Pourquoi l’extrême droite séduit l’Amérique latine?

Le 21 juin dernier, la Colombie a élu Abelardo de la Espriella, candidat d’extrême droite, comme nouveau président. Il est le troisième chef d’État issu de cette orientation politique à être élu sur le continent sud-américain depuis les années 2020. Qu’est-ce qui lui permet de séduire de plus en plus ce continent ?

En l’espace de quatre ans, trois pays d’Amérique du Sud ont porté au pouvoir des dirigeants d’extrême droite. Le 10 décembre 2023, Javier Gerardo Milei est devenu président de la Nation argentine. Puis, le 11 mars 2026, José Antonio Kast a été investi président de la République du Chili. Enfin, Abelardo de la Espriella est devenu le nouveau président de la Colombie.

Le cas du Brésil

Javier Gerardo Milei n’est toutefois pas le premier chef d’État ultraconservateur élu en Amérique du Sud. L’Amérique latine s’étend de la pointe nord du Mexique jusqu’à la pointe sud de l’Argentine et du Chili.

De 2019 à 2023, Jair Bolsonaro a dirigé le Brésil avant de perdre l’élection face à son principal adversaire, Lula, figure du Parti des travailleurs. Celui-ci l’a emporté de justesse avec 50,9 % des voix, contre 49,1 % pour Bolsonaro.

En octobre 2026, les Brésiliens éliront un nouveau président. Flavio Bolsonaro entend reprendre le flambeau de son père, à l’image de Marine Le Pen après Jean-Marie Le Pen en France. Jair Bolsonaro ne peut plus se présenter puisqu’il purge une peine de 25 ans de prison pour tentative de coup d’État.

Pour cette échéance, Flavio Bolsonaro promet notamment un rapprochement avec Donald Trump et Israël.

La politique de Nayib Bukele

Au Salvador, petit pays bordant l’océan Pacifique, situé au sud du Mexique entre le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua, Nayib Bukele mène une politique d’extrême droite. Il dirige le pays depuis le 1er juin 2019.

Le président salvadorien est surtout connu pour sa lutte très offensive contre les gangs. Cette politique, fortement axée sur la sécurité, a séduit une grande partie des électeurs.

Ce qui séduit les électeurs

La sécurité constitue le principal mot d’ordre des politiques ultraconservatrices menées par les quatre présidents actuels en Colombie, au Chili, au Salvador et en Argentine.

Au Salvador, le gouvernement a construit le CECOT (Centre de confinement du terrorisme), une prison de très haute sécurité inaugurée en janvier 2023. L’établissement accueille plus de 40 000 détenus, principalement issus de gangs. Cette prison occupe une place centrale dans le programme de Nayib Bukele. Toutefois, de nombreuses organisations dénoncent les conditions de détention et les violences subies par les prisonniers. Le gouvernement rejette ces accusations et affirme que cette stratégie reste le seul moyen de mettre un terme aux activités des gangs.

En Colombie, Abelardo de la Espriella, soutenu par Nayib Bukele, souhaite appliquer une politique similaire. Son programme prévoit notamment une militarisation de la lutte contre les groupes armés, la construction de dix mégaprisons, un durcissement de la politique pénale ainsi qu’une intensification de la lutte contre le narcotrafic.

En Argentine, Javier Milei mise également sur la sécurité. Son gouvernement renforce les pouvoirs de la police, durcit sa réponse aux manifestations, accroît le contrôle des frontières et intensifie la lutte contre le narcotrafic.

Au Chili, le programme de José Antonio Kast suit la même logique. Il prévoit la militarisation de certaines zones sensibles, le renforcement des effectifs de police, un durcissement des sanctions contre les trafiquants et les auteurs de crimes violents, une politique migratoire plus restrictive ainsi que la construction ou l’extension des capacités carcérales.

La faute à la gauche ?

Outre la criminalité et les gangs, ces pays doivent également faire face à d’autres difficultés : crise économique, pauvreté, inégalités, corruption, migrations et instabilité politique.

Selon les candidats ultraconservateurs, leurs programmes apportent des réponses plus efficaces que celles proposées par leurs adversaires de gauche. La montée de l’extrême droite résulte-t-elle alors des politiques menées par la gauche ?

Les quatre prédécesseurs appartenaient à des mouvements de gauche : Alberto Fernández en Argentine, Gabriel Boric au Chili, Gustavo Petro en Colombie et Salvador Sánchez Cerén au Salvador.

Plus largement, l’Amérique latine semble rejeter de plus en plus les formations politiques traditionnelles. Une partie des électeurs se tourne vers des partis qualifiés d’extrémistes, notamment d’extrême droite, qu’elle perçoit comme une alternative encore jamais expérimentée. Pour certains, les gouvernements de gauche n’ont pas répondu aux attentes, ce qui favorise un important basculement politique.

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