Sydney, Los Angeles ou Bali : ces destinations où le «summer body» est un mode de vie

Fini le farniente absolu. Pour de nombreux voyageurs, les vacances ne riment plus avec relâchement, mais servent à optimiser une routine saine. Le tourisme intègre désormais le sport et le bien-être comme de véritables modes de découverte.

À 20 ans, Alma n’envisage pas les vacances comme une parenthèse où tout s’arrête. Marseillaise, adepte de fitness, elle choisit aussi ses destinations pour ne pas rompre avec son mode de vie healthy. Après avoir vécu six mois à Bali, la jeune vingtenaire revient de Sydney frappée par une évidence : dans certaines villes, le sport ne se cale pas entre deux visites. «À Bondi Beach, on court avant le travail, on surfe avant le café, on marche le long de l’océan, on commande un jus vert». Le fameux « summer body » — cette quête de la silhouette parfaite pour parader en maillot de bain — n’y attend pas l’été. Il s’inscrit dans une routine.

Quand le sport devient une culture

Si ces dernières années, les réseaux sociaux prônent un art de vivre sain, à Sydney, cette familiarité avec le mouvement n’est pas récente. Hélène Joncheray, chercheure en sociologie du sport de haute performance au laboratoire Sport, Expertise et Performance à l’INSEP, a consacré une partie de ses travaux à l’Australie et vit aujourd’hui à Sydney. Elle rappelle que le pays a été colonisé par les Britanniques, « les créateurs du sport, en quelque sorte ».

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Avec eux, des pratiques se sont structurées, organisées, institutionnalisées. L’activité sportive y a pris tôt une place sociale forte, notamment à l’école, dans les clubs, dans la vie collective. La comparaison avec la France éclaire cette différence. «Les objets culturels français les plus valorisés renvoient plutôt au théâtre, au cinéma, à l’opéra, à la mode ou au musée. En Australie, le sport est un objet qui est noble culturellement parlant».

La sociologue nuance toutefois l’image d’une ville uniformément sportive. «Quand on pense à Bondi Beach, les Coastal Walks, le surf… C’est en réalité une partie de Sydney : la plus favorisée.» Autrement dit, les touristes découvrent souvent la Sydney des Eastern Suburbs, ces quartiers privilégies tournés vers l’océan, où l’on croise des planches de surf dans un bus et des silhouettes en tenue de sport dès l’aube. Mais cette culture balnéaire et sportive n’est pas partagée de la même façon dans toute la ville. Hélène Joncheray, qui travaille à l’ouest de la plus grande métropole d’Australie, le constate : un certain nombre de ses collègues et de ses étudiants ne vont jamais se baigner et ne pratiquent pas ces randonnées côtières.

De l’autre côté du Pacifique, à Los Angeles, la culture sportive repose sur un autre imaginaire. Moins institutionnel, plus visuel. Emilien, chef de produit de la Californie et du Nevada pour l’agence Voyageurs du Monde, y a vécu sept ans. Il évoque une ville où, « le culte du corps existe depuis plusieurs décennies ».

Les joggeurs de Venice Beach ou Santa Monica, les filles en rollers, la musculation, le basketball, les salles de sport : le cliché existe, mais il vient de quelque part. À L.A., le corps se travaille parce qu’il se montre. 
L’industrie du cinéma a renforcé ce rapport à l’apparence. Hollywood a installé des images de corps transformés, sculptés, entretenus, de Schwarzenegger à Stallone. « Quand on est acteur, actrice, figurant, il faut faire attention à son apparence », résume Emilien.

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Le décor comme salle de sport

Ces destinations donnent aussi envie de bouger parce que leur géographie s’y prête. En Californie, le climat donne le tempo. « Il y a 300 jours de soleil par an à L.A. », rappelle Emilien. La chaleur sèche, les collines, les parcs, les plages et les boulevards transforment la ville en terrain de jeu. Dans les Hollywood Hills ou à Malibu, « tout est prétexte à faire du sport, à courir, et à bien se nourrir».

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Bali fonctionne différemment. Le mouvement y est davantage mis en scène par l’imaginaire touristique du bien-être. Surf, retraites de yoga, studios de méditations ou de Pilates ouverts sur la végétation : l’île vend moins la performance que le rééquilibrage. Hélène, cheffe de produit aux Maisons du Voyage (Groupe Figaro), résume cette image devenue mondiale : « On voit ces images de yoga dans les rizières, de la zen attitude et du sport à Bali. » Elle observe pourtant un changement récent.

Entre un voyage en 2008 et un séjour plus proche, l’écart lui a paru net : « Il y a beaucoup plus de sportifs qui se montrent, alors que les Balinais sont pudiques. Ils ne sont pas dans ce culte du sport ou du mode de vie. » Selon elle, cette esthétique n’est pas locale, elle a été importée avant tout par les touristes ou par les expatriés. Notamment grâce au film Mange, Prie, Aime sorti en 2010 avec Julia Roberts et Javier Bardem.
Là où la Californie et l’Australie donnent à voir une pratique plus ancrée dans le quotidien, Bali propose davantage un imaginaire du bien-être construit par et pour les étrangers.

Voyager sans rompre avec ses habitudes

Pour une partie des voyageurs, les vacances doivent permettre de maintenir un cadre et une discipline.
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Ce qui se joue derrière ces destinations, c’est aussi une transformation du voyage, qui n’est plus forcément synonyme de relâchement complet. Pour une partie des voyageurs, les vacances doivent permettre de maintenir un cadre et une discipline. Alma en est un exemple : « Pour moi, c’est important de ne pas perdre ma routine healthy quand je suis à l’étranger. »

Hélène observe cette évolution dans les demandes chez Maisons du Voyage : « Il y a une prise de conscience chez des clients qui veulent allier un peu plus ce qu’ils font au quotidien dans un voyage ». Les séjours intègrent davantage de randonnée, de vélo, de surf ou de manières plus actives de découvrir un lieu.

À Los Angeles, cette continuité passe aussi par l’assiette. Emilien constate « une volonté de prendre soin de son corps et de faire attention à ce que l’on mange ». Il insiste sur une West Coast éloignée du cliché des hot-dogs et des burgers. Farm to table, bars à jus, salades composées, restaurants végétariens ou vegan : à L.A. comme dans d’autres destinations, l’assiette prolonge le tapis de yoga. Et les vacances ne rompent plus avec le quotidien : elles l’optimisent.

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