Niger suspend des médias français : nouveau choc avec Paris · Daily Beirut

Une dizaine de médias français ont vu leur activité suspendue au Niger, ce vendredi, par les autorités militaires au pouvoir. La junte justifie cette mesure par le fait que ces organes de presse présenteraient un « risque grave pour l’ordre public ». Cette décision s’inscrit dans une série d’actions similaires entreprises par le régime depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2023, incluant déjà la suspension de plusieurs médias occidentaux.

Pour des experts interrogés par Al-Ain Al-Akhbariya, cette décision dépasse le simple cadre médiatique. Elle porte des dimensions politiques et stratégiques liées à la recomposition des rapports de force dans la région du Sahel. Ils soulignent que cette mesure reflète une nouvelle escalade dans les relations entre Niamey et Paris, s’inscrivant dans un mouvement plus large de recul de l’influence française au Sahel, de montée du discours souverainiste des régimes militaires et de recherche de partenaires internationaux alternatifs.

Le chercheur nigérien Mahi Amane, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université Abdou Moumouni de Niamey et spécialiste des questions sahéliennes, a déclaré à Al-Ain Al-Akhbariya que cette interdiction vise à « recalibrer la relation avec les médias étrangers après des années d’influence déséquilibrée ». Selon lui, le Niger traverse une phase de reconstruction politique et institutionnelle, une situation qu’il juge « naturelle dans sa quête de protection de son espace médiatique contre des influences extérieures qui pourraient affecter la stabilité intérieure ou orienter l’opinion publique de manière non objective ».

M. Amane a ajouté que les médias étrangers, en particulier français, ont joué ces dernières années un rôle qui « dépasse la couverture informationnelle pour atteindre une influence politique indirecte », ce qui a poussé les autorités actuelles à adopter des mesures réglementaires plus strictes.

De son côté, le chercheur français Antoine Glasère, spécialiste des transformations politiques en Afrique à l’Institut d’études internationales de Paris, estime que la décision nigérienne doit être comprise dans le cadre d’une « redéfinition par l’État de ses relations avec les anciennes puissances coloniales », au premier rang desquelles la France. Il a expliqué à Al-Ain Al-Akhbariya que cette orientation ne constitue pas une rupture médiatique, mais plutôt une « tentative de rééquilibrer le paysage médiatique interne ». Il a noté que de nombreux pays du Sahel commencent à adopter le concept de « souveraineté médiatique » comme partie intégrante de leur souveraineté politique.

M. Glasère a ajouté que les autorités nigériennes estiment que certaines couvertures médiatiques étrangères « ne reflètent pas toujours les complexités de la réalité locale, mais peuvent présenter une image qui affecte la stabilité politique, ce qui rend le contrôle de ce domaine un choix que l’État juge nécessaire dans cette phase de transition ». Il considère que cette décision s’inscrit dans un processus plus large de refonte des relations entre l’État et les médias étrangers, où les autorités cherchent à renforcer le concept de souveraineté nationale, même si cela passe par des mesures qui pourraient être qualifiées de « controversées sur le plan international ».

Une liste de médias visés et un contexte diplomatique changeant

Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a participé à une conférence de presse à Moscou le 3 avril 2025, dans un contexte de mutations diplomatiques indiquant une ouverture du Niger vers de nouveaux partenaires.

Un communiqué de l’Observatoire national de la communication précise que la suspension concerne les médias qui « diffusent de manière répétée un contenu susceptible de menacer gravement l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de l’État ». La liste des médias concernés comprend : France 2, Radio France Internationale (RFI), l’Agence France-Presse (AFP), TV5 Monde, TV1 Info, le magazine Jeune Afrique, Mediapart, ainsi que d’autres médias comme France Afrique Media et LSI Africa. Le communiqué précise que cette interdiction est en vigueur sur l’ensemble du territoire national.

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