Longtemps considéré inoffensif pour l’humain, un aigle harpie a attaqué une femme en Guyane pour la première fois
Une équipe menée par le médecin Loïc Epelboin, à Cayenne, a
décrit en avril 2025 dans Ecology and Evolution le premier cas
documenté d’attaque d’un grand rapace amazonien sur un adulte, en
Guyane française. Jusque-là, on pensait ces oiseaux incapables de
viser un humain hors de la défense du nid. L’aigle harpie peut
donc, dans certaines conditions, fondre sur une personne, comme l’a
découvert une touriste venue le photographier au cœur de la
jungle.
Une rencontre qui tourne mal au bord du fleuve
La scène s’est déroulée en octobre 2023, en pleine forêt de
Guyane française, à une trentaine de kilomètres de la première
ville, près du fleuve Kourou. Un groupe de onze touristes
accompagné d’un guide progressait dans la jungle quand l’un des
participants a repéré
le rapace, posé sur une branche à six mètres du sol. Une femme
de 39 ans s’est approchée pour le photographier.
L’oiseau a alors fondu sur elle et lui a lacéré l’arrière du
crâne de ses serres. Son compagnon a réussi à plaquer le rapace au
sol, le temps qu’elle se dégage et prenne la fuite. Les médecins
qui l’ont examinée ont reconnu, à la forme des plaies, la signature
d’un grand rapace. Elle n’a rejoint l’hôpital que sept heures plus
tard, un délai que détaille l’équipe dans Ecology and Evolution.
Ce qui rend l’aigle harpie si redoutable
Avec une envergure qui atteint 2,2 mètres, de quoi dépasser un
homme couché bras écartés, ce rapace compte parmi les plus
puissants du monde. Ses serres peuvent mesurer 12 centimètres, plus
longues qu’un doigt humain. Dans la
canopée amazonienne, il fond sur les singes et les paresseux
qu’il arrache aux branches, une proie de plusieurs kilos emportée
sans effort apparent.
Malgré cette puissance, l’aigle harpie passait pour inoffensif
envers l’homme. Un adulte n’entre pas dans son menu, bien trop
lourd pour ses serres. Près de certains nids, il tolère même des
observatoires où les touristes viennent l’admirer sans provoquer la
moindre réaction. C’est ce qui rend l’agression de Guyane si
déroutante, car la victime ne menaçait ni couvée ni territoire.
Un débat relancé, sans vainqueur
Pour Loïc Epelboin et ses collègues, ce cas ébranle une idée
reçue, celle d’un
géant des airs qui ignorerait totalement notre espèce.
Jusqu’ici, seuls quelques récits anecdotiques évoquaient de tels
assauts, sans preuve solide. L’analyse a d’ailleurs réuni médecins
guyanais et spécialistes de la conservation, du Suriname au Panama.
D’autres voix appellent toutefois à ne pas céder à la peur, tant
ces incidents restent isolés au regard des innombrables
observations paisibles.
Le biologiste Everton Miranda, qui suit ces aigles depuis 2016,
rappelle que de telles attaques restent extrêmement rares et
comparables à celles d’autres grands prédateurs. Le cas guyanais
éclaire surtout une vieille hypothèse, celle de la vie en groupe
comme protection, puisque la victime doit son salut à
l’intervention de son compagnon. Reste à recenser ces rencontres
exceptionnelles pour comprendre ce qui, un jour, pousse le chasseur
de la canopée à s’en prendre à l’homme plutôt qu’à fuir.
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