Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk a alerté ce vendredi 3 juillet sur la « catastrophe » qui est en train de se dérouler à El-Obeid, grande ville du Soudan assiégée par les paramilitaires. El-Obeid, dans la région du Kordofan, fait l’objet depuis plusieurs mois d’un siège des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre contre l’armée régulière depuis avril 2023.
« Les signes en provenance d’El-Obeid sont clairs et sans équivoque : une nouvelle catastrophe en matière de droits humains est en train de se jouer au
Soudan, cette fois dans la capitale de l’Etat stratégique du Kordofan-Nord », a déclaré M. Türk à l’ouverture d’un débat urgent sur le Soudan au Conseil des droits de l’homme à Genève.
Ce débat a été réclamé par courrier à la présidence du Conseil, en session jusqu’à la semaine prochaine, par le Royaume-Uni avec le soutien de
l’Allemagne, de l’Irlande, des Pays-Bas et de la Norvège, qui présenteront aux 47 pays membres un projet de résolution pour réclamer une « désescalade immédiate ».
L’ONU, des ONG et divers gouvernements s’inquiètent d’une possible attaque imminente à El-Obeid
Depuis plusieurs jours, l’ONU, des ONG et divers gouvernements s’inquiètent d’une possible attaque imminente à El-Obeid similaire à celle qui avait
conduit à la prise d’El-Facher l’an dernier, ville du Darfour où les FSR sont accusées d’avoir commis de multiples exactions. M. Türk a indiqué que certaines personnes vendent leurs biens pour fuir la ville, mais que le coût du transport et les attaques sur les routes empêchent beaucoup de partir.
Les personnes qui restent à El-Obeid risquent, selon lui, d’être détenues de façon arbitraire, tandis que celles ayant fui les zones contrôlées par les
FSR et leurs alliés sont souvent accusées de collaboration, « le tout dans un contexte de montée des discours de haine ».
« C’est une alerte rouge qui doit parvenir aux chefs d’Etats et de gouvernements du monde entier. Leurs téléphones devraient surchauffer dans les
jours et les semaines à venir, avec des idées sur la manière de prévenir les atrocités à El-Obeid et ailleurs au Kordofan, où les mêmes méthodes sont à
l’oeuvre », a lancé M. Türk.
« Des acteurs nationaux et étrangers profitent du carnage »
Il a aussi appelé à s’attaquer à « l’économie de la guerre », soulignant que « des acteurs nationaux et étrangers profitent du carnage ». « Depuis 18 mois, les civils vivent dans des conditions assimilables à un siège, soumis à des frappes incessantes de drones alors que les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide s’affrontent pour le contrôle de certaines zones », a déploré M. Türk.
Il a indiqué que le Haut-Commissariat avait documenté 15 frappes de drones sur El-Obeid et ses environs entre le 6 et le 28 juin, qui ont tué au moins 45 civils et en ont blessé 41, estimant toutefois que le nombre réel de victimes civiles est probablement plus élevé.
« Dans toute la région du Kordofan, des drones lancés par les deux camps ont à plusieurs reprises frappé des marchés, des écoles, des stations-service, des infrastructures hydrauliques et des véhicules civils », a-t-il poursuivi.
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