Le changement à la tête du Port autonome de Dakar (PAD) alimente un débat naissant sur la gouvernance des entreprises publiques sénégalaises. Alioune Tine, figure connue de la société civile et fondateur du think tank Afrikajom Center, a exprimé publiquement son désaccord avec la manière dont la décision a été conduite. Sa prise de position, relayée dans la presse locale, intervient alors que le nouveau pouvoir issu de l’élection présidentielle de mars 2024 poursuit une vaste recomposition des directions générales des sociétés nationales.
Un désaccord public sur la méthode
Alioune Tine s’est distingué ces dernières années par des interventions régulières sur l’État de droit, la reddition des comptes et les pratiques de gouvernance au Sénégal. Sa réserve à l’égard du remplacement opéré au PAD ne vise pas frontalement le principe d’une rotation à la tête de l’établissement, mais s’attache à la méthode retenue par l’exécutif. La démarche, jugée précipitée par le militant, pose selon lui la question des critères objectifs qui président aux nominations dans les entreprises publiques stratégiques.
Cette voix ne sort pas de nulle part. Depuis l’arrivée du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, plusieurs remaniements ont concerné des sociétés à participation publique, souvent justifiés par une volonté affichée de rupture. Les observateurs y voient un test de la promesse d’une nouvelle culture administrative, articulée autour de la transparence et du mérite. Reste que chaque décision individuelle est scrutée à l’aune de ce référentiel.
Le Port de Dakar, poumon économique du Sénégal
Le PAD n’est pas une entreprise publique parmi d’autres. Premier port de la sous-région pour certaines catégories de trafic, il concentre une part significative des recettes douanières du Sénégal et constitue un maillon essentiel de l’approvisionnement du Mali enclavé. Le hub dakarois joue également un rôle de premier plan pour la logistique du secteur pétrolier et gazier, à l’heure où le pays est entré dans l’ère de la production d’hydrocarbures avec les projets Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim.
La sensibilité de l’infrastructure explique l’attention portée à sa direction. Le PAD gère des concessions confiées à des opérateurs internationaux, entretient des relations contractuelles complexes et négocie l’extension du port de Ndayane, appelé à devenir la nouvelle grande porte maritime du pays. Toute inflexion managériale a un impact direct sur des dossiers financiers de plusieurs centaines de milliards de francs CFA et sur la crédibilité du Sénégal auprès des bailleurs et investisseurs.
Une société civile qui pèse sur les débats de gouvernance
La sortie d’Alioune Tine illustre la vigilance persistante d’une frange de la société civile sénégalaise face aux nominations discrétionnaires. Afrikajom Center s’est imposé comme un observatoire régional sur les questions démocratiques et de droits humains, avec une audience qui dépasse largement les frontières du Sénégal. Les prises de position de son fondateur sont écoutées à Dakar comme dans les chancelleries occidentales et africaines.
Sur le fond, le débat renvoie à une exigence structurelle : celle de l’institutionnalisation des procédures de sélection dans les entreprises publiques. Plusieurs partenaires techniques et financiers du Sénégal, à l’image de la Banque mondiale, plaident depuis des années pour des appels à candidatures compétitifs et des mandats fondés sur des lettres de mission publiques. La question dépasse le seul cas du PAD et engage la crédibilité du programme de réformes engagé par les nouvelles autorités.
À court terme, le nouveau directeur général devra rapidement rassurer les partenaires du port, sécuriser les contrats en cours et donner de la visibilité au chantier de Ndayane. À moyen terme, la controverse soulevée par Alioune Tine pourrait pousser l’exécutif à préciser sa doctrine en matière de gouvernance des sociétés nationales, un sujet qui reviendra inévitablement dans le débat budgétaire. Selon Seneweb, la personnalité et le parcours du défenseur des droits humains donnent à sa critique un poids que le pouvoir ne pourra ignorer.
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