« On n’est pas suffisamment protégés » : le Grand Conseil Coutumier réclame un vrai pouvoir de décision sur le foncier et l’orpaillage illégal.
Pour Sylvio Van Der Pijl, la Journée internationale des peuples autochtones ne se résume pas à une célébration. Elle marque l’existence des six nations amérindiennes de Guyane et la vitalité de leur culture face à la modernité. Elle reste aussi un temps de revendication : rappeler à l’État que les communautés, tout en étant guyanaises, ont leurs spécificités et leur modèle, qu’elles entendent préserver.
Interrogé sur l’ouverture des journées organisées à Saint-Laurent-du-Maroni et dans les villages, le président du Grand Conseil Coutumier des populations amérindiennes et bushinenge (GCCPAB) détaille les dossiers qui restent d’actualité.
Le foncier, dossier prioritaire
La question des terres promises aux communautés dans le cadre de l’Accord de Guyane demeure la priorité. Lors de la première mandature, un accord politique avec la Collectivité territoriale (CTG) et l’État avait permis d’engager la réflexion sur un établissement public chargé de les gérer. Le processus s’est ensuite interrompu.
La deuxième mandature a repris le dossier. Toutes les communautés, y compris les Kali’na, ont été consultées, sur le littoral comme dans les écarts, afin de recenser leurs besoins. Objectif : finaliser en septembre une cartographie des zones identifiées par chacune des six nations.
Cette carte doit servir de base au dialogue avec la CTG, les mairies et la Safer, aussi en attente de foncier. Une réunion doit la présenter et repérer d’éventuels chevauchements. « Même si l’établissement n’est pas encore mis en place… pour moi, pour nous, c’est une avancée », estime le président, qui rappelle la fragilité des régimes fonciers actuels. « Si l’État veut, l’État le fait. On n’est pas suffisamment protégés. »
Consultation, consentement et pouvoir de décision
Sur les grands projets touchant les territoires (aménagement, énergie, activité minière), la loi impose leur passage devant le Grand Conseil Coutumier. Des porteurs de projets consultent l’instance, mais les mairies et la CTG ne le font pas encore systématiquement, selon lui. Le cas de Prospérité est cité comme cas d’école des défaillances et de la nécessité de protocoles de consentement propres à chaque communauté.
En toile de fond, l’évolution institutionnelle de la Guyane. Dans les discussions sur la future collectivité, les communautés réclament davantage qu’un rôle consultatif. Le Sénat coutumier proposé ne les satisfait pas : « c’est juste le nom qui change », tranche le président, qui réclame « un outil beaucoup plus décisionnel ». Le Grand Conseil demande à être associé à chaque réunion de travail sur le sujet.
Territoires isolés, orpaillage et jeunesse
Dans l’intérieur, tout est prioritaire, insiste-t-il : santé, conditions de vie, sécurité. L’insécurité liée aux orpailleurs illégaux empêche des activités comme la chasse et fragilise des communautés déjà exposées, à l’image des Wayana.
Sur l’orpaillage illégal et la pollution au mercure, le Grand Conseil juge les moyens de l’État insuffisants. « C’est limité, c’est pas assez », observe le président, alors que la France reste, rappelle-t-il, une des grandes puissances mondiales. Il pointe aussi l’absence de coopération efficace avec le Suriname et le Brésil, d’où viennent la plupart des orpailleurs.
La transmission des langues progresse de façon inégale. Les Kali’na l’enseignent déjà à l’école, quand les autres nations, dont les Arawaks, cherchent à structurer leurs ateliers. Pour Sylvio Van Der Pijl, cette responsabilité incombe d’abord aux communautés elles-mêmes. Il évoque enfin le mal-être des jeunes et les suicides qui persistent dans certaines communautés, rappelant qu’un rapport parlementaire avait formulé 37 propositions, très peu suivies d’effet.
À l’approche de la réunion prévue avec la CTG, la Safer et les maires, le président adresse un message aux pouvoirs publics. « Nous sommes tous Guyanais », rappelle-t-il, en demandant que les communautés amérindiennes soient davantage écoutées.
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