Les Pays-Bas de Cruyff, la France de Zidane, le Ghana d’Essien… Les 20 équipes maudites de la Coupe du monde

Explosive et enflammée, cette équipe danoise, surnommée à bon droit la « Danish Dynamite ». Après un Euro 84 qui la révèle aux yeux de l’Europe du football, superbe demi-finaliste simplement sorti aux tirs aux buts par l’Espagne, les Danois récidivent au Mexique avec le même état d’esprit, décomplexé, offensif et enthousiaste. Pourtant placés dans le groupe de la mort avec Écosse, Uruguay et Allemagne, les Danois démarrent face à une sélection qui mériterait à elle seule un article détaillé sur ses malédictions successives en Coupe du monde : l’Écosse. Cette fois-ci elle doit endurer rien moins que le décès de son sélectionneur et guide Jock Stein juste avant le Mondial, mort subitement dans son vestiaire. Remplacé par son adjoint, un certain Alex Ferguson, l’Écosse s’incline par la plus petite des marges et s’en sort très bien. On devine déjà chez les Danois une force offensive peu commune, qui va se matérialiser avec éclat face aux rugueux Uruguayens. Transcendés par le duo Michael Laudrup-Preben Elkjaer Larsen, Elkjaer « le Bison » auteur d’un triplé, les Danois signent une partition presque parfaite, et écrasent la Céleste 6-1. Les voilà qualifiés pour les 1/8e après deux matchs, reste la grande Allemagne à jouer.

Un nul suffit pour décrocher la première place, mais Sepp Piontek et ses hommes ont le calcul en horreur. On aligne l’équipe-type, on joue à fond pour marquer les esprits et accessoirement cette équipe germanique qui rime si bien avec antipathique. Les Allemands sont dominés 2-0 avec un super Morten Olsen, le libero capitaine, et toute sa brigade au diapason. Les Danois achèvent leur premier tour avec une belle étiquette de favori, favori par leur jeu, leur énergie et leur joie de vivre. Hélas, de tout cela en 1/8e face à l’Espagne, il ne restera rien. D’abord par la faute d’un Emilio Butragueño touché par la grâce, martyrisant la naïveté ultra-offensive des Danois. Également une autre raison, moins connue : le départ la veille des femmes des joueurs, qui rend l’ambiance plus lourde et tendue. Les Danois explosent 5 à 1, et regagnent leurs foyers avec un ineffaçable sentiment de gâchis.

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Contre l’Allemagne.

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Pays-Bas 1974-1978

C’est à la fois un mythe et une philosophie ; des défaites sur le terrain et une victoire du cœur. Mais toujours cette question sans réponse : comment les Oranje de Cruyff et consorts n’ont-il pas accroché une étoile ? En 1974, la magie opère : sous la houlette de Rinus Michels, les Pays-Bas hypnotisent le monde avec leur « Football Total ». Emmenés par le génial Johan Cruyff, les Oranje écrasent leurs adversaires, infligeant 4-0 à l’Argentine et 2-0 au Brésil en seconde phase, dans un style avant-gardiste où chacun attaque et défend. La finale, un duel au sommet contre l’Allemagne de l’Ouest, semble à leur portée. Un penalty obtenu dès la première minute, transformé par Neeskens, et le rêve est lancé. Mais la Mannschaft, clinique et pragmatique, renverse la vapeur, et les Néerlandais s’inclinent 2-1.

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Quatre ans plus tard, l’Argentine accueille le Mondial. L’absence de Johan Cruyff, figure emblématique de 1974, est le premier coup dur. Les raisons de son forfait demeurent entourées de mystère et d’interprétations diverses, allant du désaccord avec la fédération, à un boycott politique ou même un incident familial – il avait été victime d’une tentative d’enlèvement. Quoi qu’il en soit, son génie manquera cruellement. Sans lui, mais avec une ossature solide et le même esprit offensif, les Pays-Bas d’Ernst Happel récidivent. Face au pays organisateur en finale, les Oranje tiennent tête dans une ambiance électrique. Un tir de Rensenbrink heurte le poteau dans les dernières secondes du temps réglementaire, privant les Néerlandais d’une victoire historique. En prolongation, l’Argentine, portée par l’enthousiasme de son public, finit par l’emporter 3-1. Deux finales, deux fois la même issue cruelle. La « victoire du cœur » reste leur seule consolation. La révolution orange aura accouché du Football Total dont l’héritage 

Angleterre 2010

Grande équipe, cette Angleterre millésime 2010 ? Pas forcément. Mais maudite, pour sûr elle l’est, et plutôt deux fois qu’une. La première malédiction, c’est son gardien qui va la subir. Robert Green, maillon faible d’une constellation de stars gorgées d’ambition, comme à chaque édition ou presque : Steven Gerrard avec le brassard, Frank Lampard, John Terry, Wayne Rooney et Fabio Capello pour orchestrer le tout. Dès le premier match face aux États-Unis, tout part bien avec un but précoce de Gerrard, puis la symphonie dissonne, avec une invraisemblable faute de main de l’infortuné Robert Green sur une frappe anodine de Clint Dempsey. Ce match nul originel et inattendu insinue un doute vénéneux qui va miner tout le premier tour des Three Lions. Nul encore (0-0) contre l’Algérie, et succès minimaliste contre la Slovénie (1-0) qui vaut une petite deuxième place, et une qualification pour un ⅛ de finale appétissant face à l’Allemagne.

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C’est ce jour-là à Bloemfontein que le destin de cette équipe va basculer dans la dramaturgie. Cueillis par deux buts de Klose et Podolski, les Anglais reprennent leurs esprits par Upson, avant que Frank Lampard n’expédie un missile qui surprend Manuel Neuer. Le ballon touche l’intérieur de la transversale et franchit largement la ligne de but, avant de ressortir. Ce but du 2 partout ne sera pas validé, la colère et le profond sentiment d’injustice des Anglais n’y feront rien. Le match a tourné pour de bon, les Allemands ajouteront deux buts, la sélection anglaise rentre au pays avec le cœur lourd. Ce coup du sort aura au moins un mérite : il imposera la « goal line technology » dès la Coupe du monde suivante, au Brésil. Les Anglais resteront les ultimes victimes de ces atroces litiges de ligne.

L'équipe d'Angleterre en 2010.

L’équipe d’Angleterre en 2010.

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Nigeria 1994-1998

Magnifique génération, talentueuse et complète dans toutes ses lignes, que celle des Super Eagles, planant superbement sur son premier tour 94, pourtant rude sur le papier. Argentine, Bulgarie, Grèce, toutes ces sélections sont coriaces, toutes pourtant seront avalées sans complexe par les coéquipiers de Rachidi Yekini, à la joie inoubliable, couvrant son visage extatique des filets adverses, après un but face aux Bulgares. Le Taureau de Kaduna est bien secondé en ⅛ de finale, Emmanuel Amunike se change en fer de lance de l’attaque nigériane et montre le chemin des quarts face à une Italie sans couleur. Pourtant à 4 minutes du terme, un Roberto Baggio renaissant signe un sublime doublé, fatidique pour les hommes en vert, terrassés sur le fil après s’être vus si beaux pendant tout un match, face à une sélection référence du football mondial. 

Jay-Jay Okocha.

Jay-Jay Okocha.

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Quatre ans plus tard, frustration et regrets sont balayés, les Super Eagles remettent ça. Okocha, Finidi, Amokachi et consorts frappent à nouveau un grand coup au premier tour en dominant l’Espagne 3-2, avec une demi-volée étourdissante de Sunday Oliseh, qui précipite l’élimination d’entrée des Espagnols. À leur aise face au Paraguay et aux Bulgares, qu’ils retrouvent, les Nigérians abordent leur 1/8e de finale sans doute trop confiants. Ils vont se faire rappeler à l’ordre par une sélection danoise moins clinquante que ses prédécesseurs, mais dont le réalisme glaçant va secouer la brinquebalante organisation nigériane. Les Super Eagles explosent 4-1, jamais leur prodigieux potentiel offensif ne trouvera la récompense d’un quart de finale mondial.

Allemagne 1966

Rarissimes sont les équipes d’Allemagne à avoir joué de malchance ou d’infortunes diverses en Coupe du monde. Un adage a même tenu bon jusqu’en 1994 : quand la Mannschaft est mauvaise, elle va en finale, quand elle est bonne, elle la gagne. L’équipe de 1966 est celle qui se rapproche le plus du statut de grande équipe maudite. Trop jeune pour avoir connu le Miracle de Berne en 1954, cette génération de joueurs, emmenée par son buteur en chef Uwe Seeler, ne connaîtra pas non plus le titre de 1974. Tous sont conscients que la World Cup anglaise représente leur meilleure chance de décrocher le trophée ultime, et de colossaux débuts dans le tournoi leur donnent raison. 5-0 contre la Suisse, le ton est donné. Les Allemands dominent leur premier tour, en battant aussi l’Espagne et en tenant en échec l’Argentine. Ils héritent ainsi de l’Uruguay en quarts, balayé 4-0, avec un but de Franz Beckenbauer, jeune milieu de 20 ans qui, à ce poste, a la confiance du sélectionneur Helmut Schön. Beckenbauer frappera encore en demies, face à l’URSS.

La finale face aux Anglais dans leur antre de Wembley est longtemps équilibrée, et quand le défenseur central Wolfgang Weber égalise à l’ultime minute, aucun Allemand ne doute plus de l’issue du match. Quand survient en prolongation le fait de cette finale, le fait d’une vie : l’Anglais Geoff Hurst envoie une frappe sur la barre, le ballon rebondit proche de la ligne de but et ressort. L’arbitre assistant Tofik Bahramov indique que le ballon a bien franchi intégralement la ligne, ce que tous les Allemands nieront vigoureusement, jusqu’à leur dernier souffle, pour un des buts les plus controversés de l’histoire du Mondial. À part Beckenbauer et Overath qui soulèveront le trophée mondial 8 ans plus tard, les autres Allemands ne se remettront pas de ce qui restera à leurs yeux comme une effroyable injustice.

Brésil 2014

La malédiction peut parfois être coupable. Pour sa Coupe du monde à domicile, le Brésil affiche des ambitions malgré un jeu qui n’est plus celui d’antan. Cependant, la nation est portée par sa nouvelle pépite : Neymar. Le Mondial commence bien avec quatre buts en cinq matchs. En quart de finale, il se blesse au dos contre la Colombie et doit laisser ses coéquipiers se faire humilier contre l’Allemagne (7-1) en demi-finale. Toutes les faiblesses de la sélection et du système fédéral éclatent au grand jour. Depuis, le Brésil porte cette défaite comme un fardeau et n’est plus arrivé dans le dernier carré d’une Coupe du monde.

Les Brésiliens sont abattus.

Les Brésiliens sont abattus.

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Ghana 2010

« Cette fois c’est pour l’Afrique ». L’entêtant refrain de l’hymne de cette Coupe du monde sud-africaine insuffle un espoir : une équipe africaine pourrait bien, cette fois, aller très loin en Coupe du monde. On sait vite que ce ne sera pas le pays organisateur. Les Bafana Bafana sont trop limités et s’arrêtent au premier tour, comme les Bleus déboussolés de Knysna. Rien de tout cela pour le Ghana : seule équipe africaine à passer le premier tour, le Black Star ne s’arrête pas en si bon chemin et s’offre les États-Unis en ⅛ de finale, après prolongation. Malgré l’absence sur blessure de son joueur majeur Michael Essien, les Ghanéens sont habités d’une vraie confiance en leur groupe, car les talents ne manquent pas : André Ayew, Sully Muntari, John Mensah, Kevin-Prince Boateng ou Asamoah Gyan. Et malgré la suspension d’Ayew, le Black Star va secouer la Céleste dans de vastes proportions, surtout en prolongation.

On va même jusqu’à croire au but ghanéen à la dernière seconde, une tête qui bat Muslera au bout d’une action confuse, ballon sauvé par Luis Suárez sur sa ligne, mais d’une main aussi franche que désespérée. Penalty et carton rouge. Asamoah Gyan a la balle de demi-finale au bout du pied, à 11 mètres, et son tir heurte la barre… Le Rennais aura beau inscrire son tir au but lors de la séance qui suit, deux de ses coéquipiers échouent. Le Ghana ne deviendra pas le premier pays africain en demi-finale de Coupe du monde, il laissera cet honneur au Maroc, douze ans plus tard.

L'équipe du Ghana en 2010.

L’équipe du Ghana en 2010.

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URSS 1986

Elle a tout d’une mécanique impeccable, cette sélection soviétique de 1986, elle pourrait presque être le sujet d’une toile de Fernand Léger. Son grand ordonnateur est aussi le cerveau du grand Dynamo Kiev, Valery Lobanovski. Austère et rigoureux, il vient d’époustoufler l’Europe du football, en écrasant l’Atletico Madrid à Gerland, en finale de Coupe d’Europe. L’équipe d’URSS est la plus parfaite émanation de cette machine à gagner, en un mouvement collectif perpétuel. Les dix joueurs de champ sont du Dynamo, renforcés par le meilleur gardien du monde, Rinat Dassaev. L’ensemble fait peur, et dès le premier match l’adversaire explose, la sélection hongroise, atomisée 6 buts à zéro. Seule la France tient le choc, 1-1, par la grâce d’un but magique du duo Giresse-Fernandez. Le Canada est dominé à son tour, le grand Orchestre Rouge termine premier, les choses sérieuses peuvent commencer. C’est en fait là qu’elles vont s’achever, sous le chaud soleil de León. Leur adversaire belge a franchi les poules sans convaincre, seul le jeune meneur Enzo Scifo semble capable de rivaliser. Le jeu de passes des Soviétiques, techniques et rapides, fait vite craquer les Belges. Quelques approximations défensives permettent aux Diables Rouges de tromper Dassaev, ainsi qu’un but de Ceulemans accordé en dépit d’un hors-jeu évident. Malgré un triplé d’Igor Belanov, futur Ballon d’Or, la Belgique l’emporte 4-3 après prolongation, au bout d’un match illisible et débridé. La plus talentueuse génération du football soviétique a laissé passer sa meilleure chance.

Algérie 1982

Le Mondial 1982 en Espagne restera gravé dans les mémoires comme un moment de gloire volée. Les Fennecs, emmenés par le talentueux Rabah Madjer et Lakhdar Belloumi, créent la sensation dès leur premier match en battant l’ogre ouest-allemand, double champion d’Europe, 2-1. Un coup de tonnerre dans le ciel espagnol, une victoire historique pour le football africain et arabe.

Après une défaite honorable contre l’Autriche (0-2), l’Algérie retrouve le chemin de la victoire face au Chili (3-2) et se positionne idéalement pour la qualification au second tour. Il ne reste qu’un match à jouer dans le groupe, entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche. Pour que les deux équipes européennes se qualifient aux dépens de l’Algérie, l’Allemagne devait l’emporter par un score précis de 1 ou 2-0.

Et c’est ce qui se produit. Le « match de la honte » entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche à Gijón devient une triste page de l’histoire du football. Après un but rapide de l’Allemagne, les deux équipes cessent purement et simplement de jouer, se contentant de passes latérales et de temporisation, s’assurant le score voulu et éliminant de fait l’Algérie. Les sifflets du public et la colère des commentateurs n’y changeront rien. Les Fennecs, malgré deux victoires en trois matchs, sont éliminés par cette entente scandaleuse. Une injustice flagrante qui mènera la FIFA à modifier le règlement pour que les derniers matchs de poule se jouent désormais simultanément. Pour l’Algérie, le goût de la victoire fut amer, celui d’une qualification volée qui sera à peine vengée par le « revival » de 2026 où Autrichien et Algériens s’entendront (légèrement) pour faire match nul (3-3) et se qualifier pour les seizièmes de finale.

Autriche 1934-1939

Sous l’égide d’un joueur aussi maudit que génial, Matthias Sindelar, la sélection autrichienne des années 1930 prend vite place parmi les plus grandes formations internationales d’avant-guerre. Sous la direction du maître tacticien Hugo Meisl, l’Autriche développe le Tourbillon danubien : une approche révolutionnaire consistant dans le démarquage permanent des cinq attaquants, et un jeu de passes courtes et rapides, inspiré des équipes écossaises venues en tournée à Vienne au début du siècle. La réputation du Wunderteam le précède en tout lieu, la Coupe du monde 34 doit être sa consécration. Sindelar et son orchestre charment le monde jusqu’en demi-finale, avant un couac retentissant face au pays organisateur, l’Italie mussolinienne. 

Luis Monti blesse volontairement le Mozart du football, Sindelar doit sortir. Le carton rouge et les remplacements n’existant pas, l’Autriche s’incline à 9 contre 11, le seul but du match est marqué par trois joueurs italiens plaquant au sol le gardien autrichien. Après cette parodie, le Wunderteam ne pense qu’à la revanche en 1938, une revanche qui lui sera volée par l’Allemagne nazie et le rêve d’Hitler : l’Anschluss. Allemagne et Autriche ne font plus qu’un, la mascarade se fera sans Sindelar qui refuse tout compromis en prétextant une vieille blessure. Traqué par le régime, il sera retrouvé mort asphyxié après 8 mois de cavale.

Brésil 1950

Dans un après-guerre où l’envie de revivre est partout, le sport et le football n’échappent pas à ce besoin universel : ce sont les Brésiliens qui semblent plus frénétiques encore que les autres, convoitant jusqu’à la folie cette Coupe du monde qu’ils organisent. Dans un Maracanã flambant neuf qui déborde de 200 000 amoureux de la Seleção, le Mexique est asphyxié 4-0. Rien ne semble pouvoir résister à cette équipe, emmenée par son roi des buteurs Ademir et cette ferveur populaire qui emporte tout. Après un premier tour façon carnaval, l’organisation improvise une poule de 4, dont le premier gagnera le Mondial. Les Brésiliens planent sur les deux premiers matchs, 7 buts contre la Suède, 6 face à l’Espagne. L’ultime match face à l’Uruguay sonne comme une consécration, dans le majestueux Maracanã. Un match nul suffit à la Seleção qui ouvre le score, avant que tout ce beau scénario ne s’écroule. Schiaffino égalise, puis Alcides Ghiggia endosse le rôle du briseur de rêve à dix minutes du terme et trompe Barbosa, le gardien qui deviendra l’injuste symbole de ce désastre. Tout un pays tombe dans le désespoir le plus absolu : on déplorera près de 40 suicides et 60 arrêts cardiaques, par la faute de cet événement encore aujourd’hui désigné par tous les Brésiliens d’un seul mot : le Maracanaço, le choc du Maracanã.

France 1982

France 82, ou l’incarnation presque parfaite de l’ère romantique du football tricolore. Un contexte propice d’abord, les équipes françaises de ces années-là, nationales ou de clubs, ont un point commun : elles jouent souvent bien mais ne gagnent absolument jamais les matchs qui comptent. Un sélectionneur ensuite, Michel Hidalgo, incarnation de l’humaniste qui croit par-dessus tout aux valeurs de l’esprit de groupe, à l’esthétisme, presque une manière de chevalerie. Et le héros qui comme Bayard ou Duguesclin emmène tous les autres derrière son flamboyant panache, Michel Platini. Une qualification épique pour ce Mundial 82 rend déjà ce groupe réceptif aux ambitions d’altitude inhabituelle : passer le premier tour. Ce sera fait, en un cheminement tortueux, défaite presque fatale contre l’Angleterre dans l’étuve de Bilbao, victoire face au Koweït malgré un folklore interventionniste, et la qualification arrachée à l’issue d’un nul fébrile et irrespirable face aux Tchèques de Panenka. Les Bleus sont débloqués, complexes abandonnés en première phase, la deuxième est avalée en assumant l’identité de cette équipe, offensive et joueuse. Deux balades, autrichiennes et nord-irlandaises, et voilà la demi-finale, avec en face l’antithèse de ces Français romantiques et rêveurs, l’Allemagne.

Michel Platini au chevet de Battiston.

Michel Platini au chevet de Battiston.

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Austère, rigoureuse et athlétique, la Mannschaft reste sur un titre européen et prend vite les commandes par Littbarski. Platini égalise sur penalty, le moment d’Histoire peut commencer. L’agression du gardien Harald Schumacher sur Patrick Battiston, impunie malgré la violence du geste et le préjudice causé : Battiston KO, deux dents en moins, évacué sur civière, ni penalty ni carton rouge, Schumacher d’une morgue écœurante. La suite relève de la chanson de gestes. Celui de Marius Trésor en début de prolongation, une volée sous la barre, pure et puissante, comme la joie qui s’ensuit. Joie qui cède à l’euphorie après le but du 3-1 signé Alain Giresse, une frappe qui entraîne la plus inoubliable des célébrations, une exultation sans barrière. Défense et prudence étant des non-sens pour cette équipe et son entraîneur, les Bleus sont rejoints pour aller ensuite s’immoler sur l’épreuve inédite des tirs aux buts. Six, Bossis, l’impuissance d’Ettori, la séance leur échappe, mais pas la sensation persistante que le match d’une génération s’est achevé dans les larmes et la rage sur la pelouse de Sanchez Pizjuan.

Hongrie 1954

Un collectif à la mécanique de haute précision, voilà le symbole de cette équipe de Hongrie irrésistible à qui le titre mondial 1954 semble promis. Au départ, l’idée d’un coach visionnaire : Gusztáv Sebes fait reculer son avant-centre et avance en pointe ses deux inters (aujourd’hui les milieux relayeurs box-to-box). La qualité technique de ses joueurs fait le reste. Le buteur Kocsis, Tête d’or, le stratège Puskás, le Major Galopant, Hidegkuti, Czibor, l’effectif entier est indissociable. Champions olympiques 1952, la réputation des Magyars a grimpé si haut que les créateurs du jeu, les Anglais, dans leur courtoise suffisance, daignent les recevoir sur leur île, pour une mémorable fessée 6-3 à Wembley, appelée le match du siècle. La Coupe du monde en Suisse, un an plus tard, va simplement entériner cette supériorité étincelante. 9 buts passés aux Coréens, 8 aux Allemands, 4 au Brésil, même le tenant uruguayen en prend 4, tarif minimum.

Les Hongrois cavalent et virevoltent autour de leurs adversaires, aussi impuissants les uns que les autres. L’Allemagne a survécu à son éparpillement en poule, elle est l’adversaire de cette finale. Les ogres hongrois aiguisent leurs fourchettes. 2-0 après 9 minutes, l’addition s’annonce encore terrible, quand survient le Miracle de Berne. Une pluie battante sur le Wankdorf, Kocsis et son pourvoyeur Puskás piétinent, glissent et dérapent. Les Allemands chaussés de crampons vissés, fournis par Adi Dassler (fondateur d’Adidas) juste avant la rencontre, profitent de cette soudaine supériorité pour signer une victoire impensable, dont personne, sur les bords magyars du Danube, ne peut se remémorer sans une tristesse infinie.

Espagne 1998-2006

L’Espagne, éternel outsider au talent foisonnant, a longtemps buté sur un paradoxe : comment faire cohabiter l’efficacité redoutable du Real Madrid et la philosophie de jeu esthétique du FC Barcelone ? En 1998, en France, et en 2006, en Allemagne, cette question est restée sans réponse, privant la Roja d’un sacre mondial.

En 1998, malgré un effectif impressionnant (Raúl, Hierro, Luis Enrique), les Espagnols échouent dès les poules, battus d’entrée par le Nigeria. L’amalgame entre les stars madrilènes et catalanes ne prend pas. La « Furia Roja » manque de cohésion et d’un plan de jeu unifié.

En 2006, la situation est similaire. Avec une génération dorée émergente (Casillas, Xavi, Torres, Villa), l’Espagne séduit mais ne convainc pas pleinement. Après un parcours prometteur en poules, l’équipe, sous la direction de Luis Aragonés, se heurte en huitièmes de finale à la France de Zidane, qui met fin à leurs espoirs et punit, surtout, leur arrogance, eux qui voulait envoyer « El magnifico » à la retraite. Encore une fois, la fusion des styles, cette fois entre la rigueur tactique du Real et la possession de balle du Barça, ne parvient pas à se traduire en succès. Il faudra attendre 2008 et 2010 pour que l’Espagne trouve enfin la formule gagnante, en s’inspirant fortement de la philosophie barcelonaise.

Brésil 1982-1986

Si le football, invention anglaise, est devenu au fil des années le futebol, c’est au style brésilien, libre, offensif et incomparable, qu’il le doit. Le Joga Bonito, installé par le Roi Pelé et ses innombrables disciples, et élevé au rang d’art de vivre par l’entraîneur Telê Santana. Au début des années 80, le guide de Palmeiras est intronisé sélectionneur du Brésil. Au programme, confiance en l’intelligence des joueurs, prime au collectif, dédoublement ailiers-latéraux, liberté de créer pour brigade d’artistes nommés Zico, Junior, Falcão, Edinho, Cerezo, Eder. À leur tête, un leader respecté et charismatique, Sócrates. Le Mundial espagnol commence en fanfare, un premier tour à l’allure de concerto : Soviétiques, Écossais et Néo-Zélandais en sortent tout retournés, un brin admiratifs. La poule deuxième tour qui est attribuée au Brésil est colossale ; deux adversaires de poids, Argentine et Italie. L’Argentine est battue, avec un Maradona frustré et expulsé, puis se présente l’Italie, moribonde en première phase. Mais sous l’impulsion de son buteur-phénix Paolo Rossi, les Azzurri dévoilent au monde les failles de ces artistes géniaux : leurs extrémités, le gardien et l’avant-centre. Waldir Perez, fébrile et limité, Serginho, lent et maladroit. La Seleção s’incline 3-2 et laisse l’Italie aller au bout.

Quatre ans plus tard, l’esprit de revanche habite toute la délégation brésilienne. Les stars sont toujours là, le gardien a changé (Carlos, pas un cador), le buteur aussi (Careca, un client). Muller et Josimar rajeunissent l’orchestre auriverde, irrésistible au premier tour et en ⅛ de finale. Mais comme Schubert et sa Symphonie Inachevée, Telê Santana ne trouvera pas les clés pour finaliser son chef-d’œuvre, vaincu par une grande équipe de France, en un duel de légende, dans le cadre incandescent du Jalisco de Guadalajara.

France 2022

Tenant du titre, l’Équipe de France de 2022 était à l’aube d’un doublé historique, une passe de deux rarissime en Coupe du monde. Mais la malédiction des champions a frappé, non sans un sentiment d’injustice teinté d’une frustration tenace. En finale face à l’Argentine, la France semble méconnaissable, dominée pendant 70 minutes. Le score est de 2-0 pour l’Albiceleste, et le rêve semble s’éloigner.

Mais c’est alors qu’intervient un Kylian Mbappé stratosphérique, inscrivant un doublé éclair qui ramène les Bleus à égalité. Puis un troisième but en prolongation, portant son total à un triplé en finale, un exploit rarement vu à ce niveau. Malheureusement, malgré ce sursaut héroïque et un match nul épique (3-3), la France s’incline aux tirs au but. Le sentiment d’une défaite amère, malgré le fait d’avoir été dominé si longtemps, laisse un goût inachevé. Quatre ans plus tard, l’envie d’en découdre est palpable. Revanche ou malédiction ? L’avenir des Bleus reste à écrire.

Portugal 2014-2022

La Coupe du monde et le Portugal de Cristiano Ronaldo, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué, d’un Graal jamais atteint pour l’un des plus grands joueurs de tous les temps. En 2014, au Brésil, tous les espoirs reposent sur lui, mais le parcours est douloureux. Blessé, diminué, « CR7 » ne parvient pas à hisser son équipe au-delà des phases de groupes. Malgré ses efforts et un but, le Portugal sort par la petite porte, loin des attentes. Le fardeau de la nation sur ses épaules semble trop lourd.

Cristiano Ronaldo en 2014.

Cristiano Ronaldo en 2014.

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Huit ans plus tard, en 2022 au Qatar, le scénario est différent mais l’issue tout aussi frustrante. Cristiano Ronaldo est en fin de carrière, relégué sur le banc de touche en phase finale, son statut de titulaire indiscutable vacillant. Les tensions sont palpables, son rôle est remis en question, et le rêve d’un dernier sacre mondial s’éloigne à mesure que l’équipe avance sans lui comme leader absolu. L’élimination en quart de finale face au Maroc, malgré une équipe jeune et talentueuse qui semblait avoir trouvé un nouvel élan, laisse un goût amer. Pour Ronaldo, c’est l’ultime occasion ratée de soulever le trophée qui manque à son palmarès. Une malédiction personnelle autant que collective, un chapitre inachevé dans la légende du champion.

Angleterre 1986-1990

L’Angleterre, berceau du football, entretient une relation complexe avec la Coupe du monde, faite de grandeur et de désillusions. Les éditions 1986 et 1990 en sont des exemples frappants, marquées par un destin tragique et l’ombre d’un génie argentin.

En 1986, au Mexique, la course des Three Lions, menés par Gary Lineker, bute sur l’Argentine de Diego Maradona en quart de finale. Ce match restera gravé dans les annales pour deux gestes, deux mythes. D’abord, « La Main de Dieu », où Maradona trompe le gardien Shilton d’une main restée impunie, ouvrant le score et le débat. Puis, quelques minutes plus tard, le « But du Siècle », un slalom époustouflant du même Maradona qui élimine toute l’équipe anglaise avant de marquer. Deux moments d’une injustice perçue, mais aussi d’un talent pur, qui scellent l’élimination de l’Angleterre et nourrissent un ressentiment tenace.

Quatre ans plus tard, en Italie 1990, l’Angleterre d’un Paul Gascoigne inspiré semble enfin conjurer le sort. Avec un jeu solide et une rage de vaincre retrouvée, les Anglais atteignent les demi-finales, un exploit pour une génération souvent moquée. Face à l’Allemagne de l’Ouest, la rencontre est âpre et tendue. Après un match nul (1-1) et des prolongations haletantes, le rêve anglais s’écroule aux tirs au but, un classique de leur histoire en Coupe du monde. La performance de 1990, bien que brillante, ne parvient pas à effacer l’amertume de 1986. L’Angleterre, encore une fois, est passée si près du Graal, laissant un sentiment d’inachèvement qui perdurera.

Italie 2002

L’Italie et la Coupe du monde, une histoire jalonnée de succès et de drames. Mais l’édition 2002, en Corée du Sud et au Japon, restera comme l’une des plus controversées, marquant le début d’une longue période de déceptions mondiales. La Squadra Azzurra, forte d’un effectif talentueux (Totti, Del Piero, Vieri, Maldini), et finaliste du dernier Euro, nourrissait de grandes ambitions. Après un premier tour laborieux, l’Italie affronte la Corée du Sud, pays co-organisateur, en huitièmes de finale.

Ce match est entré dans l’histoire comme un véritable « vol » arbitral. Des décisions scandaleuses se succèdent : un penalty inexistant accordé aux Coréens, un but italien refusé pour un hors-jeu plus que discutable, et surtout, l’expulsion de Francesco Totti pour une simulation imaginaire. L’arbitre équatorien Byron Moreno devient tristement célèbre, et l’Italie s’incline en prolongation sur un but en or. Un sentiment d’injustice criant, une élimination brutale qui laisse un goût amer et le soupçon d’une mainmise des organisateurs.

Toute la frustration italienne.

Toute la frustration italienne.

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Ce traumatisme de 2002, bien que suivi d’un sacre en 2006, semble avoir jeté une malédiction sur les Azzurri. Par la suite, l’Italie va enchaîner les Coupes du monde ratées : éliminée dès la phase de groupes en 2010 et 2014, et pire encore, non qualifiée pour les éditions 2018, 2022 et 2026. La splendeur du passé et le sacre de 2006 ne parviennent plus à masquer les difficultés persistantes, les échecs récurrents et une incapacité à retrouver la gloire mondiale, laissant les fans italiens dans l’attente d’une Renaissance.

France 2006

C’est l’histoire d’une renaissance inattendue, d’une équipe au bord du gouffre qui a tutoyé la gloire avant de basculer dans le drame. Le début de la compétition est poussif, marqué par des matchs nuls contre la Suisse et la Corée du Sud, et des joueurs critiqués, jugés vieillissants. L’inquiétude gagne la France entière.

C’est alors que se produit un déclic, une révolte interne. Raymond Domenech est mis sur la touche, et les joueurs, menés par leurs cadres, reprennent les rênes. Contre l’Espagne en huitièmes de finale, la France se transforme. Un parcours incroyable, le plus beau sans doute de son histoire, se dessine : l’Espagne est balayée, le Brésil de Ronaldinho est muselé, et le Portugal de Figo est vaincu en demi-finale. Zinedine Zidane, au sommet de son art, porte les Bleus, distribuant des caviars et inscrivant des buts magnifiques.

La finale face à l’Italie est une apothéose. Zidane ouvre le score sur penalty d’une panenka audacieuse. Mais l’histoire bascule dans la tragédie. À quelques minutes de la fin de la prolongation, Zidane craque d’un coup de tête sur Marco Materazzi. Expulsé sous les yeux du monde entier, la VAR avant l’heure, le magicien tire sa révérence sur un carton rouge. Le maudit n’a jamais été aussi personnalisé qu’en Zidane ce soir-là. La France s’incline aux tirs au but, laissant un goût amer et le souvenir d’un rêve brisé, celui d’une deuxième étoile qui semblait à portée de main.

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