Marine Ferrari, ministre des Sports : « Face aux noyades, un changement de paradigme est nécessaire sur la natation »

Depuis le début de l’épisode caniculaire inédit qui frappe la France, le nombre de noyades grimpe à une allure dramatique. Mardi 23 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé au moins 40 morts par noyade depuis le 18 juin. « Un triste fléau », a déploré Sébastien Lecornu. Ce triste bilan devrait s’alourdir dans les prochains jours. Axel Lamotte, porte-parole de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs, demande « un plan d’urgence de formation de maîtres-nageurs et un plan d’urgence d’apprentissage gratuit de la nage pour tous et partout ». Marina Ferrari, ministre des Sports et de la Jeunesse répond à l’Opinion.

Lors de la cellule interministérielle de crise consacrée à la canicule, Sébastien Lecornu a indiqué qu’au moins 40 personnes avaient péri par noyade depuis le 18 juin. Disposez-vous d’un bilan actualisé ?

Un bilan actualisé sera consolidé à l’issue du week-end, période où l’on observe malheureusement le plus d’accidents. Ce que nous savons déjà, c’est que plus d’une quarantaine de personnes ont perdu la vie depuis le 18 juin.

Beaucoup des décès se sont produits dans des cours d’eau, canaux ou plans d’eau non surveillés, parfois même dans des zones où la baignade est interdite. Cela révèle-t-il, selon vous, un déficit d’offre de baignade sécurisée ?

C’est un sujet prioritaire. Les zones de baignade surveillées relèvent des collectivités. Beaucoup d’entre elles ont fait des efforts considérables : l’ouverture de sites de baignade surveillée et de bases de loisirs a ainsi pu être avancée. Sur le long terme, nous travaillons à accompagner les collectivités dans la rénovation de leurs équipements aquatiques. 321 projets de construction et de rénovation de piscines municipales ont été soutenus par l’Agence nationale du sport depuis 2019, pour un montant de 127 millions d’euros.


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La Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs affirme qu’il lui manque au moins 5 000 professionnels et considère que les pouvoirs publics n’ont pas suffisamment pris en compte leurs alertes ces dernières années. Que leur répondez-vous ?

C’est une réalité que nous prenons au sérieux. Les États généraux de l’encadrement et de la surveillance dans la filière aquatique de 2023 ont permis d’identifier les pistes possibles pour résorber la pénurie de maîtres-nageurs sauveteurs en France. Il y a un travail structurel en cours pour renforcer l’attractivité de ces métiers. La refonte en cours du diplôme d’éducateur sportif spécialisé en activités aquatiques, le BPJEPS AAN, constituera également une avancée pour la filière. Ces évolutions permettront de mieux articuler les parcours de formation, de renforcer l’autonomie des professionnels et de garantir un haut niveau de qualification pour la sécurité des pratiquants. Par ailleurs, la rénovation du brevet de maître-nageur sauveteur, le BNSSA, en cours, permettra de rendre les titulaires plus autonomes dans la surveillance des baignades dans l’année qui arrive.


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Près d’un tiers des élèves entrants en sixième ne maîtriseraient pas suffisamment la natation. Et quand ils savent nager, ils l’ont souvent appris exclusivement en piscine, dans des conditions très différentes de celles qu’ils rencontrent en milieu naturel, sans surveillance. Le gouvernement envisage-t-il de renforcer l’apprentissage de la natation et de la sécurité aquatique ?

L’apprentissage de la natation constitue un savoir fondamental qui permet aux enfants et aux jeunes d’évoluer en sécurité dans l’eau et de prévenir les risques de noyade. Deux dispositifs complémentaires à l’apprentissage de la natation sur les temps scolaires structurent notre action. Sont déployés « Aisance Aquatique », qui s’adresse aux enfants de 4 à 6 ans et leur offre une première expérience positive et sécurisante de l’eau, et « Savoir Nager », qui vise l’acquisition des savoirs de base. Depuis 2021, plus de 150 000 jeunes ont ainsi bénéficié du dispositif « Aisance Aquatique », et près de 5 000 actions « j’apprends à nager » ont été financièrement soutenues par l’Etat en complément notamment des apprentissages.


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Nous savons depuis plusieurs années que les épisodes de canicule favorisent les noyades. Avec le recul, pensez-vous qu’un travail d’anticipation plus approfondi aurait pu être mené avant cet été en matière de prévention des noyades ?

Nous avons justement tiré les leçons des années précédentes. Cette année, nous avons avancé d’un mois le lancement de notre campagne de prévention, au début du mois de juin. Nous nous adaptons aussi aux évolutions des pratiques : nous avons noué un nouveau partenariat avec Voies navigables de France pour cibler spécifiquement les jeunes qui se baignent dans des zones fluviales non autorisées, et les sensibiliser aux dangers de ces pratiques.

Le changement climatique multiplie les vagues de chaleur et pousse davantage de personnes à rechercher de la fraîcheur dans les cours d’eau, lacs ou canaux. Redoutez-vous que les noyades deviennent, dans les années à venir, un enjeu de santé publique et de sécurité civile encore plus prégnant ?

La lutte contre les noyades est déjà un enjeu de santé publique. Et le changement climatique est une réalité dont nous sommes pleinement saisis. La multiplication des épisodes de chaleur va inévitablement pousser davantage de personnes vers les points d’eau, y compris dans des endroits non sécurisés. C’est pourquoi un changement de paradigme est nécessaire : la natation doit être bien plus intégrée dans notre culture collective, dès le plus jeune âge. Pour autant, il est capital que chacun mesure les risques liés à la baignade dans des lieux non adaptés et ajuste ses pratiques en conséquence.

Au-delà des noyades, plusieurs décès, malaises et hospitalisations ont aussi été signalés ces derniers jours lors de pratiques sportives en période de forte chaleur. Préconisez-vous de suspendre ou d’adapter certaines activités sportives jusqu’à la fin de cet épisode ?

J’ai d’ores et déjà appelé les organisateurs d’événements sportifs à aménager, voire annuler leurs compétitions dans ces conditions. Par ailleurs, 29 arrêtés préfectoraux ont été pris pour interdire des événements sportifs. Concernant les événements prévus le week-end prochain, nous accompagnons les fédérations au cas par cas, en fonction de l’évolution de la situation climatique.

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