« Notre mode de vie est menacé » : les voyageurs de Seine-et-Marne se mobilisent contre la loi Ripost
Julia Gualtieri
Publié le
« Une loi contestée mérite un vrai débat », « Ensemble pour nos droits », voilà ce qu’on pouvait lire sur les panneaux brandis par la quarantaine de voyageurs réunis lundi 6 juillet 2026 aux Invalides, à Paris. À l’initiative du Seine-et-marnais Antoine Nil Sauser, fondateur de l’association représentative des gens dits du voyage (ARGV), épaulé par l’association lilloise Da So Vas, ce rassemblement pacifique visait à protester contre la loi Ripost, débattue en ce moment à l’Assemblée nationale. Après son passage au Sénat, plusieurs mesures répressives y ont été ajoutées contre les installations illicites.
Qui ne respecte pas la loi ?
« Notre mode de vie est déjà menacé, ces mesures ne vont faire que créer davantage de tensions et durcir encore une vie assez dur », défend Antoine Nil Sauser. À l’issue du rassemblement où se sont succédé plusieurs prises de parole, il se dit très satisfait : « Tout s’est déroulé dans le calme ». Mais malgré le calme, la colère gronde.
Ce qui les indigne : la volonté continue de sanctionner les gens du voyage alors que les élus eux-mêmes ne respectent pas la loi Besson, qui leur demande pourtant de créer des aires d’accueil. « En ce moment, on se retrouve bloqués sur la route en pleine canicule parce que les villes ne respectent pas la loi. On nous présente toujours comme des voleurs, des brigands… C’est de l’anti-tsiganisme pur et on oublie qu’il y a des familles avec des enfants et des personnes fragiles », poursuit le fondateur de l’ARGV.
Il rappelle qu’en France, seulement 11 départements respectent la loi Besson et que parmi eux, les aires sont dans « 80 % des cas » sur des sites pollués. « Les voyageurs ont 15 ans d’espérance de vie en moins. »
Alourdir les sanctions
Lors de la manifestation, cinq députés LFI de différentes régions étaient présents en soutien, dont la députée de la 7e circonscription de Seine-et-Marne, Ersilia Soudais. « On retrouve là les mesures les plus répressives que le député Horizons Albertini, co-rapporteur du projet de loi, n’a pas réussi à faire passer en avril », tance-t-elle.
La loi prévoit ainsi un alourdissement substantiel du montant des AFD (amende forfaitaire délictuelle) et des peines encourues pour occupation illicite en réunion d’un terrain en cas de circonstances aggravantes. « Il est prévu de multiplier les amendes par 10, en passant de 7 500 € à 75 000 €, et les peines de prison par 5, en passant d’un an à 5 ans », dénonce-t-elle.
On reste dans le tout répressif alrs même que les prisons sont surchargées.
De même, le projet souhaite réduire les délais d’évacuation de 48 à 24 h et faire des branchements non autorisés à l’eau ou l’électricité des « atteintes à la sécurité ou à la salubrité publiques ».
« Nous aussi, on veut trouver des solutions »
« Le problème fondamental, c’est que cette loi ne s’attaque pas aux causes mais aux conséquences. C’est en complètement démago parce qu’on va multiplier les procédures administratives et les forces de l’ordre pour rien : il n’y a pas d’aires d’accueil, les voyageurs iront juste ailleurs », s’agace-t-elle. Au-delà de LFI, d’autres acteurs publics condamnent certaines de ces mesures, comme la défenseure des droits.
« Ils pensaient peut-être qu’on ne verrait pas ces mesures, qu’on ne serait pas présents à cette période de l’année où les groupes sont en déplacement. Mais on a vu. Nos représentants sont malgré tout disponibles partout en France pour échanger avec les élus. Nous aussi, on veut trouver des solutions », conclut Antoine Nil Sauser qui prévient néanmoins : si la loi passe, les voyageurs envisagent des mobilisations d’ampleur qui pourraient faire nettement plus de bruit.
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