Pâquerette: La vie de cette icône de mode décédée en Suisse dévoilée

Au fil d’archives, d’articles de presse et d’images, Nicolas Roumiantzoff revient sur la vie de sa mère, «Pâquerette», disparue à Lausanne, à l’âge de 90 ans.image: avec l’aimable autorisation de Nicolas Roumiantzoff

Après avoir consacré un premier ouvrage à la vie de son père, l’avocat franco-suisse Nicolas Roumiantzoff livre un récit poignant sur celle de sa mère, «Pâquerette», disparue en 2008 après des années à avoir fait trembler le personnel du Montreux Palace. Retour sur la folle trajectoire d’une des mannequins les plus influentes de la Libération.

21.06.2026, 06:1021.06.2026, 06:10

Marine Brunner

Pour comprendre Pâquerette, il suffit d’observer son fils pendant cinq minutes, montre à gousset en main. A 70 ans, Nicolas Roumiantzoff (junior) est une personnalité comme il s’en fait trop peu de nos jours.

Aussi haut en couleur que boute-en-train, élégant, bavard, bon vivant, jamais avare d’une anecdote ou d’une boutade. Ce vendredi midi de juin, alors qu’il accueille proches, amis, famille et membres de la presse pour présenter son dernier ouvrage, il virevolte sur la terrasse du Petit Palais de Montreux, comme échappé d’un autre temps.

Nicolas Roumiantzoff (au centre) au Petit Palais de Montreux, où il a présenté son dernier livre.

Nicolas Roumiantzoff (au centre) au Petit Palais de Montreux, où il a présenté son dernier livre.image: Lauriane Piton

Si nous sommes rassemblés là, sous le dôme et les moulures du restaurant du Fairmont Palace, ce n’est pas seulement pour avoir le sentiment d’être propulsé à une époque révolue. Ni pour débattre gaiement du menu avec l’avocat suisso-parisien.

C’est surtout pour découvrir la vie incroyable de sa génitrice, Pâquerette, mannequin et mondaine de l’Après-guerre, avec laquelle il entretenait une relation aussi fusionnelle que complexe. Une femme dont il dévoile désormais la vie dans un livre intime et percutant.

Un ouvrage qui touchera à la fois les amateurs de ces grands destins improbables du 20e siècle, que les fans de mode et haute joaillerie, dont Pâquerette, née Pierrette Naudi en 1918 dans une famille modeste de Foix, dans l’Ariège, était une passionnée.

Une enfance modeste marquée par les drames

Rien ne prédestinait pourtant la petite Pierrette à mener un jour grand train dans les meilleurs restaurants et clubs de Paris, aux côtés de son futur mari, le colonel Nicolas Roumiantzoff, dit «Le Roum» et Compagnon de la Libération.

Dans cette biographie, son fils n’épargne aucun détail: l’enfance dans la boulangerie auprès d’un géniteur violent, les abus sexuels perpétrés dans le cercle familial, son entrée chez les Soeurs, les difficultés et les privations de la Première Guerre – sans oublier un avortement, effectué avec les moyens du bord et de l’époque.

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image: nicolas Roumiantzoff

Heureusement, la jeune Pierrette est dotée d’un instinct de survie à toute épreuve. Après un apprentissage de coiffeuse, au fur et à mesure des petits boulots, des amitiés et des amours, la jeune femme se convainc de «monter à Paris» et d’y faire carrière. Où? Pourquoi? Comment? Elle-même ne sait pas tout à fait. Nous sommes en février 1944, elle a 26 ans, une seule valise pour possession et une capitale à mettre à ses pieds.

«Mais quand elle débarque à Austerlitz, Pierrette est bien loin de l’état d’esprit d’un Napoléon victorieux. La jeune Ariégeoise n’a plus que ses yeux pour pleurer: plus trace de sa valise. Voilà une conquête de la capitale qui débute mal»

Extrait de Pâquerette: Mannequin vedette de la Libération

Des mésaventures et des déconvenues, la Parisienne d’adoption en connaîtra d’autres. Rien qui n’arrête cette provinciale au caractère bien trempé. Au même moment ou presque que Marilyn Monroe de l’autre côté de l’Atlantique, elle troque ses cheveux châtains pour un blond platine et entame sa carrière de mannequin.

Pâquerette au Grieger’s Handbag de Collins Street, à Melbourne, par le célèbre photographe moderniste allemand Wolfgang Georg Sievers.

Pâquerette au Grieger’s Handbag de Collins Street, à Melbourne, par le célèbre photographe moderniste allemand Wolfgang Georg Sievers.image: nicolas Roumiantzoff

En août 1944, le modèle fait une rencontre qui changera définitivement sa vie: «le Roum», alias Nicolas Roumiantzeff-Pachkevitch, soldat français d’adoption et d’origine russe à la noble ascendance. Bref, le genre de scénarios qu’on ne voit désormais que dans les films.

Pâquerette et Nicolas Roumiantzeff-Pachkevitch.

Pâquerette et Nicolas Roumiantzeff-Pachkevitch.image: nicolas Roumiantzoff

S’il tombe immédiatement sous son charme, leur premier dîner au Fouquet’s (où le Roum possède une table à son nom) ne marque pas l’aboutissement de leur «happy end» pour autant. Entre ses liaisons et sa carrière à lui, ses projets et ses ambitions à elle, quelques années de batifolage les séparent encore, même s’ils resteront en contact et se rencontreront à chaque fois que l’officier est de passage à Paris.

Une des premières top model modernes

Pendant ce temps, Pierette, devenue «Pâquerette» grâce au couturier vedette Jacques Fath qui l’a prise en affection, devient l’un des modèles les plus courus de Paris. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la mode française est à un tournant, tant sur le plan vestimentaire que de l’industrie du luxe. L’Ariégeoise fait partie de cette révolution.

Ne gâchons pas le suspens ni les nombreux épisodes savoureux dont regorge cette biographie, si ce n’est pour vous révéler que Pâquerette épousera bien son Roum, en 1947 (après, rien de moins, que lui avoir sauvé la vie). Dès lors, le modèle se mue en figure flamboyante de la jet-set, dont la passion pour les pièces de joaillerie d’exception lui jouera quelques tours.

Les époux dînant au Fouquet’s.

Les époux dînant au Fouquet’s.image: nicolas Roumiantzoff

Pour les amateurs, sa fabuleuse collection de trésors de Cartier, Chaumet, Van Cleef & Arpels et autres joailliers d’exception fait l’objet d’un pan entier et très détaillé de cette biographie.

L’arrivée et la fin en Suisse

Collectionneuse passionnée, mère aussi aimante que possessive, épouse théâtrale quitte à frôler le dramatique, ce pilier de la scène mondaine parisienne abandonne la capitale à grand fracas en 2000. Direction la Suisse et Genève, où elle s’installera au Noga Hilton, dans une chambre avec vue sur le lac. Puis, deux ans plus tard, au Montreux Palace, où «Madame la Générale», âgée désormais de 84 ans, fait trembler le personnel et savoure sa coupe de champagne quotidienne.

Pâquerette et le jeune Nicolas, en 1973, lors du gala des Courses de Deauville.

Pâquerette et le jeune Nicolas, en 1973, lors du gala des Courses de Deauville. image: nicolas Roumiantzoff

C’est en février 2008 que cette icône de mode tirera son ultime révérence, non sans avoir au préalable dégusté quelques huîtres, un peu de caviar Beluga et sifflé une dernière coupette. Une fin toute en majesté, à l’image de ce personnage atypique, à découvrir en détail dans le témoignage précieux livré par l’un des hommes qui la connaissait le mieux.

(Pâquerette: Mannequin de la Libération, par Nicolas Roumiantzoff, publié aux Editions RPZ Quatorze Heures, 2026. Disponible en librairies et à la commande sur ce lien.)

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source: universal images group editorial / universal history archive

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