Lutte contre les trafics, menace sur le budget, terres autochtones : les annonces du Ministre David Amiel

La Guyane est l’unique territoire français en Amérique du Sud, frontalier du Brésil et du Suriname, que vous avez sûrement aperçu ce matin depuis les côtes guyanaises. C’est l’un des principaux points de passage du trafic qui prend naissance justement en face. Alors, comment sécuriser une frontière qui n’existe pas ?

La Guyane est en première ligne. J’ai eu l’occasion d’annoncer, comme ministre chargé des douanes, un plan historique pour la douane française sur l’ensemble du territoire national : à la fois avec des moyens technologiques, pour multiplier par deux dès 2027,  donc dès l’année prochaine, le nombre d’images contrôlées par scanner, et avec des recrutements massifs, avec 545 emplois d’ici à 2030, dont 200 dès 2027.

« J’ai voulu que la première étape de ce plan national, la première étape de ce réarmement historique de la douane française, se fasse ici, en Guyane. Parce que oui, en Guyane, à cause de la longueur des frontières que vous avez évoquées, 500 kilomètres avec le Suriname, évidemment la frontière avec le Brésil également, on est en première ligne. En première ligne dans la lutte contre le trafic de stupéfiants : 466 kilos de cocaïne ont été saisis en 2025 par la douane en Guyane. Mais on est aussi en première ligne contre les importations illégales qui déstabilisent le tissu économique guyanais. »

David Amiel

Vous parlez beaucoup de stupéfiants, sachant que la Guyane présente d’autres spécificités : la lutte contre les factions brésiliennes notamment, les trafics d’êtres humains, d’animaux. Qu’est-ce que vous comptez faire à ce niveau ?

Nous avons mené l’opération « 100 % contrôle » à l’aéroport. Maintenant, il faut aller au-delà de l’aéroport. Je veux donc un « 100 % contrôle » sur le port de Cayenne. Dès l’année prochaine, nous aurons un scanner lourd qui permettra de le réaliser. Et puis, quand les trafiquants bougent, il faut que nous bougions aussi. C’est la raison pour laquelle j’étais aujourd’hui à la frontière avec le Suriname, à Saint-Laurent-du-Maroni. Continuer à renforcer l’opération Atipa est évidemment indispensable. Depuis 18 mois, nous avons réalisé des progrès pour reprendre la main sur les flux sur ce fleuve. Avec l’embarcadère que vous avez décrit, il faut continuer à aller plus loin. Quinze douaniers supplémentaires arriveront en Guyane l’année prochaine.

 

Est-ce que ces douaniers supplémentaires seront au fait de nos difficultés spécifiques en Guyane ? Qu’est-ce que vous allez mettre en place ?

Oui, bien sûr. Ils seront formés aux difficultés spécifiques guyanaises. Ils seront accompagnés, épaulés. Et j’ajoute à cela la coopération internationale. Nous aurons bientôt l’entrée en vigueur du traité Mercosur : il faut aussi nous y préparer. Je renforcerai également la coopération douanière avec le Brésil, à la frontière et sur l’Oyapock.

Saint-Laurent subit une forte pression démographique, vous avez pu le voir de vos yeux. Les maires se plaignent, plus globalement en Guyane, des coupes budgétaires. Est-ce que vous pouvez entendre que la solidarité nationale trouve ici ses limites ?

Il faut continuer à investir. L’année prochaine, chacun connaît le contexte budgétaire très difficile dans lequel est plongé notre pays. Et pourtant, nous faisons des choix forts. En 2027, le budget consacré aux Outre-mer augmentera de 112 millions d’euros, alors même que le budget de la plupart des ministères baissera. Je crois qu’il est extrêmement important de le dire, et cela montre aussi l’engagement qui doit être le nôtre. C’est la raison pour laquelle je le dis très solennellement, avec un peu de gravité : je me bats pour que nous ayons un budget. Parce que, vous le savez, il n’y a pas aujourd’hui de majorité à l’Assemblée nationale. Et il y a un risque qu’il n’y ait pas de budget pour l’année 2027, et que nous passions à une loi spéciale, c’est-à-dire à des services votés, à des services d’urgence, pendant près de dix mois.(…) S’il n’y a pas de budget l’année prochaine, la LBU ne pourra pas être engagée. C’est pour cela que je me bats pour que nous ayons un budget, pour que nous ayons une LBU,  la ligne budgétaire unique, qui permet de soutenir la construction de logements sociaux. Ma collègue Naïma Moutchou a fait du soutien à la construction de logements sociaux une priorité absolue, et c’est particulièrement vrai dans un territoire comme la Guyane.

 

Vous êtes concerné par beaucoup de sujets. Vous êtes allé aujourd’hui à la rencontre des agents de la DRFIP. Vous vous présentez comme un ministre qui n’est pas là seulement pour taxer. Mais que pouvez-vous répondre aux entrepreneurs guyanais et ultramarins qui réclament des dispositifs locaux adaptés à l’Outre-mer ?

Il existe déjà des dispositifs locaux importants. Je pense évidemment aux aides à la défiscalisation : 150 millions d’euros pour la Guyane. Nous avons un taux de prélèvements obligatoires, c’est-à-dire le niveau des impôts et des taxes, très inférieur en Guyane à ce qu’il est dans le reste du pays. Il est de l’ordre de 26 à 27 % du produit intérieur brut. Mais évidemment, compte tenu des difficultés spécifiques de la Guyane, cela doit être préservé. C’est la raison pour laquelle, dans le prochain budget, il n’y aura pas, par exemple, d’économies sur le dispositif Lodemon, qui bénéficie à énormément d’entreprises ici en Guyane.

 

Je m’adresse maintenant au ministre qui a la compétence de la propriété de l’État. Les accords de Guyane prévoyaient deux rétrocessions : celle aux collectivités et celle aux autochtones. Où en est ce dossier aujourd’hui ?

C’est un dossier que je suis d’extrêmement près, parce qu’il en va de la parole de l’État, et je sais à quel point il est attendu par de très nombreux Guyanais. En ce qui concerne les transferts de propriétés foncières aux collectivités locales, le chantier progresse rapidement. Sur les 250 000 hectares prévus par les accords de Guyane, plus de la moitié, soit plus de 150 000 hectares, sont d’ores et déjà engagés. Demain (ce mercredi, NDLR), à Macouria, je déciderai d’un transfert supplémentaire de 1 100 hectares.

Et puis, en ce qui concerne les 400 000 hectares destinés aux populations amérindiennes, j’ai encore travaillé aujourd’hui avec le Grand Conseil Coutumier pour continuer à avancer sur le cadre juridique, car là aussi, il faut évidemment progresser. Nous continuerons à le faire, comme nous l’avons fait pour les terres agricoles avec la Safer : 20 000 hectares ont d’ores et déjà été identifiés. De la même manière, pour les collectivités locales, plus de la moitié des transferts sont enclenchés.

 

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