourrait le croire. En effet, que dire des salaires? En jetant un œil sur la rémunération des élus municipaux de Tracadie, on découvrira que ceux-ci n’ont point à rougir devant la «paie» de leurs homologues du reste de la province, cités incluses.

En juin 2021, les élus de Tracadie, nouveaux venus ou réélus, décidèrent de «se» voter une augmentation. Du coup, les «salaires» annuels, qui étaient de 45 000$ pour le maire et de 15 000$ pour les conseillers sont passés à 75 000$ et 30 000$ respectivement.

Cette année, ces rémunérations (assorties d’une majoration de 2% par année) excèdent les 81 000$ pour le maire et atteignent près de 32 500$ pour les autres membres du conseil.

Pendant l’entrevue qu’il nous a accordée, le maire a été le premier à évoquer la question salariale. Il croit que les municipalités qui ont été le fruit de la récente réforme provinciale ont gagné en population et en complexité, du déjà-vu pour Tracadie qui a vécu une situation similaire en 2014.

«Les municipalités grossissent, les défis augmentent, les responsabilités aussi. Ils (l’Association francophone des municipalités du N.-B.) ont créé un gabarit pour calculer, en fonction des responsabilités, le salaire des élus.»

«Ce n’est plus un travail bénévole. Être maire de Tracadie maintenant, c’est pratiquement un poste à temps plein, avec beaucoup de voyages, des heures irrégulières», a ajouté M. Losier.

«C’est plus d’heures de travail, mais les gens sont rémunérés en conséquence, et il y a de l’intérêt. On est une municipalité en progression. J’imagine que c’est intéressant d’y consacrer du temps, de l’énergie, etc. Ça a probablement favorisé cet engouement-là.»

Le maire conçoit favorablement l’abondance des candidats cette année à Tracadie.

«Le fait d’avoir des choix, des candidatures différentes, ça va permettre aux gens de questionner, de voir la vision et les convictions de chacun, si ça répond aux besoins de la population. C’est merveilleux pour eux et je vois ça d’un très bon œil.»

Tracadie… et les autres

La rémunération actuelle des élus de Tracadie est-elle très élevée, trop élevée ou adéquate? Une comparaison permettra de s’en faire une idée juste.

Parmi les municipalités dont la population est comparable à Tracadie (16 043 en 2021) on trouve Edmundston (16 437, auj. estimée à 18 132), Miramichi (17 692), Bathurst (12 157, auj. estimée à 15 000) et Riverview (20 584).

À Edmundston, au 1er janvier 2026, le salaire annuel du maire d’Edmundston était de 73 270$. Les conseillers touchaient pour leur part 29 310$.

En 2025, le traitement annuel de la mairesse de Bathurst, Kim Chamberlain, était de 63 369$, tandis que celui des conseillers était de 29 000$. Le 1er janvier 2026, ces chiffres ont augmenté pour tenir compte de l’inflation.

Le maire de Miramichi, avec une rémunération annuelle de 45 062$ fait quant à lui office de parent pauvre. Ses émoluments, qui ont fait l’objet de récentes discussions, augmenteront à 60 000$ après les élections du 11 mai. Les conseillers verront leur traitement passer de 16 525$ à 26 000$.

En 2025, le maire de Riverview était payé 45 642$ – une aubaine! – tout comme il en va pour les conseillers, dont le traitement était de 19 348$. Tous jouiront d’une majoration annuelle de 2% jusqu’en 2029.

Dieppe ne figure pas dans la liste que nous avons dressée parce que sa population est plus nombreuse (28 114 personnes en 2021). Cette ville connaît en outre, depuis plusieurs années, un essor économique soutenu.

Pourtant, le traitement annuel des élus de Dieppe reste comparable aux villes que nous venons de mentionner. Le revenu annuel du maire y était, au 1er janvier 2026, de 79 872$. Les conseillers, pour leur part, touchaient 31 949$.

Élus municipaux : qu’est-ce qu’un salaire juste?

La rémunération des élus municipaux est un sujet délicat, parce que la bonifier appartient… aux élus eux-mêmes.

Or, quand les maires et conseillers approuvent une augmentation de leur chèque de paie, le cynisme de la population sera naturellement de la partie.

L’Association francophone des municipalités du N.-B. (AFMNB) en est d’ailleurs bien consciente. Quelques années passées, le directeur général de l’époque, Frédéric Dion, avait déploré, dans un rapport, «les teintes de ce populisme ambiant qui tire nos sociétés vers le bas».

La rétribution des élus municipaux occupe depuis toujours cet organisme, qui a produit un Guide en 2017 afin de définir ce qu’est une rémunération «juste et adéquate» en politique municipale.

Pour ce faire, cinq critères ont été retenus: la population, l’assiette fiscale, les services offerts, les institutions, infrastructures et services gouvernementaux, la superficie du territoire.

Dans le cas de Tracadie, il est à noter que le fusionnement (qui a fait passer Tracadie-Sheila de ville à municipalité régionale) a largement modifié les responsabilités de son conseil. La population et le budget municipal ont crû dans de grandes proportions et son territoire s’est considérablement élargi.

Cette année, les élections municipales ont attiré un nombre de candidats probablement inégalé dans l’histoire politique de Tracadie. – Acadie Nouvelle: Bernard Haché

Sur ce dernier point, Tracadie se démarque absolument. Selon Statistique Canada, la MRT ferait 516 km². C’est plus que Miramichi (178 km²) ou Saint-Jean (316 km²), voire les villes de Dieppe, Moncton et Riverview réunies (252 km²).

Des responsabilités plus importantes commandent la compétence et le savoir-faire. C’est sans doute pourquoi l’AFMNB veut que les élus soient payés comme il se doit. Attirer les candidats et assurer la relève est son mot d’ordre.

Et Tracadie tend à prouver que la recette fonctionne.

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