Soudan : « alerte rouge » de l’ONU face à la « catastrophe » d’El-Obeid : Actualités

Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk a lancé vendredi une « alerte rouge » face à la « catastrophe » en cours à El-Obeid, grande ville du Soudan assiégée par les paramilitaires, l’ONU redoutant des déplacements de centaines de milliers de personnes.

El-Obeid, dans la région du Kordofan, fait l’objet depuis plusieurs mois d’un siège des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre contre l’armée régulière depuis avril 2023.

« Les signes en provenance d’El-Obeid sont clairs et sans équivoque : une nouvelle catastrophe en matière de droits humains est en train de se jouer au Soudan, cette fois dans la capitale de l’Etat stratégique du Kordofan-Nord », a déclaré M. Türk à l’ouverture d’un débat urgent sur le Soudan au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève.

Ce débat était réclamé à la présidence du Conseil, en session jusqu’à la semaine prochaine, par le Royaume-Uni avec le soutien de l’Allemagne, de l’Irlande, des Pays-Bas et de la Norvège, qui souhaitent faire adopter un projet de résolution appelant à « une trêve humanitaire devant conduire à un cessez-le-feu immédiat ».

Le texte, qui condamne aussi « fermement l’escalade des violences » à El-Obeid par les FSR, devrait être examiné lundi.

« La multiplication des frappes de drones a tué des civils et détruit des infrastructures civiles. Des axes d’approvisionnement essentiels dans la région ont été touchés, ainsi que des stations-service et le réseau électrique », a déclaré la représentante britannique, Eleanor Sanders, pendant les débats.

Depuis plusieurs jours, l’ONU, des ONG et divers gouvernements s’inquiètent d’une possible attaque imminente à El-Obeid similaire à celle qui avait conduit à la prise d’El-Facher l’an dernier, ville du Darfour où les FSR sont accusées d’avoir commis de multiples exactions.

« C’est une alerte rouge qui doit parvenir aux chefs d’Etats et de gouvernement du monde entier. Leurs téléphones devraient surchauffer dans les jours et les semaines à venir, avec des idées sur la manière de prévenir les atrocités à El-Obeid et ailleurs au Kordofan, où les mêmes méthodes sont à l’œuvre », a lancé M. Türk.

Il a aussi appelé à s’attaquer à « l’économie de la guerre », soulignant que « des acteurs nationaux et étrangers profitent du carnage ».

– « Fuir la ville » –

La ville d’un demi-million d’habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l’année dernière, l’armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

« Si nous n’agissons pas maintenant pour arrêter ce qui se passe à El-Obeid, nous verrons un autre El-Facher, nous assisterons à un nouveau déplacement de peut-être 500.000 personnes, voire plus », a alerté Mohamed Refaat, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Soudan.

Selon M. Türk, certaines personnes vendent leurs biens pour « fuir la ville », mais que le coût du transport et les attaques sur les routes empêchent beaucoup de partir.

Les personnes qui restent à El-Obeid risquent, selon lui, d’être détenues de façon arbitraire, tandis que celles ayant fui les zones contrôlées par les FSR et leurs alliés sont souvent accusées de collaboration, « le tout dans un contexte de montée des discours de haine ».

Le Haut-Commissariat a documenté 15 frappes de drones sur El-Obeid et ses environs entre le 6 et le 28 juin, qui ont tué au moins 45 civils et en ont blessé 41, estimant toutefois que le nombre réel de victimes civiles est probablement plus élevé.

« Dans toute la région du Kordofan, des drones lancés par les deux camps ont à plusieurs reprises frappé des marchés, des écoles, des stations‑service, des infrastructures hydrauliques et des véhicules civils », a dénoncé M. Türk.

La guerre civile qui oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a fait selon l’ONU plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, dont près d’un million au Tchad.

publié le 3 juillet à 13h58, AFP

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.