Lors d’une manifestation de soutien au président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, et pour exiger le départ de l’ambassadeur et des forces militaires de la France, à Ouagadougou, le 20 janvier 2023. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
Après plusieurs années de relations glaciales, le Burkina Faso a acté officiellement sa rupture diplomatique avec la France. Vendredi, le régime militaire, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en septembre 2022, a accusé Paris d’« activisme incessant » contre ses intérêts. « Le gouvernement du Burkina Faso porte à la connaissance de l’opinion nationale et internationale qu’il a pris la décision de rompre ses relations diplomatiques avec la République Française à compter de ce 26 juin 2026 », selon un communiqué lu vendredi à la télévision nationale.
La junte, avec à sa tête le capitaine Ibrahim Traoré, dénonce « des ambitions néocoloniales affichées avec le soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes qui endeuillent (le) pays et le Sahel ».
Selon le communiqué de la junte, cette décision « vise exclusivement le cadre institutionnel des relations entre les deux Etats au plan diplomatique ». Elle « ne remet nullement en cause les liens historiques, humains, culturels et sociaux qui unissent les peuples burkinabè et français », souligne le gouvernement, qui a affirmé « son engagement à assurer la protection des ressortissants ».
Selon les informations du « Monde », les autorités burkinabées ont fixé à la France un délai de sept jours, à compter du 26 juin, pour fermer son ambassade à Ouagadougou.
Résolution européenne
Cette annonce n’est pas vraiment une surprise tant les relations entre Ouagadougou et l’ancienne puissance coloniale se sont dégradées depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré.
Le déclencheur de cette rupture a été le soutien de l’eurodéputé français Christophe Gomart (Parti Populaire Européen) – ancien directeur du renseignement militaire français jusqu’en 2017- à l’adoption, le 18 juin, d’une résolution par le Parlement européen sur les atteintes aux libertés fondamentales au Burkina Faso. L’élu avait dénoncé dans l’hémicycle un « échec » de la junte.
Lundi, l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Burkina, Philippe Bronchain, avait été convoqué à Ouagadougou par le ministère des Affaires étrangères.
Virage autoritaire
La résolution du Parlement européen repose effectivement sur de nombreux rapports d’ONG et d’associations nationales sur le virage autoritaire du régime militaire burkinabé. Journalistes, magistrats, membres de la société civile ont été enlevés, parfois envoyés au front combattre les groupes djihadistes. Récemment, la junte a entrepris un nouveau tour de vis envers ses dissidents, en arrêtant un imam influent, ses fidèles, et par la suspension d’un important syndicat étudiant.
Jeudi, les autorités militaires ont également annoncé que tous les étudiants burkinabè souhaitant étudier à l’étranger devront désormais obtenir une autorisation du ministère de l’Enseignement supérieur.
Le régime burkinabé n’a cessé de faire de la France le bouc émissaire des difficultés socio-économiques (violences djihadistes, fractures ethniques et un développement économique au point mort…) que traverse le pays depuis des décennies. Dès 2023, le Burkina a exigé le rappel de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade, dénoncé un accord militaire avec Paris et obtenu le départ de l’armée française, longtemps engagée dans la lutte antidjihadiste.
Ibrahim Traoré avait un temps affirmé qu’il n’y avait « pas de rupture des relations diplomatiques » entre les deux Etats, mais le régime a multiplié les invectives envers la France.
En outre, plusieurs médias étrangers, majoritairement français, ont été suspendus temporairement ou de manière définitive : Jeune Afrique, les chaînes de télévision LCI, France 24 et TV5 Monde, ou Radio France internationale. Les correspondantes des journaux « Libération » et « Le Monde » ont été expulsées.
Paris « regrette » une décision « hostile sans fondement »
Paris a réagi en disant « regretter » la décision « hostile et sans fondement » du pouvoir militaire. Cette décision « illustre la dérive préoccupante des autorités burkinabè », a ajouté le ministère français des Affaires étrangères, ajoutant que les « mesures de réciprocité qui s’imposent sont en cours d’examen ».
Selon le ministère français des Affaires étrangères, plus de 2 000 Français sont inscrits au registre consulaire au Burkina, quand plus de 6 000 ressortissants burkinabè vivent en France.
La France avait, en 2023, notamment suspendu son aide au développement et son appui budgétaire, puis la délivrance de visas pour les étudiants du Burkina, du Mali et du Niger, en raison de la fermeture des services consulaires français dans ces pays, avait-elle expliqué.
En parallèle, le Burkina – comme ses deux alliés sahéliens, le Mali et le Niger -, s’est tourné vers de nouveaux partenaires, surtout militaires, comme la Russie, la Turquie et l’Iran.
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