Les industriels martiniquais quittent une réunion à la DAAF pour dénoncer une réforme « menaçante » du RSA
Jusqu’à 200 emplois industriels seraient menacés. Les discussions ont tourné court hier, jeudi 9 juillet, à la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF).
Les industriels martiniquais ont quitté la réunion en présence des représentants de l’État pour faire part de leur mécontentement. Ils dénoncent un projet d’évolution du régime spécifique d’approvisionnement (RSA) qui pourrait, selon eux, favoriser l’importation de produits déjà fabriqués au détriment de la transformation locale.
Derrière le dossier de l’alimentation animale, c’est toute une partie de l’industrie martiniquaise qui fait front commun, craignant que cette décision ne crée un précédent pour d’autres filières.
Une hausse des aides à l’importation
Alors que les pouvoirs publics doivent examiner une hausse des aides à l’importation d’aliments composés finis, l’Association martiniquaise pour la promotion de l’industrie (AMPI) estime qu’une telle décision risquerait de fragiliser la production locale. Elle plaide pour que le RSA continue de soutenir en priorité les matières premières destinées à être transformées en Martinique, plutôt que des produits déjà fabriqués à l’extérieur.
Selon l’AMPI, c’est l’emploi industriel, mais aussi toute une partie de la filière agroalimentaire locale, qui est en jeu. Son président, Charles Larcher, détaille les conséquences redoutées :
Une partie de l’enveloppe qui est destinée aux producteurs locaux martiniquais est aujourd’hui utilisée pour de l’importation d’aliments pour animaux, alors qu’il y a un producteur d’aliments pour animaux local. La conséquence, c’est que la baisse du niveau d’aide que l’on va avoir pour les producteurs locaux industriels, membres de l’AMPI, je vais parler des moulins qui fabriquent la farine et donc le pain indirectement pour les Martiniquais et les aliments pour animaux, va entraîner pour eux une problématique de fonctionnement et un risque de fermeture des entreprises. Derrière, c’est 200 emplois qui risquent de disparaître.
Un manque à gagner
Pour Sébastien Dormoy, directeur du Meunier des Antilles, cette évolution du RSA représente un manque à gagner considérable :
Quand on fabrique de la farine, on fabrique aussi du son. Et le son de blé devient la matière première pour l’alimentation du bétail à hauteur de 20 à 30 % dans toutes les rations. Le souci, c’est que quand vous allez importer de l’aliment fini, c’est autant de son qui ne sera plus utilisé localement. Sans le son, nous ne pouvons pas équilibrer nos comptes d’exploitation de la meunerie. On va le répercuter sur quoi ? Sur l’autre produit qu’on vend, à savoir la farine, et donc renchérir le prix du pain.
Une logique économique de l’État que les professionnels ont du mal à comprendre, comme l’explique Marc Labaye, représentant de Martinique Nutrition Animale :
On utilise des fonds européens qui sont normalement destinés à aider l’importation de matières premières au bénéfice du développement de l’industrie locale, qui sont aujourd’hui dévoyés pour subventionner une importation de produits finis fabriqués en métropole, concurrents de notre production locale. Nous, on dit que c’est là que ça ne va plus.
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