Traite des personnes et trafic de migrants : le Cameroun prépare une politique nationale plus ambitieuse
Face à l’ampleur croissante de la traite des personnes et du trafic illicite de migrants, le Cameroun veut franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de lutte. Gouvernement, organisations de la société civile et partenaires internationaux sont réunis depuis le 29 juillet à Yaoundé pour jeter les bases d’une politique nationale destinée à mieux prévenir ces crimes, protéger les victimes et renforcer la réponse judiciaire contre les réseaux criminels rapporte la radio nationale.
Organisée par le ministère des Affaires sociales avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), cette plateforme de concertation de deux jours doit permettre de définir les priorités d’action d’un dispositif appelé à compléter le cadre juridique déjà existant. À l’ouverture des travaux, la ministre des Affaires sociales, Pauline Irène Nguene, a insisté sur la nécessité de consolider le dispositif institutionnel, de renforcer l’application des textes en vigueur et d’améliorer la coordination entre les administrations, les forces de sécurité et les organisations de la société civile. Le chef de mission de l’OIM au Cameroun, Abdel Rahmane Diop, a, pour sa part, estimé que ces échanges devaient déboucher sur des « solutions concrètes » afin de renforcer la prévention, d’améliorer la prise en charge des victimes et de garantir une réponse judiciaire plus efficace.
Cette réflexion intervient dans un contexte où les réseaux criminels gagnent en sophistication. En juin 2026, les autorités ont démantelé un vaste réseau ayant enrôlé plus de 6 000 victimes à travers plusieurs villes du pays au moyen de fausses promesses d’emploi ou d’études à l’étranger. Treize principaux responsables ont été interpellés. Quelques mois auparavant, la gendarmerie avait également libéré treize jeunes ressortissants malgaches et congolais séquestrés à Yaoundé après avoir été attirés au Cameroun par de prétendues offres d’emploi. En 2024, un autre réseau avait été neutralisé dans l’Adamaoua, où des Camerounais étaient recrutés avant d’être acheminés vers l’étranger. Les chiffres traduisent également la vulnérabilité d’une partie de la population. Selon les données des forces de sécurité, 381 disparitions ont été enregistrées au premier trimestre 2026, dont près de 69 % concernaient des mineurs, particulièrement exposés aux risques d’exploitation économique ou sexuelle.
Si le Cameroun dispose depuis 2011 d’une loi réprimant le trafic et la traite des personnes, les autorités reconnaissent que la réponse ne peut plus reposer uniquement sur les poursuites pénales. Le futur document stratégique devra ainsi renforcer les volets prévention, assistance aux victimes, collecte des données et coopération entre les différents acteurs. L’objectif est d’adapter la réponse publique à un phénomène devenu transnational, alimenté par les migrations irrégulières, les fausses offres d’emploi diffusées sur les réseaux sociaux et la précarité économique qui rendent de nombreuses personnes vulnérables aux réseaux de traite.
P.N.N
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