Partir ou rester au Cameroun : le mythe qu’on vend aux jeunes

Partir garantit la réussite. Rester condamne à l’échec. Ce discours circule partout sur les réseaux sociaux camerounais, porté par des récits de diaspora soigneusement filtrés. Mais cette équation trop simple fait des dégâts réels sur la façon dont une génération entière envisage son avenir, ici ou ailleurs.

Ce que les réseaux sociaux ne montrent pas

Le Canada, c’est aussi ça : trois boulots alimentaires, un loyer qui dévore la moitié du salaire, des années d’isolement avant une stabilité relative, et des photos souriantes publiées le week-end pour ne pas inquiéter la famille restée au pays. Personne ne poste ses nuits de doute.

Ce n’est pas une attaque contre ceux qui partent. Beaucoup font des choix légitimes, souvent contraints. Mais le problème, c’est la narration qui accompagne ces départs : partir devient la norme, rester devient la honte.

Pourtant, des investisseurs étrangers continuent d’injecter des capitaux au Cameroun et en Afrique, parfois massivement, dans des secteurs comme l’agroalimentaire, le numérique ou les énergies. Ils ne le font pas par charité. Ils le font parce qu’ils voient des opportunités que certains Camerounais ont cessé de regarder.

Réussir ici, c’est possible. Mais ça ne se dit pas assez.

Il existe au Cameroun des entrepreneurs qui emploient, qui construisent, qui exportent. Des jeunes de Bafoussam, de Douala ou de Ngaoundéré qui ont monté des structures solides sans jamais avoir pris un avion pour l’Europe. On en parle peu. Moins bien que du cousin installé à Montréal, en tout cas.

C’est là que le bât blesse.

Le vrai message à transmettre aux jeunes n’est pas « pars » ou « reste ». C’est : prépare-toi, forme-toi, développe une vision et construis là où tu es bien placé pour le faire. Parce que le succès n’est distribué nulle part gratuitement, ni à Yaoundé, ni à Paris, ni à Toronto.

On ne réussit pas parce qu’on a changé de pays. On réussit parce qu’on a appris à se battre, à s’adapter, à tenir dans la durée. Le contexte compte, oui. Mais il ne suffit pas à tout expliquer, dans un sens comme dans l’autre.

Arrêter de vendre le départ comme seule issue, ce n’est pas nier les difficultés réelles du quotidien camerounais. C’est refuser de laisser toute une génération se construire sur une fausse promesse.

Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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