En Martinique, les arrivages de sargasses restent particulièrement importants depuis plusieurs mois. En 2025, 7 634 tonnes de sargasses avaient été récoltées sur le territoire, selon Météo-France. Depuis, la situation s’est aggravée, mettant sous pression les sites de stockage existants.
« La situation est assez difficile. Nous continuons à enregistrer des arrivages importants, notamment ces derniers mois. Les communes, l’État et le GIP travaillent ensemble pour optimiser la collecte. Il faut aussi rappeler que les sites de stockage sont surveillés et qu’ils commencent à être saturés. C’est une situation qui devient préoccupante »
Frédérick Voyer, directeur du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Sargasses Martinique · ©interview – Raphaêl Luce
Au-delà de la collecte, le traitement des algues devient un véritable défi. Les sites de stockage se développent, mais la problématique ne disparaît pas pour autant. Sainte-Anne et Le Marigot disposent chacun d’un nouveau site de stockage en cours d’aménagement, mais ceux-ci ne sont pas encore accessibles dans de bonnes conditions. Par ailleurs, une autre difficulté apparaît une fois les sargasses entreposées : les algues contiennent parfois des substances polluantes, comme l’arsenic et, dans certains cas, des traces de chlordécone, ce qui complique leur gestion.
« Aujourd’hui, le stockage reste compliqué en raison des volumes de sargasses. Les sites actuellement utilisés par les communes ne nous permettent pas de les traiter correctement, notamment durant leur phase de séchage. »
Frédérick Voyer, directeur du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Sargasses Martinique · ©interview – Raphaêl Luce
“Une valeur ajoutée pour la Martinique”
Pour répondre à cette problématique, le GIP développe un nouveau site destiné à améliorer les méthodes de stockage.
« Nous travaillons actuellement sur un site pilote qui permettra de définir des procédés techniques et scientifiques afin de mieux stocker et traiter les sargasses. L’objectif est de mettre à niveau les sites existants et de développer de nouvelles techniques de stockage. »
Frédérick Voyer, directeur du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Sargasses Martinique · ©interview – Raphaêl Luce
Au-delà du simple stockage, l’objectif est de transformer ces algues en ressource.
« Avec les volumes de plus en plus importants qui arrivent sur nos côtes, nous stockons de plus en plus de sargasses. Notre objectif est désormais de les valoriser dans les mois et les années à venir. Nous travaillons également sur le sable obtenu après leur séchage. Il est actuellement analysé afin de déterminer s’il pourrait être réutilisé, notamment dans le secteur du BTP. »
Frédérick Voyer, directeur du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Sargasses Martinique · ©interview – Raphaêl Luce
Ces travaux ouvrent la voie à une valorisation des sargasses à moyen et long terme.
« L’objectif est de transformer cette problématique en une valeur ajoutée pour la Martinique. Avec la CTM, l’État, les communes et l’ensemble des acteurs concernés, nous devons rester optimistes si nous voulons atteindre cet objectif »
Frédérick Voyer, directeur du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Sargasses Martinique · ©interview – Raphaêl Luce
15 ans de tourment
À ce jour, neuf communes restent fortement touchées par les échouages de sargasses, du Marigot à Sainte-Anne, en passant par Le Diamant. Plusieurs d’entre elles disposent désormais de sites de stockage, mais leurs capacités restent limitées face à l’augmentation des volumes.
Au Robert, où les échouages se succèdent depuis une dizaine d’années, la commune a progressivement adapté son dispositif de lutte. Pour Félix Mérine, l’enjeu n’est plus seulement de ramasser les algues, mais également de trouver des solutions durables pour les stocker.
« Le problème des sargasses dure depuis plus de quinze ans au Robert. Au début, on avançait dans l’inconnu. Aujourd’hui, nous avons un site de stockage, mais il devient compliqué à gérer. Nous devons l’agrandir, mais nous n’avons toujours pas l’autorisation du propriétaire. »
Félix Mérine, maire du Robert · ©interview – Raphaêl Luce
En mer, la commune s’appuie sur un système de barrages bloquants et de filets déviants afin de limiter les échouages sur le littoral.
100 tonnes d’algues récoltés
« Nous n’avons pas forcément changé notre méthode de travail, mais nous ramassons beaucoup plus de sargasses qu’il y a deux ou trois ans. Il arrive même que nos barrages cèdent sous la pression lorsque les arrivages sont trop importants. J’espère que nous disposerons prochainement de nouveaux équipements afin que la population soit moins impactée par ce phénomène qui nous touche depuis des années. »
Félix Mérine, maire du Robert · ©interview – Raphaêl Luce
« Notre site est effectivement situé près de la mangrove, mais il faut bien trouver un endroit pour stocker les sargasses. La Martinique n’est pas très vaste et personne ne souhaite avoir un tel site à proximité. Aujourd’hui, c’est le seul terrain dont dispose la commune. »
Félix Mérine, maire du Robert · ©interview – Raphaêl Luce
En attendant le développement de nouvelles techniques de stockage et de valorisation, les collectivités poursuivent leurs efforts pour limiter les conséquences de ce phénomène sur la population.
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