Lundi (13 juillet), 11 hommes, trentenaires pour la plupart, ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre à des peines de prison allant de 18 mois à 5 ans avec mandat de dépôt pour leur participation au cambriolage des locaux des gardes-côtes de la Douane et de la gendarmerie maritime dans la nuit du 19 au 20 novembre au Carénage, à Pointe-à-Pitre. Un 12ème homme, mineur au moment des faits, doit être jugé ultérieurement par le tribunal pour enfants. « Après les Grands Frères et l’attaque de la gendarmerie du Lamentin, c’était le dernier gros dossier en lien avec les émeutes urbaines de novembre et décembre 2021 », rappelle le parquet de Pointe-à-Pitre.
Dissimulés derrière des masques ou des vêtements à capuche, les pillards avaient visiblement préparé leur opération. Des barrages enflammés avaient été disposés en début de soirée de manière à boucler le quartier du Carénage et à empêcher toute intervention des forces de l’ordre. Équipés de meuleuses, de disqueuses, de barres à mine et de masses, plusieurs hommes avaient d’abord dérobé un chariot élévateur dans un chantier naval voisin peu après 21 heures avant de s’attaquer aux locaux de la Douane et de la gendarmerie maritime.
Les enregistrements des caméras de surveillance et les vidéos circulant sur les réseaux sociaux, mais également retrouvées dans les téléphones cellulaires des mis en cause, ont permis aux enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie d’établir une chronologie du déroulement des faits.
Le portail en fer est dégondé à l’aide du chariot élévateur. Une fois à l’intérieur de la base, les pillards incendient un véhicule de type Kangoo appartenant à la brigade des gardes-côtes. Ils tentent ensuite de découper à la disqueuse le volet roulant donnant accès au rez-de-chaussée d’un atelier, puis forcent le volet en le poussant. Une fois à l’intérieur, ils volent le matériel, principalement des outils, puis ils pénètrent à l’étage du bâtiment en fracturant les fenêtres. Là, ils fracturent un coffre scellé dans le mur puis emportent un second coffre, non scellé. Sur le quai, ils tentent de pénétrer dans la vedette de surveillance des Douanes, sans succès.
Le butin est impressionnant. Un canon MAG 58 et 792 cartouches de calibre 7,62 ; 6 pistolets Sig Sauer 9 mm et 2 900 munitions de même calibre. Un fusil à pompe de calibre 12 et 151 cartouches. Divers équipements tels que des gilets pare-balles, des menottes et des matraques télescopiques sont également dérobés. Le partage du butin donne lieu à des libations à grand renfort de bières et de tirs en l’air. Certains pillards revêtent même les gilets pare-balles.
Mais le bilan aurait pu être encore plus lourd. Prévenu quelques heures plus tôt par un renseignement, le commandant de la gendarmerie maritime avait pris la précaution de sécuriser l’armement de son unité au camp Dugommier, à La Jaille.
Avant de quitter les lieux vers 2 heures du matin, les pillards vident le contenu d’extincteurs et répandent de l’huile moteur afin d’effacer leurs traces. Des procédés qui n’ont pas empêché les enquêteurs de découvrir plusieurs ADN identifiables sur des goulots de bouteilles de bière laissées dans les bureaux ravagés et sur un bandana trouvé devant le ponton du navire des Douanes. Huit premiers suspects sont identifiés, « des grands » connus dans le quartier du Carénage sous les patronymes de Toupiti, Taliban, Tête Molle, Shatta et Martinique. Une première vague d’interpellations est réalisée le 9 décembre 2021, puis une seconde le 2 février 2022.
Interrogés par les enquêteurs puis confrontés collectivement ensuite par le juge d’instruction, les 13 mis en cause vont modifier à plusieurs reprises leurs déclarations. Certains vont dans un premier temps reconnaître partiellement les faits, identifier les participants, pour finir par se rétracter et nier jusqu’à leur présence sur les lieux, malgré le bornage de leur téléphone.
Seules 3 armes de poing et une partie des munitions ont été retrouvées par la suite. L’essentiel du butin, et notamment les armes longues, aurait été transféré vers la Dominique deux jours après les faits, selon les éléments qui apparaissent dans la procédure d’enquête.
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