Réseaux sociaux : Londres annonce une interdiction aux moins de 16 ans, la France toujours en attente

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans au Royaume-Uni, affirmant que ces plateformes « rendent les enfants malheureux » et « facilitent le harcèlement et les abus ». Le mouvement s’inscrit dans une dynamique internationale qui touche également la France, dont le processus législatif n’est pas encore achevé.

La loi britannique devrait être adoptée « avant Noël », pour une entrée en vigueur « au début de l’année prochaine, probablement vers le printemps ». L’interdiction concernera notamment Snapchat, TikTok, YouTube, Instagram, Facebook et X, mais pas les applications de messagerie comme WhatsApp et Signal.

Londres va au-delà de la seule restriction d’accès. Le gouvernement prévoit également des mesures visant les plateformes de jeux vidéo et de streaming, avec notamment le blocage de la possibilité pour un inconnu de communiquer avec un enfant de moins de 16 ans. Ces restrictions seront « activées par défaut » pour les moins de 17 ans. Des « couvre-feux nocturnes et des pauses dans les fonctions de défilement automatique de contenus pour les moins de 18 ans » sont également envisagés, de même que l’interdiction pour les mineurs d’utiliser des chatbots IA simulant des relations sexuelles ou des jeux de rôle.

L’annonce intervient à l’issue d’une consultation nationale devenue la deuxième plus large du pays, avec environ 116 000 contributions. Quelque 91% des parents ayant répondu ont déclaré soutenir une telle interdiction.

L’organisation TechUK, qui regroupe la majorité des plateformes concernées, a indiqué dans une réaction transmise à l’AFP vouloir « un monde en ligne plus sûr pour les enfants », mais a estimé que les mesures annoncées « risquaient de déplacer le problème plutôt que le résoudre réellement ». Keir Starmer a lui-même reconnu que les nouvelles mesures seraient « difficiles » à faire appliquer.

La France en attente du feu vert européen

En France, le parcours législatif suit une trajectoire parallèle mais plus complexe. L’Assemblée nationale a adopté, dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026, une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, portée par la députée Laure Miller (Ensemble pour la République). Le texte a été approuvé à une large majorité, avec 130 voix pour et 21 contre, et prévoit également l’interdiction de l’usage des téléphones portables dans les lycées.

Le Sénat a ensuite adopté le texte avec modifications le 31 mars 2026, avant de le transmettre à l’Assemblée nationale pour deuxième lecture. Les deux chambres divergent sur les modalités d’application : les sénateurs ont introduit une distinction entre deux catégories de plateformes, celles jugées nocives pour les mineurs étant strictement interdites, et celles considérées comme moins problématiques restant accessibles sous conditions. Pour Laure Miller, cette version « fragilise considérablement le texte et potentiellement le met en péril ».

Le nœud du problème est juridique. Le Conseil d’État a rappelé que si les États membres de l’UE peuvent interdire l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, ils ne peuvent pas faire porter la contrainte de la vérification de l’âge sur les plateformes elles-mêmes, conformément au règlement européen sur les services numériques (DSA).

Le texte a été transmis à la Commission européenne, qui doit rendre son avis au plus tard le 10 juillet 2026. Si cet avis est favorable, une commission mixte paritaire devra encore réunir députés et sénateurs pour trouver un texte commun. La ministre déléguée au Numérique Anne Le Hénanff a indiqué vouloir une entrée en vigueur dès la rentrée de septembre 2026 pour les nouveaux comptes.

Après l’Australie, qui a interdit en 2025 la création de comptes sur certaines plateformes pour les moins de 16 ans, la France pourrait devenir l’un des premiers États européens à instaurer une limite d’âge juridiquement contraignante pour l’accès aux réseaux sociaux.

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