« Marie Madeleine », un film radical de Géssica Généus sur les contradictions qui secouent Haïti, présenté à Cannes – franceinfo
Le film de la réalisatrice et actrice haïtienne est un brûlot politique et affiche une grande ambition artistique.
Publié
Temps de lecture : 2min
Dieu est partout : sur les bus, les devantures des magasins, les murs… À Jacmel, en Haïti, il est dans le verbe, les esprits et les églises. Quand Marie Madeleine a besoin de secours, les cœurs se referment. Marie Madeleine est prostituée. Seul Joseph, jeune évangéliste, lui tend la main. Une relation se noue entre les deux inconnus que tout oppose. Marie Madeleine habite la nuit. Le film de Géssica Généus Marie Madeleine est présenté au Festival de Cannes dans la section Cannes Première.
Joseph a besoin de mettre un appareil photo entre lui et le réel. Frère Joseph se protège des autres et surtout de lui-même. En tenant ses désirs à distance, il vit par procuration ce que sa foi lui interdit. Parce que Joseph doute, ses certitudes vacillent au contact de Marie Madeline. En fréquentant les personnes qui vivent la nuit, Joseph s’ouvre à un nouveau monde.
Géssica Généus, qui incarne Marie Madeleine, filme les corps au plus près, multiplie les gros plans. Elle désacralise les corps et banalise les désirs. La cinéaste montre aussi les contradictions qui traversent son pays, en omettant ni le pouvoir démuni, ni l’essor des communautés religieuses. Comment survivre dans un pays rongé par la pauvreté et la corruption ? Démunies, les prostituées sont contraintes aux rapports non protégés parce que les clients refusent d’utiliser les préservatifs.
Les exclus ont leurs exclu(e)s. Les prostituées, boucs émissaires désignés, font face aux discours religieux rigoristes et aux jugements moralistes. Elles masquent l’impuissance des autorités. La cinéaste installe un bordel en face de l’église. La maquerelle invoque le vaudou et le pasteur la Bible. Deux univers qui n’arrivent pas à communiquer. La frontière entre le bien et le mal est confuse.
/2026/05/16/6a088b6f58a67654041775.jpg)
Dans une narration fragmentée, Géssica Généus filme sans fard la banalité du mal. Certaines scènes sont insoutenables, comme celles suivant le procès d’un jeune homme accusé d’être un loup-garou. Cette radicalité n’est pas une posture, elle apporte, au contraire, une grande authenticité à cette fiction.
L’actrice et réalisatrice haïtienne, sélectionnée à un Certain regard en 2021 pour Freda, signe un film libre et sans concession.
Langue : français
Durée : 1h44
Genre : Drame
Scénario et réalisation : Géssica Généus
Avec : Géssica Généus, Béonard Monteau, Edouard Baptiste
Sortie en salle : non encore définie
Distribution : Pyramide
Synopsis : À Jacmel, en Haïti, la mer, les églises et les esprits façonnent la vie. Marie Madeleine est une femme libre. Elle vit de la prostitution et traverse les nuits sans se soumettre aux règles de ceux qui sauvent les âmes. Sa route croise celle de Joseph, un jeune évangéliste. Une relation se noue entre ces deux êtres que tout oppose. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé.
Crédit: Lien source