Lutte contre la pêche clandestine en Guyane : en immersion avec la marine nationale

Branle-bas de combat à bord du patrouilleur Antilles-Guyane de la marine nationale : l’unité d’intervention embarque dans deux bateaux rapides, l’un pour l’assaut, l’autre pour l’appui et la protection du premier. Le radar du patrouilleur a repéré six navires suspects au large d’Iracoubo, repérage confirmé à la jumelle : trois de ces bateaux ont été ciblés pour l’intervention.

« J’agis en tant que commandant d’un bâtiment de l’État pour appliquer le droit international en mer, en l’occurrence dans les eaux territoriales françaises. Et mes équipes interviennent dans ce cadre-là. Ils sont armés pour leur sécurité et aussi pour parer toute éventualité. »

Capitaine de corvette Pierre-Yves WAQUET, commandant du Patrouilleur Antilles-Guyane

Suspect en vue : un bateau sans immatriculation, ni pavillon. Deux militaires montent à bord. Le premier porte un pistolet à balles en caoutchouc, pas mortelles, mais qui peuvent faire très mal. « Marine française », crie-t-il à l’attention des trois marins-pêcheurs assis à l’avant du bateau, le capitaine se tenant à l’arrière, dans le poste de pilotage.

Venus du Guyana, les marins pêcheurs vivent à bord dans un confort sommaire, avec une petite pièce commune sous le pont avant pour dormir. Après une fouille, les militaires leur ordonnent de remonter les filets. Les poissons sont jetés à la mer. Deux bateaux illégaux ont été interceptés, et un troisième tente de fuir vers la côte. Il est poursuivi par le patrouilleur.

Sur la passerelle, le lieu de commandement du navire, un sous-officier lit un message en anglais par radio HF à destination du bateau de pêche, pour demander au capitaine de s’arrêter. Suivent ensuite de longs bruits de sirène pour l’inciter à s’exécuter.

« La réaction habituelle sur les pêcheurs illégaux surinamais et guyaniens, c’est de foncer vers les petits fonds pour nous gêner et empêcher le contrôle. »

Capitaine de corvette Pierre-Yves WAQUET, commandant du Patrouilleur Antilles-Guyane

Sous la pression, le fuyard arrête son moteur. Après des heures passées à relever leurs filets, chaque navire illégal vient bord à bord avec le patrouilleur pour livrer son matériel de pêche saisi. Tout en restant au moteur, le capitaine de ce bateau dit être en Guyane depuis deux semaines.

« On doit travailler et on ne peut pas le faire au Guyana et au Suriname. Il n’y a plus de poissons là-bas. Ici, on se cache dans la mangrove et on attend. »

Capitaine d’un bateau de pêche du Guyana

Patiemment, l’équipage du patrouilleur et les pêcheurs clandestins montent à bord vingt-quatre kilomètres de filets. Un travail de plusieurs heures, effectué à la main, ou par une grue de bord, qui soulève des gros sacs en plastique remplis de filets.

L’un des bateaux avait un filet de douze kilomètres, cinq fois la longueur maximale autorisée en Guyane. Également saisis, trois vire-filets, quatre tonnes de poissons, trente kilos de vessies natatoires d’Acoupa – vendues très cher sur le marché asiatique et des ailerons de requins.

« Sachant qu’ils n’avaient aucun requin dans la cale, je suppose qu’ils ont pris les requins juste pour leurs ailerons et puis les ont balancés à l’eau. »

Premier-maitre Tango

Les pêcheurs illégaux repartent vers le Guyana. Il leur faudra quatre jours de navigation, avec un seul moteur, le deuxième ayant été saisi. Ils reviendront peut-être dans les eaux poisonneuses de Guyane française, à leurs risques et périls.

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